**D’« Occidentis » à « Gonzo News », ces jeunes médias militants prennent d’assaut le réseau social de Meta, qu’ils jugent marqué à gauche. Pour s’y implanter, ils s’inspirent des méthodes éprouvées par leur aîné, « Fdesouche ».**
C’est une renaissance aux accents de triomphe, dont s’est félicité David Alaime, le 10 janvier, sur Instagram. Le journaliste d’extrême droite de 27 ans a annoncé la restauration du compte de son média, Occidentis, qui avait été suspendu en août 2024, concomitamment à d’autres profils issus de la même tendance politique. « Cette année, nous sommes plus déterminés que jamais », a-t-il lancé. Déterminés et sans doute soulagés – d’après son avocat, Me Frédéric Pichon, David Alaime a retiré sa plainte contre Meta Irlande. Son PDG, Mark Zuckerberg, avait annoncé, quelques jours plus tôt, d’importants revirements en matière de modération des contenus.
Reconnaissable à ses « flashs », des visuels écarlates dans lesquels sont condensées des actualités (le plus souvent, des faits divers impliquant des personnes issues de l’immigration), Occidentis est certes l’« infomédiaire » d’extrême droite le plus suivi sur Instagram, avec 162 000 abonnés. Cependant, il est loin d’être la seule de ces revues de presse d’un nouveau genre à prendre d’assaut le réseau. En effet, Gonzo News (plus de 76 000 abonnés) occupe une place centrale dans cette galaxie. Ce « média d’analyse satirique politiquement incorrect » partage sous forme de « stories » des extraits d’articles de presse, de débats télévisés et de tweets, accompagnés d’analyses. Ni Occidentis ni Gonzo News n’ont répondu aux demandes d’interview du Monde.
L’ambition de ces nouveaux acteurs : reconquérir un espace en ligne. « J’étais gêné de voir que la jeunesse, bien plus présente sur Instagram que sur Twitter [aujourd’hui X], se laissait abreuver par du contenu d’extrême gauche », expliquait David Alaime, en novembre 2024, citant en exemple les médias vidéo Loopsider et Brut. « C’est le discours de ceux qui se réclament d’une pratique de réinformation. Il y aurait un déséquilibre idéologique majeur : la gauche dite culturelle serait omniprésente, tandis que leur position à eux serait complètement minorée et invisibilisée », relève Gaël Stephan, chercheur au centre de recherche sur les médiations de l’université de Lorraine et coauteur, en 2024, d’une étude sur l’engagement de militants de Reconquête ! sur Instagram.
**« Toucher un public beaucoup plus large »**
L’universitaire y voit une logique d’opportunité. « Si on veut se distinguer des personnages centraux de la réinformation que sont [le fondateur de Fdesouche] Pierre Sautarel et [le cofondateur de Génération identitaire] Damien Rieu sur X, c’est intéressant d’aller sur d’autres plateformes », souligne-t-il. Et d’ajouter qu’outre le fait de « toucher un public beaucoup plus large », Instagram « permet de créer un sentiment d’intimité avec le public, d’aborder la politique sur un plan qui n’est pas frontalement politique ».
Les visuels d’Occidentis, par leur esprit de synthèse, sont taillés pour les republications en stories. Le long fait divers tiré d’un journal local est résumé en quelques mots, dépouillé de tout élément de contexte et d’informations contradictoires. Un procédé qui rappelle celui de la « revue de presse » d’extrême droite Fdesouche, que la chercheuse Stéphanie Lukasik appelle « copier-coller-couper ». « Ils vont remanier l’information pour lui faire dire ce que le journaliste initialement n’avait pas prévu de dire », observe l’experte élue au Conseil de l’Europe et rattachée aux universités du Luxembourg et d’Aix-Marseille.
