A peine libéré après cinquante-deux jours de détention, le président conservateur sud-coréen, Yoon Suk Yeol, a regagné, samedi 8 mars, la résidence présidentielle à Hannam-dong, au cœur de Séoul, où s’étaient massés près de 2 000 soutiens. « Je salue le courage et la détermination du tribunal pour avoir corrigé une injustice », a-t-il déclaré, tout en exprimant sa « gratitude au peuple coréen ».
Libéré pour un vice de procédure, le président n’en est pas moins suspendu à la décision de la Cour constitutionnelle sur la motion de destitution votée par l’Assemblée nationale pour sanctionner sa déclaration de loi martiale. M. Yoon reste par ailleurs mis en examen. Il comparaîtra libre lors de son procès au pénal.
Dimanche, ses partisans, menés par le charismatique pasteur Jeon Kwang-hoon, fondateur de l’Eglise presbytérienne Sarangseil, ont organisé un office au cœur de Séoul pour célébrer la libération du dirigeant. Le pasteur Jeon a martelé son credo, à savoir que M. Yoon est la cible d’un coup d’Etat ourdi depuis Pyongyang et Pékin, avec la complicité de l’opposition démocrate et de son chef, Lee Jae-myung qui a, de son côté, critiqué la libération du président et affirmé sa détermination à « se battre jusqu’à ce que l’insurrection soit terminée ».
La vigueur du mouvement ne peut que conforter M. Yoon qui n’hésite pas à afficher sa confiance sur l’issue des procédures en cours. « J’espère que le bureau présidentiel restera le centre des affaires nationales pour le bien du pays et du peuple », a-t-il déclaré lors d’un dîner avec son épouse, Kim Keon-hee, et le secrétaire général de la présidence, Chung Jin-suk, après sa sortie de prison. « Si la Cour constitutionnelle rejette la motion de destitution, nous devrons reprendre le travail immédiatement », affirme son entourage, soulignant l’importance de se mettre au diapason de l’actualité « afin d’éviter toute perturbation des affaires nationales ».
#Une véritable guérilla judiciaire
Les discours traduisent la combativité du camp présidentiel depuis l’échec de la déclaration de loi martiale, imposée le soir du 3 décembre 2024 et annulée quelques heures plus tard par un vote de l’Assemblée nationale. Depuis, le président, ancien procureur, et ses soutiens mènent une véritable guérilla judiciaire pour contrecarrer les investigations lancées par le parquet de Séoul d’un côté et, de l’autre, par le bureau d’enquête sur la corruption des hautes personnalités (CIO), appuyé par la police et les services juridiques de la défense. Ils peuvent compter sur une forte mobilisation du camp conservateur, sur Internet comme dans la rue.
M. Yoon avait été arrêté le 15 janvier et mis en examen le 26 janvier pour insurrection. Son placement en détention avait été immédiatement contesté par ses avocats. Le 7 mars, le tribunal du centre de Séoul a invoqué un vice de procédure pour l’annuler et ordonner sa libération. Le parquet avait sept jours pour faire appel. Il a renoncé et a déclaré dans un communiqué avoir envoyé « un ordre de libération du président Yoon au centre de détention de Séoul aujourd’hui [samedi] ».
A sa sortie de la prison d’Uiwang, dans la province de Gyeonggi (voisine de Séoul), M. Yoon, souriant, en costume sombre et sans cravate, est allé à la rencontre de quelque 600 sympathisants qui l’attendaient. Parmi eux se trouvait une dizaine de députés du Parti du pouvoir populaire (PPP, conservateur), qu’il a remerciés « pour [leur] travail acharné ». « La libération du président signifie le respect de l’Etat de droit », a réagi son équipe juridique dans un communiqué.
Au contraire, le Parti démocrate (PD, principale formation de l’opposition) a vivement réagi à sa libération, qualifiant d’« odieuse » l’attitude de M. Yoon. « Il se comporte comme un général impérial », a tempêté Cho Seung-rae, porte-parole du mouvement, qui craint de voir le « comportement sans scrupule de Yoon Suk-yeol inciter les insurgés et leurs sympathisants à devenir plus violents ».
