Publié le 29/04/2025 • Par Sylvie Luneau • dans : A la une, actus experts technique, France
pfas-molecule-eau-une
Anzhela – Adobe Stock
De plus en plus d’alertes pointent l’augmentation des taux de micropolluants dans l’eau potable et de nouvelles molécules apparaissent. Outre les pesticides, des polluants jusque-là inconnus, tels les PFAS, sont détectés. Les collectivités gestionnaires de l’eau potable, victimes de ces pollutions, montent à présent au créneau pour faire appliquer le principe du pollueur-payeur.
Per- et polyfluoroalkylés, dits « PFAS » ou « polluants éternels », pesticides… Les menaces potentielles se multiplient dans l’environnement et se retrouvent bien souvent dans l’eau potable. Les rapports, études et analyses prolifèrent pour documenter le phénomène. Au cœur du sujet, la dégradation de ces molécules dans l’environnement, notamment des pesticides, ces fragments étant alors appelés « métabolites ». Dès 2019, une enquête publiée par l’association Générations futures montre qu’ils sont présents dans plus de 35 % des prélèvements d’eau potable. Plus des trois quarts d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens suspectés ou ayant des propriétés cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR).
« Échec global » de la prévention
D’après les derniers chiffres du ministère de la Santé, publiés fin 2024, près de 17 millions de Français ont, en 2023, consommé au moins une fois de l’eau du robinet non conforme aux limites de qualité pour les pesticides. Un chiffre en nette augmentation, puisqu’en 2022, on en comptait 10 millions.
Un rapport signé par trois inspections générales (celles de l’agriculture, de l’environnement et de la santé), daté de juin 2024, mais resté confidentiel jusqu’en novembre dernier, déplore la dégradation de l’eau potable et pointe « l’échec global » des politiques publiques de réduction des pesticides et de leurs métabolites pour préserver la ressource en eau. Il note que « les contrôles sanitaires menés par les ARS [agences régionales de santé] révèlent des concentrations élevées de pesticides et de métabolites dans les eaux brutes et dans les eaux distribuées ».
Malgré les millions d’euros publics investis dans les plans Ecophyto, censés diminuer, sur la base du volontariat, le nombre de pesticides employés la pollution n’a fait qu’augmenter, note aussi le rapport. Les conséquences sont graves pour les gestionnaires de l’eau potable, car les restrictions peuvent aller jusqu’à l’interdiction de boire l’eau du robinet, induisant la distribution d’eau en bouteilles. Parmi les substances responsables de ces dépassements, les métabolites de pesticides occupent une place centrale, en particulier le chlorothalonil R471811, auquel 5,1 millions de personnes sont exposés. Mais ce métabolite de fongicide, classé cancérogène probable, a été jugé « non pertinent » par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en avril 2024.
A la suite de ce nouveau classement, la concentration tolérée pour juger l’eau « conforme » est multipliée par dix. Il n’est plus concerné par la limite de 0,1 µg/l (microgramme/litre) applicable à tous les pesticides, mais par une « valeur de vigilance » de 0,9 µg/l. Ce n’est pas la première fois que l’Anses revient sur un classement. Ainsi, l’Esa métolachlore, classé deux fois (en 2019 et 2021) par l’agence comme « métabolite pertinent » pouvant engendrer « un risque sanitaire inacceptable pour le consommateur », a été déclassé en 2022. Ce métabolite, issu d’herbicide du maïs interdit depuis 1991, est retrouvé dans les Landes aussi bien qu’en Bretagne, où la contamination est généralisée.
Instabilité réglementaire
Ces règles mouvantes ne facilitent pas non plus le travail des gestionnaires de l’eau. « Quand l’Esa métolachlore a été classé pertinent en 2021, nous avons dû déposer une demande de dérogation à la préfecture. Il est très difficile de projeter des actions dans cette instabilité réglementaire. En outre, la responsabilité est portée par les acteurs locaux, alors que la problématique est nationale », regrette Françoise Jehanno, directrice générale des services du syndicat mixte Eau du Morbihan (199 communes, 396 800 hab.).
Pris entre deux feux, le directeur de l’Anses s’est d’ailleurs récemment dit prêt à démissionner, si la proposition de loi « Duplomb » (du sénateur LR de la Haute-Loire, Laurent Duplomb) était adoptée. Ce texte prévoit en effet la création d’un conseil d’orientation pour la protection des cultures composé de syndicats agricoles et d’industriels. Un « dispositif antidéontologique », selon le directeur de l’Anses, qui risque de favoriser les intérêts privés.
Les chiffres de contamination aux pesticides sont probablement très sous-estimés, car un grand nombre de métabolites ne sont pas pris en compte. Or, un seul pesticide peut générer jusqu’à 200 métabolites. Certains d’entre eux sont aussi des PFAS. C’est le cas du TFA (acide trifluoroacétique), métabolite de pesticides. A ce jour, il ne fait l’objet d’aucun suivi réglementaire, alors que sa présence est quasi générale. Atlantic’eau, le syndicat d’eau de la Loire-Atlantique (148 communes, 545 000 hab.), a ainsi pu observer que tous ses captages étaient impactés par cette pollution au TFA.