Chez Gonzo News comme chez Occidentis et Frontières (116 000 abonnés sur Instagram), ou encore le collectif Némésis (46 000 abonnés), la spécialiste de la désinformation retrouve le « triptyque des trois “i” » – insécurité, immigration, islam. Objectif : fournir du prêt-à-partager sur ces thématiques et faire de leurs publics des caisses de résonance. Le 24 septembre 2024, alors qu’un homme suspecté d’avoir tué la jeune Philippine est arrêté, une story de Gonzo News interpelle Bruno Retailleau, tout juste nommé ministre de l’intérieur : « Il va falloir lui mettre une pression médiatique démentielle. »
**La méthode « Fdesouche » réadaptée**
Bien avant eux, Pierre Sautarel, qui se félicite sur son site de « graver dans la tête des 5 millions de spectateurs du JT de TF1 que l’insécurité est une réalité factuelle et indiscutable », avait théorisé cette stratégie. En plus d’être invités chez Fdesouche à pré-écrire certains articles et à participer à l’effort de veille, les lecteurs-sympathisants sont chargés d’amplifier la portée médiatique de certaines affaires, comme la mort du jeune Thomas, à Crépol (Drôme), en novembre 2023 : « Grâce à la réactivité de nos abonnés, la portée double en 30 minutes (avec en moyenne 1 000 partages) et dépasse le million [de personnes atteintes]. »
Cet héritage « souchien », les néo-médias d’extrême droite sur les réseaux sociaux l’assument. David Alaime reconnaît avoir été biberonné par Fdesouche et Valeurs actuelles avant de lancer Occidentis, en 2019. Même chose pour Alice Cordier, présidente du collectif Némésis, qui se targuait, en décembre 2024, d’« [appartenir] à une génération de militants et de militantes qui n’auraient jamais pu passer à l’action s’il n’y avait pas Fdesouche ». En réponse au récent commentaire d’un abonné, Gonzo News saluait, de son côté, Damien Rieu, qui a, lui aussi, fait ses armes auprès de Fdesouche, avant de militer auprès d’Eric Zemmour, le président de Reconquête !.
Ces successeurs sont d’ailleurs pétris du même mélange des genres, entre engagement politique et velléités médiatiques. A l’été 2024, pendant la campagne des élections législatives anticipées, les rédacteurs de Gonzo News expliquaient se trouver « sur le terrain avec des candidats qui ont besoin de soutien ». Ils affirment notamment avoir aidé Adhémar Autrand, qui représentait, dans la troisième circonscription de la Drôme, l’alliance entre Les Républicains (LR) et le Rassemblement national amorcée par Eric Ciotti, ex-patron de LR et aujourd’hui président de l’Union des droites pour la République.
**Un écosystème groupusculaire**
Actifs sur le même réseau social et sur un créneau identique, ces « réinformateurs » d’extrême droite se citent les uns et partagent plumes comme idées. Depuis quelques mois, David Alaime et Louise Morice, d’Occidentis, travaillent également pour Frontières qui, comme le collectif Némésis, produit à son tour des « flashs » d’actualité. Les animateurs bénévoles de Gonzo News forment, eux aussi, une petite équipe – « entre deux et cinq, selon les périodes » – mais peuvent compter sur le soutien de personnalités de droite et d’extrême droite. On les a par exemple vus interviewer l’influenceur Papacito ou être cités par Eugénie Bastié.
Dans sa story Instagram du 24 juillet 2024, la journaliste du Figaro posait fièrement avec un vêtement floqué « Extrême France », conçu par Gonzo News et fabriqué par l’entreprise Terre de France, laquelle est soutenue par le milliardaire catholique conservateur Pierre-Edouard Stérin, dans le cadre de son projet « Périclès ». « Commandez vite votre t-shirt Gonzo ! », écrivait Eugénie Bastié, qui n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde.
Malgré cette popularité, Gonzo News a, de son propre aveu, dû « faire profil bas » dernièrement, après la suspension, en août 2024, de comptes comme celui d’Occidentis sur Instagram. Depuis quelque temps, leur profil est d’ailleurs « privé », c’est-à-dire accessible uniquement à leurs abonnés, tandis que l’équipe cherche à rester anonyme.
D’après les informations du Monde, le fondateur et l’un des animateurs bénévoles de ce compte serait Antoine Ruimy, par ailleurs responsable des réseaux sociaux du média vidéo Neo, entreprise notamment financée par le Fonds du bien commun de Pierre-Edouard Stérin depuis la fin de 2022. « La contribution éventuelle du salarié en question n’est revendiquée nulle part », répond Anne-Henri de Gestas, l’un des cofondateurs de Neo. Alertée il y a plusieurs années, la direction avait « tranché » la question. « Comme employeur, la loi condamnerait notre ingérence dans la vie privée de nos salariés », argue-t-il par ailleurs.
Pour sa part, Occidentis bénéficie de l’agrément de « service de presse en ligne », qui lui a été délivré en mars 2024 par la commission mixte paritaire des publications et agences de presse (Cppap). Ce sésame permet à des médias de disposer d’avantages fiscaux et d’aides financières potentielles. Questionné par Le Monde sur le respect des conditions d’« intérêt général » et de « traitement à caractère journalistique » prévues par la loi, le ministère de la culture, dont dépend la Cppap, explique que l’agrément concerne uniquement le site Web vivotant de l’infomédiaire et que « l’examen de la Cppap ne porte pas sur les contenus hébergés sur les réseaux sociaux ».
