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    1 commento

    1. SowetoNecklace on

      Je profite de ce post pour faire une update Syrie généralisée.

      Comme l’annonce l’article, la Turquie était partie pour prendre possession de la base de Tiyas, au centre du pays, après un accord avec le nouveau gouvernement syrien. Ils y auraient installé des défenses antiaériennes.

      Je dis « auraient » parce que l’aviation israélienne a bombardé le site quelques jours seulement avant que des inspecteurs militaires turcs devaient s’y rendre pour évaluer la base. Militairement, Israël ne veut rien qui puisse menacer sa suprématie aérienne dans la région.

      Dans le sud du pays, Netanyahu a affirmé que les troupes israéliennes resteraient « indéfiniment » dans les zones occupées depuis décembre 2024 (zones qui entourent le plateau du Golan lui-même occupé), et a déclaré [qu’Israël ne tolérerait pas de présence de l’armée syrienne sur tout le territoire au sud de Damas](https://apnews.com/article/israel-syria-buffer-zone-military-netanyahu-6a107f835d4262b56551ad940a5144d7). Ahmed al-Sharaa, le président syrien, a protesté tout en reconnaissant qu’il n’était pas en mesure de s’opposer.

      Ça pourrait partir en cacahuète, mais les Turcs ont pas l’air de vouloir partir au conflit. Pendant qu’Erdogan tempête en public, son ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan [travaille à l’établissement de communications pérennes avec Israël](https://www.middleeasteye.net/news/turkey-and-israel-deconfliction-line-syria) en cas de conflit. Après tout, leurs intérêts principaux sont de restreindre l’influence de l’Iran en Syrie, d’empêcher un regain des violences pour pouvoir renvoyer les Syriens de Turquie chez eux, et de casser les reins aux restes de Daesh. Au-delà de ça, comme l’a dit Hakan Fidan, « Si les Syriens veulent conclure des ententes avec Israël, qu’ils le fassent ».

      De l’autre côté, le plan israélien d’exploiter les minorités (Kurdes, Druzes et maintenant Alaouites) pour affaiblir Damas semble ne pas fonctionner super bien. Al-Sharaa et le leader des FDS Mazloum Abdi [viennent de signer un accord préalable à l’intégration des FDS dans le nouvel Etat syrien](https://www.middleeastmonitor.com/20250313-al-sharaas-agreement-with-the-head-of-the-sdf-is-very-important-for-syria/), mettant de facto fin à l’autonomie kurde en Syrie. Normalement, l’accord inclut la reconnaissance de tous les droits constitutionnels des Kurdes dans le pays, donc avec un peu de chances leurs droits culturels, et surtout revient sur l’apatridie des Kurdes de 62 (En 1962, 120 000 Kurdes de Syrie avaient été déchus de leur nationalité et rendus apatrides, et leurs descendants en 2024 sont toujours techniquement apatrides) en leur ouvrant une voie vers la nationalité syrienne… normalement.

      Du coup, sachant que les Kurdes de Syrie ne sont (probablement) plus une option, Israël se tourne vers les Druzes, une communauté qui vit surtout dans l’extrême sud du pays, la région d’As-Sweida. Comme il y a une communauté druze en Israël, le gouvernement israélien veut se positionner en « protecteur des Druzes » y compris en Syrie. D’ailleurs, ils ont annoncé des espèces de visas de travail au profit des Druzes syriens voulant travailler en Israël. [Ca ne fonctionne pas vraiment](https://syriadirect.org/as-israel-instrumentalizes-syrias-druze-some-fear-increased-sectarianism/), des manifestations anti-israéliennes ont eu lieu à Sweida et un des sheiks de la communauté druze qui était plutôt favorable à tout ça se fait taxer « d’agent sioniste ». Mais le fait est que les Druzes étaient très proches du gouvernement de Bachar al-Assad, presque autant favorisés que les Alaouites, et ils ont la trouille des islamistes d’HTS. Ils pourraient changer d’avis.

