Share.

    3 commenti

    1. daft_babylone on

      Ca fait du bien un petit ego boost de temps en temps. Même si je n’ai pas l’abo pour lire l’article entier. (Si qqn peut le C/C je lui en serai reconnaissance !)

      En tout cas, je pense que ce qui est annoncé ici, et auquel je souscris totalement, est cet idéalisme unversaliste français, auquel il ne faut JAMAIS renoncer. Car ça se crée très lentement, ça peut se perdre vite si on ne voit qu’à travers des oeillères, et pourtant, c’est la base d’une fierté qui, malgré tout, donne une image à notre pays en son sein mais aussi en dehors. Il ne faut pas l’oublier.

      Brzezinski l’évoquait dans son grand échiquier il y a 30 ans, c’est cette particularité qu’a la France en Europe, celle de peser dans le game moral. Et c’est cette posture que malgré tout Macron incarne actuellement vis à vis de l’Ukraine & co.

      J’étais chez mon père ce week-end, lui se moquait de Macron, et de la France en général, en disant que le jeu se passait à Ryiad entre les US et la Russie. Je lui disais que oui, mais qu’il ne faut pas être défaitiste et que malgré tout, la France a ses cartes à jouer avec l’Union Européenne, et qu’elle en est légitime. L’universalisme est très fortement implémenté chez nous, on s’en rend pas toujours compte. Parfois avec excès, mais en tant que français, j’en suis fier. Même si dans la réalité, c’est compliqué, les idéaux français sont à mon sens les meilleurs du monde. Liberté, Egalité, Fraternité rpz !

      Et on doit bien avoir, en lien avec ça, une population probablement parmi les plus éduquées du monde politiquement. C’est pas toujours ça, mais j’ai jamais vu ça dans un autre pays. En Europe ou ailleurs.

      C’est, je pense ça, du moins en partie, que cet article raconte aussi.

      ^(oui, vous avez sans doute compris que je suis aussi un idéaliste)

    2. PapaKlin on

      # Lettre d’amour à la France, “pays de mes idées préférées”

      *L’écrivain allemand Jörg Bong, qui vit entre Francfort et la Bretagne, s’inquiète du désarroi qui règne dans son pays d’adoption, “éternelle patrie de la Raison”. Il appelle à sauver un modèle français qu’il vénère, “avec la tête mais surtout avec le cœur”.*

      Voici un demi-siècle que je vis lié à ce pays, “le véritable paradis sur Terre par la grâce de Dieu”, selon Heinrich Heine [1797-1856]. Cet habitant de Düsseldorf [et de Paris] se qualifiait de “Français allemand” et était le plus français des Allemands. Heine s’était rendu dans la partie de la France qui est devenue mon deuxième chez-moi, la Bretagne, “pour collecter de belles chansons populaires”, mais ce qu’il a trouvé, “ce furent des gens brûlant d’enthousiasme pour la Révolution”…

      Je n’ai encore jamais vu “ma France” comme en ce moment : en plein désarroi – et surtout troublée par son propre désarroi. C’est comme la peur de la peur chez ceux d’entre nous qui sont enclins à la névrose, elle est plus grave que toute peur concrète et engendre en permanence de nouvelles peurs. La réalité brute à laquelle la France est confrontée est déjà dure. Les vieux réflexes, les vieux instincts, les cabrioles, les astuces qui ont toujours aidé ne servent plus à rien. Le sentiment français, qui est si merveilleusement formé aux convictions les plus profondes, est rongé par le désarroi.

      Pour être clair : je suis de parti pris, passionnément de parti pris. Je ne regarde pas ce pays avec la tête froide, ceci n’est pas un éditorial. Je vénère la France, avec la tête mais surtout avec le cœur. Depuis ma jeunesse, je suis désespérément “français”, comme tant d’autres Allemands, en particulier ceux de ma génération des boomers tardifs (je suis né en 1966) qui, par leur naissance dans l’ouest de l’Allemagne, sont tombés sur des personnes – parents, enseignants, premiers protecteurs – qui avaient connu la guerre contre cet “ennemi juré”, mais qui étaient également inspirées par une profonde soif de ce voisin : Camus, Sartre, Beauvoir, Foucault, Jacques Brel, Godard ou Jacques Tati.

      Pour moi, la France a très tôt été le pays des idées, et même une mine d’idées. Quand on est un “Français allemand”, on idéalise la France. Bien entendu, c’est une erreur et pourtant, c’est une bonne chose. Un admirateur voit peut-être l’essentiel, il a peut-être le regard plus clair.

      ## Les Lumières et l’“union des peuples”

      Le vaste groupe des “Français allemands” existe depuis le début du XIXe siècle : Börne, Büchner, Heine, Wagner, Herwegh, Marx, Liszt avaient été poussés à franchir le Rhin par le despotisme allemand – la politique était dure. “Plutôt la liberté avec les Français que la servitude avec les Prussiens”, telle était la solution.

      Nombre de mes auteurs préférés, de mes compositeurs, peintres, artistes, penseurs, philosophes préférés viennent de France. Il en va de même de mes plats et saveurs préférés – qui sont toujours enracinés dans la terre, la mer, le terroir* –, de mes vins et alcools préférés. Mais surtout, ce sont mes idées préférées qui viennent de France. Celles des Lumières, de la démocratie moderne, de la république, de l’égalité, de la laïcité, de “l’union des peuples européens”.