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Il est bien temps que l’EU frappe un bon coup et soumettent les réseaux américains ou les banissent
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**D’« Occidentis » à « Gonzo News », ces jeunes médias militants prennent d’assaut le réseau social de Meta, qu’ils jugent marqué à gauche. Pour s’y implanter, ils s’inspirent des méthodes éprouvées par leur aîné, « Fdesouche ».**
C’est une renaissance aux accents de triomphe, dont s’est félicité David Alaime, le 10 janvier, sur Instagram. Le journaliste d’extrême droite de 27 ans a annoncé la restauration du compte de son média, Occidentis, qui avait été suspendu en août 2024, concomitamment à d’autres profils issus de la même tendance politique. « Cette année, nous sommes plus déterminés que jamais », a-t-il lancé. Déterminés et sans doute soulagés – d’après son avocat, Me Frédéric Pichon, David Alaime a retiré sa plainte contre Meta Irlande. Son PDG, Mark Zuckerberg, avait annoncé, quelques jours plus tôt, d’importants revirements en matière de modération des contenus.
Reconnaissable à ses « flashs », des visuels écarlates dans lesquels sont condensées des actualités (le plus souvent, des faits divers impliquant des personnes issues de l’immigration), Occidentis est certes l’« infomédiaire » d’extrême droite le plus suivi sur Instagram, avec 162 000 abonnés. Cependant, il est loin d’être la seule de ces revues de presse d’un nouveau genre à prendre d’assaut le réseau. En effet, Gonzo News (plus de 76 000 abonnés) occupe une place centrale dans cette galaxie. Ce « média d’analyse satirique politiquement incorrect » partage sous forme de « stories » des extraits d’articles de presse, de débats télévisés et de tweets, accompagnés d’analyses. Ni Occidentis ni Gonzo News n’ont répondu aux demandes d’interview du Monde.
L’ambition de ces nouveaux acteurs : reconquérir un espace en ligne. « J’étais gêné de voir que la jeunesse, bien plus présente sur Instagram que sur Twitter [aujourd’hui X], se laissait abreuver par du contenu d’extrême gauche », expliquait David Alaime, en novembre 2024, citant en exemple les médias vidéo Loopsider et Brut. « C’est le discours de ceux qui se réclament d’une pratique de réinformation. Il y aurait un déséquilibre idéologique majeur : la gauche dite culturelle serait omniprésente, tandis que leur position à eux serait complètement minorée et invisibilisée », relève Gaël Stephan, chercheur au centre de recherche sur les médiations de l’université de Lorraine et coauteur, en 2024, d’une étude sur l’engagement de militants de Reconquête ! sur Instagram.
**« Toucher un public beaucoup plus large »**
L’universitaire y voit une logique d’opportunité. « Si on veut se distinguer des personnages centraux de la réinformation que sont [le fondateur de Fdesouche] Pierre Sautarel et [le cofondateur de Génération identitaire] Damien Rieu sur X, c’est intéressant d’aller sur d’autres plateformes », souligne-t-il. Et d’ajouter qu’outre le fait de « toucher un public beaucoup plus large », Instagram « permet de créer un sentiment d’intimité avec le public, d’aborder la politique sur un plan qui n’est pas frontalement politique ».
Les visuels d’Occidentis, par leur esprit de synthèse, sont taillés pour les republications en stories. Le long fait divers tiré d’un journal local est résumé en quelques mots, dépouillé de tout élément de contexte et d’informations contradictoires. Un procédé qui rappelle celui de la « revue de presse » d’extrême droite Fdesouche, que la chercheuse Stéphanie Lukasik appelle « copier-coller-couper ». « Ils vont remanier l’information pour lui faire dire ce que le journaliste initialement n’avait pas prévu de dire », observe l’experte élue au Conseil de l’Europe et rattachée aux universités du Luxembourg et d’Aix-Marseille.