#Destitution : la Cour constitutionnelle doit se prononcer
La libération du président a encore exacerbé le clivage entre ses sympathisants et ses opposants, dont les rassemblements hebdomadaires au cœur de Séoul réunissent à chaque fois des dizaines de milliers de personnes. Les incidents ne sont plus rares. Depuis plusieurs semaines, ils se multiplient sur les campus des universités, comme celles de Yonsei.
Le 26 février, la police a dû intervenir à l’université Ehwa pour filles, où une trentaine de soutiens de M. Yoon, s’en sont pris à des partisans de la destitution. « Comment pouvez-vous défendre un coup d’Etat dans une université prônant la démocratie libérale ? », ont-ils lancé. Le 7 mars, un septuagénaire s’est immolé près de la mairie de Séoul. Il avait avec lui des documents dénonçant l’opposition et soutenant M. Yoon.
Les cinq partis d’opposition ont organisé un rassemblement à Séoul dans la soirée du 8 mars. Devant près de 33 000 personnes, ils ont fustigé le procureur général, Shim Woo-jung, qui, par sa décision d’accepter la libération du président, « devient complice de l’insurrection » et « plonge le pays et le peuple dans la crise ».
L’Action d’urgence pour la destitution immédiate de Yoon Suk Yeol et la réforme sociale, organisation dont plusieurs membres ont entamé une grève de la faim pour protester contre la libération du président, a lancé, le 9 mars, une « semaine d’action d’urgence pour la destitution » et devait rassembler le même jour jusqu’à 100 000 personnes pour une marche à Gwanghwamun, au cœur de la capitale.
Les tensions devraient s’intensifier à l’approche de la décision de la Cour constitutionnelle. Elle pourrait être rendue le 14 mars mais un report n’est pas exclu en raison des recours déposés par le camp présidentiel. Si la destitution est validée, M. Yoon perdra ses pouvoirs et une élection présidentielle sera organisée dans les soixante jours. Si elle est rejetée, il restera en poste. Selon un sondage réalisé le 7 mars par l’institut Gallup Korea, 60 % des Sud-Coréens interrogés appuient la destitution contre 35 % qui s’y opposent.
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A peine libéré après cinquante-deux jours de détention, le président conservateur sud-coréen, Yoon Suk Yeol, a regagné, samedi 8 mars, la résidence présidentielle à Hannam-dong, au cœur de Séoul, où s’étaient massés près de 2 000 soutiens. « Je salue le courage et la détermination du tribunal pour avoir corrigé une injustice », a-t-il déclaré, tout en exprimant sa « gratitude au peuple coréen ».
Libéré pour un vice de procédure, le président n’en est pas moins suspendu à la décision de la Cour constitutionnelle sur la motion de destitution votée par l’Assemblée nationale pour sanctionner sa déclaration de loi martiale. M. Yoon reste par ailleurs mis en examen. Il comparaîtra libre lors de son procès au pénal.
Dimanche, ses partisans, menés par le charismatique pasteur Jeon Kwang-hoon, fondateur de l’Eglise presbytérienne Sarangseil, ont organisé un office au cœur de Séoul pour célébrer la libération du dirigeant. Le pasteur Jeon a martelé son credo, à savoir que M. Yoon est la cible d’un coup d’Etat ourdi depuis Pyongyang et Pékin, avec la complicité de l’opposition démocrate et de son chef, Lee Jae-myung qui a, de son côté, critiqué la libération du président et affirmé sa détermination à « se battre jusqu’à ce que l’insurrection soit terminée ».
La vigueur du mouvement ne peut que conforter M. Yoon qui n’hésite pas à afficher sa confiance sur l’issue des procédures en cours. « J’espère que le bureau présidentiel restera le centre des affaires nationales pour le bien du pays et du peuple », a-t-il déclaré lors d’un dîner avec son épouse, Kim Keon-hee, et le secrétaire général de la présidence, Chung Jin-suk, après sa sortie de prison. « Si la Cour constitutionnelle rejette la motion de destitution, nous devrons reprendre le travail immédiatement », affirme son entourage, soulignant l’importance de se mettre au diapason de l’actualité « afin d’éviter toute perturbation des affaires nationales ».
