
Testimonianza. Sono un adolescente di 15 anni, guarda la misoginia che affligge i miei social network
https://www.courrierinternational.com/article/temoignage-je-suis-une-ado-de-15-ans-voyez-la-misogynie-qui-gangrene-mes-reseaux-sociaux_241051
di soolrebel
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Sans compte en descendant un peu le flux *Explorer* de Tiktok, vous avez une quantité phénoménale de vidéos *AI slop* avec des scénarios de fruits humanisés. Des histoires toujours plus misogynes, racistes et discriminatoires. D’autres renforcent les stéréotypes (quelques qu’ils soient, même le virilisme et le mode de vie que devrait avoir un homme dans une société patriarcale). Les quantités de vues/interactions sont… choquants.
J’espère un jour que le partage d’un contenu de haine de genre entraînera le ban définitif du compte émetteur.
Qu’on ne puisse plus faire l’apologie du « je déteste les personnes qui ne sont pas du même sexe que moi ».
mouais tant qu’instagram appartient à fuckerberg le roi des incels, je vois pas trop comment ça peut changer à moins de démanteler meta ou le foutre en taule, car c’est bien lui qui pousse le contenu des harceleurs, le porno, le gore vers les jeunes et personnes influencables.
Si vous êtes comme mes parents, il y a des chances que vous ne compreniez pas grand-chose aux contenus qui inondent mes réseaux sociaux, quoi que je fasse pour y échapper. Je vous donne un exemple récent tiré d’Instagram : “Eh, les meufs, ça vous arrive de dire à vos copines que c’est des ‘tanas’ [‘putes’, terme utilisé pour échapper à la censure] et qu’il faut qu’elles arrêtent de s’envoyer autant de mecs ?” Le reel [vidéo courte] en question, posté par un garçon de 19 ans, est apparu sur mon fil Instagram sans que j’aie rien demandé ni que j’aie visionné auparavant d’autres contenus du même genre.
Les commentaires qui suivaient relevaient de la misogynie la plus crasse. “Chez les meufs, le ‘bodycount’ [nombre de partenaires sexuels], c’est comme un tableau de chasse, c’est à celle qui s’en fera le plus”, assénait l’un d’entre eux. En d’autres termes, toutes les femmes seraient engagées dans un concours de gaudriole.
[Dans le monde anglo-saxon], le terme female revient souvent dans les posts en question [en français, female peut se traduire par “femme” ou “femelle”, selon le contexte]. Ici, le terme n’est pas neutre, c’est une insulte. Il est utilisé par les garçons pour nous rabaisser, pour nous assimiler à des animaux. On ne parle jamais des garçons comme des males [terme qui peut également se traduire par “homme” ou “mâle” selon le contexte], mais les filles, en revanche, sont toujours des females – un peu l’équivalent des génisses ou des truies, autant dire des êtres inférieurs.
“Allumeuses”, “chaudasses” : les filles ont toujours tort
[En anglais], on est aussi des “thots” (“allumeuses”), des “community pussies” (littéralement des “chattes qui circulent dans la communauté”, soit des marie-couche-toi-là) et des “BOPs” (“chaudasses”). BOP est l’acronyme de been over passed, terme péjoratif dont se servent les garçons pour désigner les filles qui ont “un peu trop tourné” [c’est le sens littéral du terme] selon eux ou qui ont eu trop de rapports.
En ligne, l’égalité des sexes est une vue de l’esprit. Les garçons ont tout à fait le droit d’avoir des rapports sexuels, mais quand c’est les filles qui en ont, on leur tombe dessus et on les traite comme des objets. “Quand une ‘tana’ s’en prend à moi, je n’ai qu’une envie, c’est de maraver cette salope.” Ce message, par exemple, je l’ai lu sur TikTok.
J’ai 15 ans et, comme la plupart des ados, je passe le plus clair de mon temps libre à surfer sur les réseaux, notamment à scroller des shorts sur des applis comme TikTok et Insta[gram]. Toutes mes copines y sont aussi et passent souvent plusieurs heures par jour dessus. Je fais tout pour échapper à la misogynie en ligne, mais j’y suis confrontée en permanence, dès que j’ouvre l’une de ces applis, en fait.
Au bout de quelques minutes à peine, je tombe sur des propos misogynes plus ou moins voilés, par exemple des commentaires sous le post d’une fille qui vont être truffés de remarques sur son physique, des vidéos réalisées par des hommes ou des garçons assorties de plaisanteries humiliantes, ou même certains sujets comme la violence conjugale ou le viol qui vont être banalisés ou tournés en dérision.
Appels au suicide
Il y a quelques jours, j’ai vu un reel Insta d’une jeune femme qui racontait avoir été violée il y a six ans, et qui confiait qu’elle avait eu des pensées suicidaires après, mais qu’elle était arrivée à se reconstruire. Parmi les commentaires (dont la plupart étaient écrits par des hommes), on lisait des trucs du genre : “Ben au moins tu t’es fait ken” [niquer], “Même pas moyen qu’elle se fasse violer, elle”, “J’espère que tu l’ouvrais pas autant quand ça t’est arrivé”, “Le mec aurait quand même pu trouver mieux”. Ça me rendait malade de lire tous ces commentaires qui cumulaient des milliers de likes et que beaucoup de garçons approuvaient.