Ces PFAS, dits « polluants éternels » car ils contaminent l’eau et le sol pendant très longtemps, sont une source d’inquiétude montante. L’épicentre de cette pollution se cristallise autour de Lyon. « Notre territoire a été le fer de lance de la mobilisation sur ces perfluorés, qui sont, d’après les scientifiques, la pollution la plus importante que l’humanité ait eue à affronter », affirme Anne Grosperrin, vice-présidente (Les Ecologistes – LE) chargée de l’eau à la métropole de Lyon (lire p. 44).
Calme-2tendu on
Avant de voir que l’article complet avait été posté dan les commentaires, je suis tombé sur cet article en cherchant un peu sur le sujet :
L’eau potable va disparaître pour être remplacée par l’eau empoisonnée.
Imatakethatlazer on
Quelle est la solution pour le consommateur ?
Le robinet, contaminé, l’eau de source, contaminée, le vin, contaminé, les sodas, probablement pareil puisque eau, la pluie contaminé aussi, on fait quoi ?
Ya des filtres qui marchent vraiment sur ces trucs ?
Odd_Snow_8179 on
Je profite du sujet pour poser une question : connaissez vous les meilleurs liens (en open data) pour s’intéresser à la qualité de l’eau ainsi qu’à son mode de gestion de l’assainissement, à l’échelon municipal mais sur la totalité de la France ?
Peu importe le format (api etc.).
Foxkilt on
Tsssk, ce titre alarmiste.
Il y aura de l’eau potable aussi longtemps que l’humanité durera
Osmose inverse et charbon actif. Les solutions existent, ca surenchérira le cout de traitement des eaux potables et sonnera le glas des eaux minérales naturelles.
lordofming-rises on
On parle des vilains pfas mais pas des prod pharma que l’on consomme.
Seulement 50% est assimile par le corps et le reste va dans les toilettes.
Effet cocktail à gogo
Cappyburner on
Prochaine vidéo de leotechmaker : “L’eau : la fin ?”
13 commenti
Eau potable : pour combien de temps encore ?
Publié le 29/04/2025 • Par Sylvie Luneau • dans : A la une, actus experts technique, France
pfas-molecule-eau-une
Anzhela – Adobe Stock
De plus en plus d’alertes pointent l’augmentation des taux de micropolluants dans l’eau potable et de nouvelles molécules apparaissent. Outre les pesticides, des polluants jusque-là inconnus, tels les PFAS, sont détectés. Les collectivités gestionnaires de l’eau potable, victimes de ces pollutions, montent à présent au créneau pour faire appliquer le principe du pollueur-payeur.
Per- et polyfluoroalkylés, dits « PFAS » ou « polluants éternels », pesticides… Les menaces potentielles se multiplient dans l’environnement et se retrouvent bien souvent dans l’eau potable. Les rapports, études et analyses prolifèrent pour documenter le phénomène. Au cœur du sujet, la dégradation de ces molécules dans l’environnement, notamment des pesticides, ces fragments étant alors appelés « métabolites ». Dès 2019, une enquête publiée par l’association Générations futures montre qu’ils sont présents dans plus de 35 % des prélèvements d’eau potable. Plus des trois quarts d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens suspectés ou ayant des propriétés cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR).
« Échec global » de la prévention
D’après les derniers chiffres du ministère de la Santé, publiés fin 2024, près de 17 millions de Français ont, en 2023, consommé au moins une fois de l’eau du robinet non conforme aux limites de qualité pour les pesticides. Un chiffre en nette augmentation, puisqu’en 2022, on en comptait 10 millions.
Un rapport signé par trois inspections générales (celles de l’agriculture, de l’environnement et de la santé), daté de juin 2024, mais resté confidentiel jusqu’en novembre dernier, déplore la dégradation de l’eau potable et pointe « l’échec global » des politiques publiques de réduction des pesticides et de leurs métabolites pour préserver la ressource en eau. Il note que « les contrôles sanitaires menés par les ARS [agences régionales de santé] révèlent des concentrations élevées de pesticides et de métabolites dans les eaux brutes et dans les eaux distribuées ».
Malgré les millions d’euros publics investis dans les plans Ecophyto, censés diminuer, sur la base du volontariat, le nombre de pesticides employés la pollution n’a fait qu’augmenter, note aussi le rapport. Les conséquences sont graves pour les gestionnaires de l’eau potable, car les restrictions peuvent aller jusqu’à l’interdiction de boire l’eau du robinet, induisant la distribution d’eau en bouteilles. Parmi les substances responsables de ces dépassements, les métabolites de pesticides occupent une place centrale, en particulier le chlorothalonil R471811, auquel 5,1 millions de personnes sont exposés. Mais ce métabolite de fongicide, classé cancérogène probable, a été jugé « non pertinent » par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en avril 2024.