#Une véritable guérilla judiciaire
Les discours traduisent la combativité du camp présidentiel depuis l’échec de la déclaration de loi martiale, imposée le soir du 3 décembre 2024 et annulée quelques heures plus tard par un vote de l’Assemblée nationale. Depuis, le président, ancien procureur, et ses soutiens mènent une véritable guérilla judiciaire pour contrecarrer les investigations lancées par le parquet de Séoul d’un côté et, de l’autre, par le bureau d’enquête sur la corruption des hautes personnalités (CIO), appuyé par la police et les services juridiques de la défense. Ils peuvent compter sur une forte mobilisation du camp conservateur, sur Internet comme dans la rue.
M. Yoon avait été arrêté le 15 janvier et mis en examen le 26 janvier pour insurrection. Son placement en détention avait été immédiatement contesté par ses avocats. Le 7 mars, le tribunal du centre de Séoul a invoqué un vice de procédure pour l’annuler et ordonner sa libération. Le parquet avait sept jours pour faire appel. Il a renoncé et a déclaré dans un communiqué avoir envoyé « un ordre de libération du président Yoon au centre de détention de Séoul aujourd’hui [samedi] ».
A sa sortie de la prison d’Uiwang, dans la province de Gyeonggi (voisine de Séoul), M. Yoon, souriant, en costume sombre et sans cravate, est allé à la rencontre de quelque 600 sympathisants qui l’attendaient. Parmi eux se trouvait une dizaine de députés du Parti du pouvoir populaire (PPP, conservateur), qu’il a remerciés « pour [leur] travail acharné ». « La libération du président signifie le respect de l’Etat de droit », a réagi son équipe juridique dans un communiqué.
Au contraire, le Parti démocrate (PD, principale formation de l’opposition) a vivement réagi à sa libération, qualifiant d’« odieuse » l’attitude de M. Yoon. « Il se comporte comme un général impérial », a tempêté Cho Seung-rae, porte-parole du mouvement, qui craint de voir le « comportement sans scrupule de Yoon Suk-yeol inciter les insurgés et leurs sympathisants à devenir plus violents ».
#Destitution : la Cour constitutionnelle doit se prononcer
La libération du président a encore exacerbé le clivage entre ses sympathisants et ses opposants, dont les rassemblements hebdomadaires au cœur de Séoul réunissent à chaque fois des dizaines de milliers de personnes. Les incidents ne sont plus rares. Depuis plusieurs semaines, ils se multiplient sur les campus des universités, comme celles de Yonsei.
Le 26 février, la police a dû intervenir à l’université Ehwa pour filles, où une trentaine de soutiens de M. Yoon, s’en sont pris à des partisans de la destitution. « Comment pouvez-vous défendre un coup d’Etat dans une université prônant la démocratie libérale ? », ont-ils lancé. Le 7 mars, un septuagénaire s’est immolé près de la mairie de Séoul. Il avait avec lui des documents dénonçant l’opposition et soutenant M. Yoon.
Les cinq partis d’opposition ont organisé un rassemblement à Séoul dans la soirée du 8 mars. Devant près de 33 000 personnes, ils ont fustigé le procureur général, Shim Woo-jung, qui, par sa décision d’accepter la libération du président, « devient complice de l’insurrection » et « plonge le pays et le peuple dans la crise ».
L’Action d’urgence pour la destitution immédiate de Yoon Suk Yeol et la réforme sociale, organisation dont plusieurs membres ont entamé une grève de la faim pour protester contre la libération du président, a lancé, le 9 mars, une « semaine d’action d’urgence pour la destitution » et devait rassembler le même jour jusqu’à 100 000 personnes pour une marche à Gwanghwamun, au cœur de la capitale.
Les tensions devraient s’intensifier à l’approche de la décision de la Cour constitutionnelle. Elle pourrait être rendue le 14 mars mais un report n’est pas exclu en raison des recours déposés par le camp présidentiel. Si la destitution est validée, M. Yoon perdra ses pouvoirs et une élection présidentielle sera organisée dans les soixante jours. Si elle est rejetée, il restera en poste. Selon un sondage réalisé le 7 mars par l’institut Gallup Korea, 60 % des Sud-Coréens interrogés appuient la destitution contre 35 % qui s’y opposent.
Je recommande cette vidéo : la Corée du Sud est une dystopie:
https://youtu.be/iRgp8oBiAmw?si=3IU26XEqNraFoB9r