Francesca Melandri, scrittrice italiana: “Empatia selettiva per la sofferenza dei popoli è un colossale fallimento”

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/05/28/francesca-melandri-l-empathie-selective-pour-les-peuples-en-souffrance-est-un-echec-ethique-colossal_6608908_3232.html

    di Wertherongdn

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    4 commenti

    1. Wertherongdn on

      [L’écrivaine et documentariste italienne Francesca Melandri a reçu le prix Bruno-Kreisky pour le livre politique en récompense de l’ensemble de son travail journalistique. Ce prix, décerné par un organisme autrichien, l’Institut Karl-Renner, récompense « la littérature politique qui défend la liberté, l’égalité, la justice sociale, la solidarité, la démocratie et la cohésion sociale, la tolérance et la liberté artistique ». Ce texte est issu du discours que Francesca Melandri a prononcé lors de la cérémonie de remise, le 7 mai, à Vienne.]

      En 1992, avec un autre cinéaste, j’ai enregistré la détresse des Lhotshampas, une minorité d’origine népalaise du Bhoutan, royaume de l’est de la chaîne de l’Himalaya. Le nouveau roi de ce pays, qui avait décidé de le transformer en un Etat bouddhiste monoethnique, avait violemment expulsé les Népalais hindouistes qui y vivaient depuis des générations, les forçant à se réfugier au Népal. Des centaines de milliers d’entre eux se trouvaient alors dans les plaines népalaises du Teraï, dans un camp de réfugiés misérable installé dans le lit sec d’une rivière saisonnière que la mousson allait bientôt transformer en coulée de boue toxique. Nous avions alors interviewé de nombreux réfugiés qui nous ont raconté l’histoire typique de toutes les épurations ethniques : des gens tués devant leurs proches, des viols collectifs, des maisons incendiées, des fuites nocturnes sans rien d’autre que les vêtements que l’on porte. Nous avons beaucoup filmé.

      De retour en Italie, j’ai proposé un documentaire aux chaînes de télévision, mais la réponse était toujours la même : « Il y a une épuration ethnique en Bosnie en ce moment, personne ne s’intéresse à celle-là. » J’ai argumenté que personne ne s’en souciait justement parce qu’on n’en parlait pas, mais cela n’a rien changé. Nos images n’ont jamais été reprises dans les journaux télévisés. C’est ainsi que j’ai appris une importante leçon : il existe des génocides plus populaires que d’autres.

      Aujourd’hui, un comportement, en réponse aux crises et aux bains de sang dans le monde, m’inquiète souvent davantage que les événements eux-mêmes, car il a trait à notre cognition. Et la cognition est l’endroit où nous percevons le monde, réagissons à ce qu’il s’y passe, prenons des décisions. C’est l’endroit où le monde – et donc la politique – se construit, comme les dictateurs et leurs propagandistes le savent très bien : contrôlez la pensée des gens, vous aurez fait l’essentiel du travail pour établir une tyrannie. Ce comportement, je l’appelle l’empathie sélective.

      Je ne parle pas de la différence naturelle d’affection que nous ressentons entre nos proches et des inconnus – elle est nécessaire à la survie de notre espèce. Je parle de la manière différenciée dont nous, publics occidentaux, éprouvons de l’empathie envers les personnes frappées par des catastrophes, des crises que je classerais en deux catégories : celles qui, au mieux, éveillent une vague compassion, faute de lien personnel avec elles (si tant est que nous en soyons informés) ; et celles pour lesquelles nous développons un engagement personnel. L’épuration ethnique des Lhotshampas est un exemple extrême du premier type. Chaque fois que j’en parle à d’autres Européens, la réponse la plus fréquente est : « Je n’en ai jamais entendu parler ! »

    2. AdProfessional6464 on

      Ça risque d’être renforcé par les algorithmes des réseaux sociaux qui vont sur représenter certains événements tout en occultant d’autres.

    3. >Aujourd’hui, les catastrophes humanitaires et les guerres en cours au Soudan, et encore plus en République démocratique du Congo, sont très éloignées des préoccupations des Européens – ce qui explique la faible couverture médiatique de ces apocalypses de souffrance qui elle-même explique l’indifférence des gens, dans une boucle de rétroaction du désintérêt.

      Ah ouais, la faible couverture médiatique c’est de la faut des “européens” qui ne s’en “préoccupent” pas. C’est pas du tout les médias qui hiérarchisent les sujets en fonction des discours politiques du moment. Sans déconner mais quel putain de culot. Et elle évoque pas la mystérieuse apparition puis évaporation du “génocide Ouighour” dans les médias, c’est pourtant pile dans son sujet.

    4. Je comprends le propos mais n’est ce pas extrêmement humain d’avoir l’empathie sélective ? Je pleure pour les enfants de Gaza mais si je devais autant souffrir si ma soeur devait être assassinée que quand une femme “random” subit le même sort à Rio de Janeiro ou à chaque fois qu’un assassinat a lieu dans le monde alors je deviendrais fou. Cela me paraît être un angle et une posture peu pertinente.

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