      En interne, et après [avoir découvert une tentative de coup d’Etat venant apparemment d’anciens officiers du régime](https://www.middleeastmonitor.com/20250417-syria-thwarts-coup-plot-by-former-regime-officers/), al-Sharaa a surtout besoin de faire lever les sanctions sur son pays et de gagner le soutien de l’Occident pour stabiliser son gouvernement. C’est pour ça que, bien qu’il ait [accueilli Mahmoud Abbas](https://www.h24info.ma/monde/le-president-palestinien-en-syrie-premiere-visite-en-16-ans/) la semaine dernière, il aurait également [promis en privé à des diplomates britanniques de normaliser les relations avec Israël](https://www.middleeastmonitor.com/20250416-syria-leader-jolani-privately-promised-to-normalise-ties-with-israel-by-2026-ex-uk-diplomat-says/) d’ici à l’année prochaine, avec échanges d’ambassadeurs, en échange de soutien occidental. Il a également sollicité [l’Azerbaïdjan](https://www.middleeasteye.net/news/syria-seeks-azerbaijans-help-develop-oil-and-gas-fields) pour rénover son secteur pétrolier, sachant que l’Azerbaïdjan est un allié vital pour la Turquie et pour Israël et était intervenu dans la médiation des tensions entre eux.

      De ce que je peux comprendre, tout le monde place ses pions pour déterminer le futur des sanctions sur la Syrie. Israël veut les maintenir pour affaiblir Damas, et Damas courtise les Occidentaux et d’autres pays arabes [comme les Emirats](https://responsiblestatecraft.org/al-sharaaa-uae/) pour qu’il lobbient auprès des Américains pour la levée des sanctions. Je note les Emirats parce que, en tant que grands opposants des mouvements islamistes dans le monde arabe (non pas par différences idéologiques, mais parce que le statu quo actuel profite au business émirati), ils avaient très peur de l’arrivée de HTS au pouvoir mais ils ont l’air de prendre le nouveau gouvernement avec pragmatisme et de le considérer comme un allié potentiel, en réponse au pragmatisme (de façade ?) affiché par al-Sharaa.

      Enfin, l’Irak et surtout l’Iran ont du mal à se remettre de ce qui s’est passé. L’Irak, majoritairement chiite, voit al-Sharaa le descendant idéologique d’al-Qaeda comme un ennemi naturel pour les chiites et a du mal à croire à son « pragmatisme », les traumatismes (compréhensibles) de l’insurrection d’Abu Musaab al-Zarqawi en 2004-2006 étant encore sévères… et al-Sharaa avait combattu sous al-Zarqawi (Certains journalistes le qualifient de « proche associé » d’Abu Musaab, mais c’est pas clair). Le Premier ministre Muhammad Shia al-Sudani a quand même [invité al-Sharaa à Bagdad pour une première rencontre](https://www.bourseandbazaar.org/articles/2025/4/18/iraq-begins-to-adapt-to-syrias-post-assad-transformation). Il a également été invité au sommet de la Ligue arabe à Bagdad… [provoquant des politiciens chiites à demander son arrestation s’il entre sur le territoire irakien](https://amwaj.media/en/media-monitor/syria-s-sharaa-faces-calls-for-his-arrest-after-iraqi-invitation-to-arab-summit).

      L’Iran enfin a pris un gros revers en Syrie, le dernier d’une longue liste. Avec le pilonnage du Hezbollah puis la chute de Bachar al-Assad, deux gros alliés du régime sont tombés ou affaiblis en moins d’un an. L’Iran cherche surtout à maintenir son « axe de résistance » contre Israël, et à établir un couloir qui ferait Iran > Irak > Syrie > Liban pour soutenir matériellement le Hezbollah. L’Iran a, comme souvent hors de son territoire, recours à des milices. Et il se trouve qu’une nouvelle milice appelée [Uli al-Baas](https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/uli-al-baas-part-1-new-islamic-resistance-front-syria) est apparue en Syrie en février 2025. Leur symbolisme ressemble beaucoup à celui des Gardes de la révolution iraniens : Voici d’un côté [un communiqué d’Uli al-Baas](https://www.washingtoninstitute.org/sites/default/files/2025-03/5.jpeg) et de l’autre [le symbole de la force Al-Quds des Gardiens de la révolution](https://rewardsforjustice.net/wp-content/uploads/2021/08/IRGC-QF-282×300.png). Ils se seraient définis comme alignés sur « l’axe de résistance » iraniens, mais j’arrive pas à trouver de source primaire là-dessus. Ils mettent manifestement le nouveau gouvernement syrien et Israël sur le même plan, et il semble que leur objectif principal est de « libérer la Syrie méridionale de l’agression sioniste ». Impossible pour moi de dire s’ils vont avoir les ressources pour être vraiment problématiques. Entre la Syrie et l’Iran, le médiateur principal pourrait être le Qatar, qui est l’Etat arabe le plus proche de l’Iran (sans être vassalisé à l’Iran comme l’est l’Irak) et [capable d’intervenir au niveau mondial](https://www.newarab.com/analysis/borderline-disorder-iran-destabilising-post-assad-syria). Là encore, à voir !

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