
“Il mondo non vedeva una tale guerra da molto tempo, su così grande scala e così sanguinante per i combattenti”: tre anni di guerra in Ucraina raccontati dai soldati ucraini
https://www.lemonde.fr/international/article/2025/02/24/guerre-en-ukraine-le-monde-n-avait-pas-vu-une-telle-guerre-depuis-longtemps-a-si-grande-echelle-et-si-sanglante-pour-les-combattants_6561391_3210.html
di Folivao
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**Trois ans après le début de l’invasion russe, des soldats ukrainiens témoignent des évolutions de la guerre et des épreuves rencontrées sur le front.**
Son regard a changé. On croit discerner une fêlure, une tristesse. Il sourit toujours mais n’a plus, quand il raconte des histoires de guerre, le visage illuminé qu’il affichait auparavant. « L’année écoulée fut la plus dure des trois années de conflit », murmure-t-il. Deux blessures, un moment de dépression, des opérations militaires très difficiles, parfois ratées, et surtout « l’enfer » de la perte des frères d’armes, les funérailles, les femmes et les enfants éplorés.
« John », tel qu’il a choisi de s’appeler pour ce témoignage, est un combattant d’élite. Comme les autres soldats rencontrés – sans contrôle de leur commandement ni d’un officier de presse –, il s’est déjà régulièrement confié au Monde, au fil de la guerre, en toute franchise. La dernière fois, c’était sous un autre nom. Il lui est désormais interdit de mentionner son identité, ni même son nom de guerre. Depuis la dernière rencontre, il a intégré un des services secrets d’Ukraine.
Son changement d’affectation n’a pas fondamentalement changé la vie de John : il combat toujours dans une unité d’assaut, souvent en première ligne. La différence est qu’intégré à une prestigieuse unité des services secrets, il est désormais basé à Kiev et est susceptible d’être envoyé partout dans le pays pour les missions les plus périlleuses, ainsi qu’en Russie.
Son combat le plus rude de l’année 2024, il l’a connu en été sur le front de Toretsk, dans la région de Donetsk. « On nous a envoyés prendre une position russe qui posait un problème. Nous avons décidé d’aller d’abord attaquer leurs chars, un peu plus loin. Je menais l’assaut, car j’aime bien me servir du lance-roquettes antichar. Un ami mitrailleur me couvrait, se remémore John. Dès que nous sommes arrivés, nous avons été accueillis par une salve d’obus de mortier. J’ai senti une blessure dans mon dos et j’ai perdu connaissance quelques secondes. Quand je suis revenu à moi, j’ai vu mon ami tué d’un éclat dans la tête, et tous les autres blessés. »
L’opération est un échec. « Je suis parti vers le village en emmenant deux blessés sur quatre, poursuit John, et, arrivé là, j’ai été paralysé par une crise de panique. Je n’ai pas pu aller chercher les deux autres blessés. Je ne pouvais ni bouger ni même parler. C’était peut-être à cause de la commotion cérébrale. Je n’avais jamais ressenti ce genre de peur auparavant. » John a mis « des mois » à « réapprendre à parler », ce qui ne l’a pas empêché de retourner au combat aussitôt.
**« Les drones, c’est terrifiant »**
L’épisode qu’a vécu John est une scène ordinaire sur les fronts ukrainiens. Un combat qui tourne mal face à un ennemi russe qui, même s’il n’a pas obtenu les victoires escomptées par Moscou depuis trois ans, reste supérieur en théorie. C’est aussi un épisode « à l’ancienne », avec un assaut d’infanterie face à des chars et des tirs de mortiers. Or, désormais, l’heure est au drone.
Le sergent Ruslan Poustovoit, « Pavuk » (« araignée ») de son nom de guerre, revient, en ce glacial mois de février, d’une opération près de Pokrovsk, la ville de la région de Donetsk la plus ardemment attaquée par l’armée russe ces derniers mois. Pavuk est une légende des troupes d’infanterie de marine depuis qu’il est parvenu, en 2022, à extraire son peloton de l’enfer de Marioupol assiégée, et à mener ses hommes, lors d’une marche de cinq jours en territoire ennemi, jusqu’à la liberté.
Entre-temps, la guerre a changé de nature, et les drones saturent le ciel. « Les drones, c’est terrifiant. Ils volent très vite et tu ne peux rien faire », témoigne Pavuk, qui sert dans une unité spéciale des troupes de la marine. Pour un fantassin dont l’unité n’est pas impliquée dans la guerre technologique, il a fallu trouver des parades, là aussi « à l’ancienne ».