Chez Gonzo News comme chez Occidentis et Frontières (116 000 abonnés sur Instagram), ou encore le collectif Némésis (46 000 abonnés), la spécialiste de la désinformation retrouve le « triptyque des trois “i” » – insécurité, immigration, islam. Objectif : fournir du prêt-à-partager sur ces thématiques et faire de leurs publics des caisses de résonance. Le 24 septembre 2024, alors qu’un homme suspecté d’avoir tué la jeune Philippine est arrêté, une story de Gonzo News interpelle Bruno Retailleau, tout juste nommé ministre de l’intérieur : « Il va falloir lui mettre une pression médiatique démentielle. »
**La méthode « Fdesouche » réadaptée**
Bien avant eux, Pierre Sautarel, qui se félicite sur son site de « graver dans la tête des 5 millions de spectateurs du JT de TF1 que l’insécurité est une réalité factuelle et indiscutable », avait théorisé cette stratégie. En plus d’être invités chez Fdesouche à pré-écrire certains articles et à participer à l’effort de veille, les lecteurs-sympathisants sont chargés d’amplifier la portée médiatique de certaines affaires, comme la mort du jeune Thomas, à Crépol (Drôme), en novembre 2023 : « Grâce à la réactivité de nos abonnés, la portée double en 30 minutes (avec en moyenne 1 000 partages) et dépasse le million [de personnes atteintes]. »
Cet héritage « souchien », les néo-médias d’extrême droite sur les réseaux sociaux l’assument. David Alaime reconnaît avoir été biberonné par Fdesouche et Valeurs actuelles avant de lancer Occidentis, en 2019. Même chose pour Alice Cordier, présidente du collectif Némésis, qui se targuait, en décembre 2024, d’« [appartenir] à une génération de militants et de militantes qui n’auraient jamais pu passer à l’action s’il n’y avait pas Fdesouche ». En réponse au récent commentaire d’un abonné, Gonzo News saluait, de son côté, Damien Rieu, qui a, lui aussi, fait ses armes auprès de Fdesouche, avant de militer auprès d’Eric Zemmour, le président de Reconquête !.
Ces successeurs sont d’ailleurs pétris du même mélange des genres, entre engagement politique et velléités médiatiques. A l’été 2024, pendant la campagne des élections législatives anticipées, les rédacteurs de Gonzo News expliquaient se trouver « sur le terrain avec des candidats qui ont besoin de soutien ». Ils affirment notamment avoir aidé Adhémar Autrand, qui représentait, dans la troisième circonscription de la Drôme, l’alliance entre Les Républicains (LR) et le Rassemblement national amorcée par Eric Ciotti, ex-patron de LR et aujourd’hui président de l’Union des droites pour la République.
**Un écosystème groupusculaire**
Actifs sur le même réseau social et sur un créneau identique, ces « réinformateurs » d’extrême droite se citent les uns et partagent plumes comme idées. Depuis quelques mois, David Alaime et Louise Morice, d’Occidentis, travaillent également pour Frontières qui, comme le collectif Némésis, produit à son tour des « flashs » d’actualité. Les animateurs bénévoles de Gonzo News forment, eux aussi, une petite équipe – « entre deux et cinq, selon les périodes » – mais peuvent compter sur le soutien de personnalités de droite et d’extrême droite. On les a par exemple vus interviewer l’influenceur Papacito ou être cités par Eugénie Bastié.
Dans sa story Instagram du 24 juillet 2024, la journaliste du Figaro posait fièrement avec un vêtement floqué « Extrême France », conçu par Gonzo News et fabriqué par l’entreprise Terre de France, laquelle est soutenue par le milliardaire catholique conservateur Pierre-Edouard Stérin, dans le cadre de son projet « Périclès ». « Commandez vite votre t-shirt Gonzo ! », écrivait Eugénie Bastié, qui n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde.
Malgré cette popularité, Gonzo News a, de son propre aveu, dû « faire profil bas » dernièrement, après la suspension, en août 2024, de comptes comme celui d’Occidentis sur Instagram. Depuis quelque temps, leur profil est d’ailleurs « privé », c’est-à-dire accessible uniquement à leurs abonnés, tandis que l’équipe cherche à rester anonyme.
D’après les informations du Monde, le fondateur et l’un des animateurs bénévoles de ce compte serait Antoine Ruimy, par ailleurs responsable des réseaux sociaux du média vidéo Neo, entreprise notamment financée par le Fonds du bien commun de Pierre-Edouard Stérin depuis la fin de 2022. « La contribution éventuelle du salarié en question n’est revendiquée nulle part », répond Anne-Henri de Gestas, l’un des cofondateurs de Neo. Alertée il y a plusieurs années, la direction avait « tranché » la question. « Comme employeur, la loi condamnerait notre ingérence dans la vie privée de nos salariés », argue-t-il par ailleurs.
Pour sa part, Occidentis bénéficie de l’agrément de « service de presse en ligne », qui lui a été délivré en mars 2024 par la commission mixte paritaire des publications et agences de presse (Cppap). Ce sésame permet à des médias de disposer d’avantages fiscaux et d’aides financières potentielles. Questionné par Le Monde sur le respect des conditions d’« intérêt général » et de « traitement à caractère journalistique » prévues par la loi, le ministère de la culture, dont dépend la Cppap, explique que l’agrément concerne uniquement le site Web vivotant de l’infomédiaire et que « l’examen de la Cppap ne porte pas sur les contenus hébergés sur les réseaux sociaux ».
Il est bien temps que l’EU frappe un bon coup et soumettent les réseaux américains ou les banissent
Putain de nazis