Si une fille de mon âge poste une vidéo d’elle en ligne, les commentaires vont être farcis de remarques haineuses ou la réduisant à un objet, quel que soit d’ailleurs le sujet de son post. Si elle porte une tenue un peu légère, ou qu’elle se trouve avoir une poitrine généreuse, elle va se prendre des commentaires insultants ou à caractère sexuel. Sans qu’elle ait rien demandé, elle va peut-être déclencher comme ça des centaines de commentaires dénigrant certaines de ses particularités physiques, ou on va lui mettre une note sur 10. On dira “une 5”, par exemple, pour une fille qui a 5 sur 10 sur l’échelle de l’attractivité. J’ai vu des vidéos de garçons disant à des filles traitées de “laiderons” qu’elles feraient mieux d’en finir avec la vie.
“Prises en grippe pour le simple fait qu’on existe”
Malgré la sexualisation dont on fait l’objet de la part de garçons de mon âge sur Internet, il y a parallèlement un accent très fort qui est mis sur la pureté et la virginité des filles. Pour parler de sexe, les jeunes de mon âge disent souvent “ken”, et ce sont les hommes qui “ken” et les femmes qui “se font ken”. Le “bodycount” – qui fait référence au nombre de partenaires sexuels – ne sert en fait qu’à rabaisser les femmes. Une fille qui a un “bodycount” élevé est “grillée” et n’a plus aucune valeur [sur le marché de la séduction]. Il y a un garçon qui lâchait le commentaire suivant sur Instagram : “Ça se voit toujours quand elle a trop d’heures de vol.”
Souvent, on a l’impression d’être prises en grippe non seulement parce qu’on est sexualisées mais pour le simple fait qu’on existe. Je mentirais si je disais que je ne suis pas affectée quand je vois des garçons de mon âge poster des commentaires sur les femmes du genre : “Objectivement, l’homme est supérieur dans quasiment tous les domaines”, ou “[Les meufs], c’est juste des salopes qui nous font croire qu’elles ont des sentiments pour susciter de l’empathie”.
Les mots comme tana sont encore les moins dégradants. Un des pires qualificatifs [utilisé en anglais], c’est foid [contraction de femoid, “fémoïde”], issu de la sous-culture incel [involuntary celibate, “chaste malgré lui”] au départ, mais qui a tendance à se banaliser et qui désigne les femmes comme des êtres inférieurs, des “humanoïdes femelles”.
“Regretter d’être une fille”
Et, c’est quoi, le résultat de tout ça ? Si je passe ne serait-ce que dix minutes sur une appli comme Insta, je la referme, dégoûtée, regrettant d’être une fille. Quand tous les commentaires ou presque sous une vidéo d’une fille de mon âge sont truffés de remarques ignobles sur son physique qui la réduisent au rang d’objet, ça me met moi-même très mal à l’aise avec mon propre corps, et ça me pousse à me comparer à elle ; surtout si elle est canon et qu’on la traite quand même de laideron.
Le fait de mettre systématiquement l’accent sur la beauté comme échelle de valeur, et toutes ces vidéos dénigrant telle ou telle caractéristique physique (dont je possède certaines) ont fini par me faire avoir mon propre visage en horreur, même si ça me coûte de l’admettre. Mais, le pire, c’est de voir toute cette haine de la part des hommes à l’égard de toutes les femmes, dont moi.
Ma fréquentation des réseaux sociaux a eu raison de mon estime de moi et de mon rapport à la féminité dans ce monde, et il se passe rarement une journée sans que j’éprouve de la haine pour le genre auquel j’appartiens, pour mon physique, voire pour les garçons de mon âge.
La misogynie que je constate de leur part sur Internet, qui se retrouve également dans la vie réelle, a fait naître en moi de l’amertume et de la rancune à leur égard, même si j’essaie de l’éviter au maximum.
Interdire les réseaux, une piste face au sexisme des garçons ?
C’est peut-être injuste, mais je me surprends souvent à me demander s’il existe vraiment des garçons qui n’ont pas une once de misogynie en eux, au point que je me demande si je trouverai l’amour un jour. Je comprends que les garçons sont victimes de contenus toxiques et misogynes en ligne – s’ils sont devenus comme ça, c’est à cause des adultes qui postent des vidéos misogynes. Mais il n’empêche que je ressens un fossé béant aujourd’hui entre les filles et les garçons de ma génération, d’autant que la manière dont ils parlent de nous dans la vie réelle reflète la manière dont ils le font sur Internet.
Je ne peux pas parler au nom de toutes les filles de mon âge, mais je me sens souvent traitée comme un objet, déshumanisée, je suis écœurée par la haine dont les femmes sont victimes sur Internet, et je crois pouvoir affirmer sans me tromper que la plupart de mes copines diraient la même chose. Une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans permettrait d’empêcher les garçons de tomber sans arrêt sur des contenus haineux et méprisants à l’égard des femmes. Les garçons de cet âge sont très sensibles à ces contenus qui ont l’air “cools” et “marrants” mais qui s’apparentent en réalité à un déferlement de misogynie. L’interdiction ne réglerait peut-être pas le problème, mais elle n’en aurait pas moins son utilité. Si la société ne peut pas y mettre un terme, au moins peut-elle montrer qu’elle désapprouve ces comportements.
Punaise j’imaginais pas que c’était à ce point, je me fais vieux…