      Qu’on lise le discours fait par Victor Hugo lors de l’ouverture du Congrès des amis de la paix universelle à Paris en 1849 : “Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne.”

      Il y a cependant deux idées qui forment la base de tout le reste : la liberté et un universalisme radical. Toutes deux sont apparues en France et toutes deux sont, comme nous le verrons, plus d’actualité que jamais. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 en est certainement la manifestation la plus impressionnante. Ce texte constitue le plus beau distillat imaginable de l’humanisme français et pourtant résolument global, “car cette Déclaration des droits de l’homme, sur laquelle repose toute notre science politique, considère Heine, n’est pas originaire de France, où elle a certes été des plus glorieusement proclamée, mais du Ciel : de la patrie éternelle de la Raison”.

      C’est un code de la Raison, dans lequel diverses contradictions se sont glissées – comme c’est le cas concrètement de tout ce qui est historique. En effet, ces dispositions ont beau postuler l’égalité des droits pour tous, elles se concentrent sur une élite masculine, blanche et bourgeoise.

      ## S’attaquer aux inégalités économiques et sociales

      Il faut aujourd’hui purger fondamentalement ce texte de tout particularisme ou eurocentrisme, non pour mettre l’universalisme de côté, comme le souhaiteraient tant de forces des ténèbres, mais pour le renforcer, pour le rendre véritablement universel. Ce qui signifie pour les démocraties occidentales en cette année 2025 : s’attaquer aux extrêmes inégalités économiques et sociales, dont l’ampleur se rapproche de celles du XIXe siècle – en France, comme dans toutes les démocraties occidentales. L’Histoire nous a appris que les tensions provoquées par des inégalités aussi drastiques ne débouchent pas sur une lumineuse révolution de la Raison mais sur des catastrophes autoritaristes.

      L’inégalité des conditions de vie frappe comme une triste caricature dans la capitale française. Paris n’est désormais un rêve que pour des personnes très aisées ; pour les autres, c’est-à-dire la plupart des gens, c’est un cauchemar de banlieues*. Un constat que l’on peut aisément transposer, à une échelle un peu différente, à des villes comme Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nice, comme à tous les beaux coins et côtes du pays.

      La plage* ? Le privilège de la plage privée n’existe certes pas depuis la Révolution, mais il n’est pas nécessaire : l’argent régit la séparation sociale entre les campings, relégués loin à l’intérieur des terres, et les belles demeures de la côte bien plus efficacement que le droit de la propriété prérévolutionnaire. Si la plage était un des lieux sans classe utopiques de France – comme le Café central* des petites villes –, où la famille du maire passait une journée aux côtés de celle du boulanger, du cordonnier et de l’instituteur, c’est désormais du passé sur certaines côtes.

      ## La France socialiste façon RDA

      Comme je l’ai dit, voilà trente ans que la Bretagne m’accueille chaleureusement pour quelques mois dans un petit village près de Concarneau, la “ville bleue”, où mon commissaire Dupin* résout toutes ses affaires. Mes parents habitent également dans un village français, encore plus petit que le mien, tout au sud, à une demi-heure de Perpignan. La France profonde*.

      C’est là que vit la France qui ne comprend pas ce qui lui arrive en ce moment. Quand je vais voir mes parents là-bas, je ne peux m’empêcher de repenser à une phrase de ma super professeure d’histoire. Je fréquentais une école allemande bilingue et ma professeure d’histoire était une Française, pull à col roulé noir sévère, Gauloise sans filtre, existentialiste, bien sûr. Un jour où on débattait de l’ordre de l’après-guerre, elle déclara fièrement que si on regardait la vie dans les communes, la France était organisée de façon socialiste comme la RDA.

      Le long du Rebenty, une rivière furieusement romantique [affluent de l’Aude], on trouve huit de ces minuscules villages pittoresques comme celui dans lequel habitent mes parents, des forêts denses grouillant de sangliers ; quelques kilomètres plus loin, les châteaux cathares, au sud, la montagne, on est vite à 3 000 mètres ; les plus belles plages de la Méditerranée sont à 40 minutes. Regardons un peu le quasi-socialisme que ma professeure évoquait jadis. Que voyons-nous ?

      Toutes ces communes minuscules possèdent leur mairie*, avec un drapeau, le maire élu et une collaboratrice à l’intérieur, une petite voiture de la commune, un cantonnier* qui s’occupe des rues et fait aussi office de concierge du village. Le maire invite tous les habitants au moins quatre fois par an – au début et à la fin de l’été, pour la fin de la Première Guerre mondiale et pour le nouvel an. On mange et on boit bien, aux frais de la commune, on raconte des histoires, on discute toujours jusqu’aux petites heures du matin.

      Situé à la limite de la montagne, le village de mes parents, 52 habitants seulement, est raccordé à l’Internet très haut débit ; le bus scolaire vient tous les jours de Quillan, à 20 kilomètres, pour deux enfants. La commune possède trois appartements, qui sont habités par des personnes “du Nord” en recherche d’emploi, le loyer est payé par l’État. Si un habitant a une blessure qui s’est infectée, quelqu’un vient le lendemain du centre médical distant de quelques kilomètres pour lui faire une prise de sang. S’il y a de quoi s’inquiéter et que la personne ne peut pas se déplacer par ses propres moyens, l’État la conduit au centre.

    Leave A Reply