A côté de leurs fusils-mitrailleurs, les combattants ont désormais « un fusil de chasse, avec des cartouches de chevrotine, pour tenter d’abattre les drones lorsqu’ils approchent », raconte Pavuk. « Et nous utilisons un filet sur lequel on a fixé quatre poids aux extrémités. Lorsqu’un drone arrive, on lance le filet afin qu’il explose dedans plutôt qu’il ne nous percute, et on se jette à terre. » Faire exploser le drone à un ou deux mètres de soi ne change généralement rien, et « il y a une chance sur dix de survivre à l’explosion », admet Pavuk. Il a lui-même connu cette situation, et la chance fut de son côté. Criblé d’éclats du côté droit du corps, il a survécu.
« En trois ans, la guerre a complètement changé, analyse le colonel Yevgeny Mezhevikin, “Adam” de son nom de guerre, un commandant d’unités de combat actuellement en poste à l’état-major à Kiev. La quantité d’hommes et de machines reste un point important, mais le plus crucial, c’est l’évolution technologique. »
**« La peur et l’instinct de survie sont plus forts aujourd’hui »**
Adam a connu, comme tant d’autres, une guerre pour le moins inhabituelle. Conducteur de chars d’assaut puis officier depuis l’éclatement du conflit dans le Donbass en 2014, l’invasion russe le cueille, le 24 février 2022, non pas à son poste dans une unité mécanisée, mais à l’académie militaire, où il étudie pour pouvoir devenir commandant de brigade. Or, à l’université, deux tanks endommagés croupissent dans un coin. « Avec des camarades, nous avons réparé les deux tanks. Puis j’ai appelé [le commandant des forces armées, Valeri] Zaloujny pour lui demander des obus, et nous sommes partis au combat autour de Kiev. »
Le colonel se retrouve ainsi simple chef de section, avec ses deux tanks. Après la bataille victorieuse de Kiev et la déroute russe, il combat partout. Près de Zaporijia, son tank explose sur une mine. « Je l’ai regretté, c’était un bon tank… », sourit Adam. L’officier est réputé tellement bon au combat, ainsi qu’excellent meneur d’hommes, qu’au lieu de lui confier simplement le commandement d’une brigade, l’état-major constitue un « groupe tactique Adam », qui va peu à peu, de bataille en bataille, réunir diverses brigades et bataillons, et compter à un moment, dans le Donbass, plus de 10 000 hommes.
Adam estime qu’en trois ans, « c’est une autre guerre, avec des gens différents ». D’une part, l’Ukraine mobilise des jeunes moins motivés qu’auparavant. « Par rapport aux engagés volontaires de 2014 et de 2022, la peur et l’instinct de survie sont plus forts aujourd’hui », dit élégamment le colonel. Mais il constate aussi que « les jeunes sont très enthousiastes envers la technologie. Donc, même s’il y a un peu moins d’entrain à rejoindre l’armée en première ligne, l’Ukraine pourrait tout de même gagner la guerre ». A condition, précise-t-il, que « l’aide militaire de nos alliés nous permette de faire mieux que de défendre nos positions ».
Respect a ces hommes.
Un sujet qu’evoquent souvent les soldats aussi bien russe qu’ukrainien sur youtube est la volonté de ne pas arreter.
Plusieurs raisons se démarque comme le fait qu’il n’y a pas de vainqueur distinct, ce serait vu une résolution à la cadméenne. Il y a eut tellement de morts que c’est dur pour les soldats d’intégrer une logique de cout irrécupérable. Il faudrait donc all in. Quand j’entend ça je vois les cliché sur les soldats confédérés véhiculé par le cinéma. Vous savez, le vieux soldat encore avec sa tenu 15ans après qui arrive pas à se dire que son camp à perdu et que tous ces morts et sacrifices ont été en vain.
2e point: La volonté de vengeance pour beaucoup aussi. Venger ses camarades, sa famille, son pays, etc. On voit beaucoup les soldats exulter à chaque mort de l’adversaire comme si chaque ennemie était personnellement impliqué dans la mort d’un camarade, un massacre ou un crime.
Enfin j’ai aussi entend parlé des soldats qui n’arrivent pas à décrocher. Une vie d’action qui se forme au jour le jour. Certain aiment le coté aventure, d’autres y trouvent un but ou une meilleurs vie qu’il y a 3ans et certain encore serait “accroc à l’adrénaline”. J’ai vu des deux cotés parlé de ce dernier point. Comme si on parle de sport extrême, les mecs n’arrivent pas à décrocher et adore ça.
Coté russe j’ai vu des vidéos ou les soldats disent refuser toute fin même au profit de la russie. J’ai vu personne parler de ce sujet. J’ai aucune idée de comment on force deux camp à arreter de se tirer dessus. Ils ont fait comment en 18?