A la suite de ce nouveau classement, la concentration tolérée pour juger l’eau « conforme » est multipliée par dix. Il n’est plus concerné par la limite de 0,1 µg/l (microgramme/litre) applicable à tous les pesticides, mais par une « valeur de vigilance » de 0,9 µg/l. Ce n’est pas la première fois que l’Anses revient sur un classement. Ainsi, l’Esa métolachlore, classé deux fois (en 2019 et 2021) par l’agence comme « métabolite pertinent » pouvant engendrer « un risque sanitaire inacceptable pour le consommateur », a été déclassé en 2022. Ce métabolite, issu d’herbicide du maïs interdit depuis 1991, est retrouvé dans les Landes aussi bien qu’en Bretagne, où la contamination est généralisée.
Instabilité réglementaire
Ces règles mouvantes ne facilitent pas non plus le travail des gestionnaires de l’eau. « Quand l’Esa métolachlore a été classé pertinent en 2021, nous avons dû déposer une demande de dérogation à la préfecture. Il est très difficile de projeter des actions dans cette instabilité réglementaire. En outre, la responsabilité est portée par les acteurs locaux, alors que la problématique est nationale », regrette Françoise Jehanno, directrice générale des services du syndicat mixte Eau du Morbihan (199 communes, 396 800 hab.).
Pris entre deux feux, le directeur de l’Anses s’est d’ailleurs récemment dit prêt à démissionner, si la proposition de loi « Duplomb » (du sénateur LR de la Haute-Loire, Laurent Duplomb) était adoptée. Ce texte prévoit en effet la création d’un conseil d’orientation pour la protection des cultures composé de syndicats agricoles et d’industriels. Un « dispositif antidéontologique », selon le directeur de l’Anses, qui risque de favoriser les intérêts privés.
Les chiffres de contamination aux pesticides sont probablement très sous-estimés, car un grand nombre de métabolites ne sont pas pris en compte. Or, un seul pesticide peut générer jusqu’à 200 métabolites. Certains d’entre eux sont aussi des PFAS. C’est le cas du TFA (acide trifluoroacétique), métabolite de pesticides. A ce jour, il ne fait l’objet d’aucun suivi réglementaire, alors que sa présence est quasi générale. Atlantic’eau, le syndicat d’eau de la Loire-Atlantique (148 communes, 545 000 hab.), a ainsi pu observer que tous ses captages étaient impactés par cette pollution au TFA.
Ces PFAS, dits « polluants éternels » car ils contaminent l’eau et le sol pendant très longtemps, sont une source d’inquiétude montante. L’épicentre de cette pollution se cristallise autour de Lyon. « Notre territoire a été le fer de lance de la mobilisation sur ces perfluorés, qui sont, d’après les scientifiques, la pollution la plus importante que l’humanité ait eue à affronter », affirme Anne Grosperrin, vice-présidente (Les Ecologistes – LE) chargée de l’eau à la métropole de Lyon (lire p. 44).
Avant de voir que l’article complet avait été posté dan les commentaires, je suis tombé sur cet article en cherchant un peu sur le sujet :
[https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-guerre-de-leau-aura-t-elle-lieu](https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-guerre-de-leau-aura-t-elle-lieu)
Très instructif.
L’eau potable va disparaître pour être remplacée par l’eau empoisonnée.
Quelle est la solution pour le consommateur ?
Le robinet, contaminé, l’eau de source, contaminée, le vin, contaminé, les sodas, probablement pareil puisque eau, la pluie contaminé aussi, on fait quoi ?
Ya des filtres qui marchent vraiment sur ces trucs ?
Je profite du sujet pour poser une question : connaissez vous les meilleurs liens (en open data) pour s’intéresser à la qualité de l’eau ainsi qu’à son mode de gestion de l’assainissement, à l’échelon municipal mais sur la totalité de la France ?
Peu importe le format (api etc.).
Tsssk, ce titre alarmiste.
Il y aura de l’eau potable aussi longtemps que l’humanité durera
J’adore l’eau, dans 20/30 ans il y en aura plus.
Qu’ils boivent du Brawndo
>président d’Eau de Paris
La Seinoise saison 2?
C’est quoi la définition de “eau potable ?”
[https://www.watertechnologies.fr/blog/does-reverse-osmosis-treat-pfas](https://www.watertechnologies.fr/blog/does-reverse-osmosis-treat-pfas)
Osmose inverse et charbon actif. Les solutions existent, ca surenchérira le cout de traitement des eaux potables et sonnera le glas des eaux minérales naturelles.
On parle des vilains pfas mais pas des prod pharma que l’on consomme.
Seulement 50% est assimile par le corps et le reste va dans les toilettes.
Effet cocktail à gogo
Prochaine vidéo de leotechmaker : “L’eau : la fin ?”