(Un article sur les conséquences internes et externes en Iran de la “guerre des douze jours”). Par Narges Bajoghli, professeure associée à l’École d’études internationales avancées de l’Université Johns Hopkins.
Traduction DeepL :
> Dans les semaines qui ont suivi les frappes israéliennes contre l’Iran en juin, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Pendant des décennies, les Iraniens ont été parmi les populations les plus pro-américaines du Moyen-Orient. Ils étaient sceptiques, voire carrément méfiants, à l’égard de la vision idéologique de leur gouvernement qui présentait les États-Unis et Israël comme des menaces existentielles. La plupart de la population, en particulier les jeunes Iraniens, considéraient ces slogans officiels comme du bruit de fond, voire comme une source d’embarras. L’obsession du régime pour la « résistance » ressemblait souvent davantage à une relique qu’à une véritable politique.
> Mais cette fois-ci, lorsque les bombes ont été larguées, la guerre n’est pas restée loin. Elle est arrivée chez eux. Et elle a changé le discours. La génération qui se moquait autrefois de la rhétorique du régime comprend maintenant, parfois pour la première fois, pourquoi le gouvernement a construit un discours de résistance.
> Presque du jour au lendemain, j’ai constaté un changement profond parmi mes nombreux contacts dans la société iranienne. Même les Iraniens qui rejetaient autrefois les slogans officiels du guide suprême Ali Khamenei ont commencé à les répéter. Les frappes n’ont pas seulement suscité un élan patriotique. Elles ont déclenché quelque chose de plus volatile : un sentiment généralisé que les puissances étrangères avaient franchi une ligne rouge. Même parmi les détracteurs les plus virulents du régime, la colère ne s’est pas tournée vers l’intérieur, mais vers l’extérieur.
> En seulement deux semaines, les Iraniens ont assimilé une nouvelle réalité géopolitique. Les slogans ont commencé à prendre tout leur sens. Les élites militaires étaient loin d’être unanimes sur la meilleure façon de protéger l’Iran ; aujourd’hui, ceux qui prônent la diplomatie sont submergés par ceux qui réclament une posture défensive plus ferme. Même les civils, dont beaucoup s’opposaient autrefois à la politique de sécurité du régime, réclament désormais des défenses plus solides. Certains discutent ouvertement de la nécessité d’une arme nucléaire. « Nous avons besoin de quelque chose qui les fasse réfléchir à deux fois », m’a confié un journaliste à Ispahan. « Sinon, ils pourront nous attaquer tous les deux ou trois ans. »
> Mais les frappes de juin ont changé cette perception. Il ne s’agissait pas d’une guerre menée sur un front lointain par des intermédiaires. Elle était directe. Elle était rapide. Et elle a clairement fait comprendre aux Iraniens ordinaires qu’ils n’étaient plus de simples spectateurs. Israël et les États-Unis pouvaient désormais pénétrer profondément à l’intérieur de leurs frontières en toute impunité.
> « J’étais autrefois de ceux qui scandaient lors des manifestations qu’il ne fallait pas envoyer d’argent iranien au Liban ou en Palestine. Mais maintenant, je comprends que les bombes auxquelles nous sommes tous confrontés ne font qu’une et que si nous ne disposons pas de défenses solides dans toute la région, la guerre viendra à nous », m’a confié un artiste à Téhéran.
> Cette nouvelle prise de conscience s’est rapidement répandue, mais pas seulement en Iran. La plupart des contenus viraux expliquant l’histoire de l’ingérence occidentale en Iran, du coup d’État de 1953 à l’assassinat de scientifiques iraniens, n’ont pas été créés à Téhéran. Il provenait de l’Occident, pour un public occidental. Sur TikTok, Instagram et X, des jeunes, tant de gauche que de droite, ont commencé à se demander pourquoi l’Iran avait été présenté pendant des décennies comme le croque-mitaine permanent de la politique étrangère américaine. Il ne s’agissait pas de partisans du régime, mais principalement d’Américains, de la génération Y et de la génération Z, qui tentaient de comprendre les guerres sans fin qui ont façonné leur vie.
> Soudainement, les avertissements de Khamenei concernant les États-Unis, qui ne seraient pas dignes de confiance, et Israël, qui serait belliciste et expansionniste, ne semblaient plus si farfelus, non pas parce qu’il avait acquis une autorité morale, mais parce que le monde commençait à prendre conscience des réalités stratégiques que l’Iran soulignait depuis des années. Ce changement, aussi partiel et inattendu soit-il, est déjà en train de redéfinir la position de l’Iran, tant au niveau national que régional et mondial.
> L’Occident a longtemps présenté le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comme une institution monolithique vouée uniquement à l’agression. Mais en réalité, le CGRI est profondément divisé en interne, avec des factions rivales. Au cours de la dernière décennie, ses anciens dirigeants, marqués par le traumatisme de la guerre Iran-Irak de 1980-1988, ont souvent appelé à la retenue. Bien que déterminés à assurer la dissuasion régionale et l’expansion militaire, nombre de ces commandants considéraient un conflit ouvert avec Israël ou les États-Unis comme un risque existentiel et non comme une confrontation nécessaire.
> Mais sous leur autorité, une nouvelle génération a émergé au sein du CGRI, une génération forgée non pas dans la défense, mais dans la projection. Certains de ces jeunes combattants sont aujourd’hui âgés d’une quarantaine d’années et prêts à prendre la relève. Cette nouvelle génération a été formée aux drones, aux missiles et à la cyberguerre ; elle a personnellement combattu en Syrie et aidé à organiser des milices en Irak. Aujourd’hui, ces membres montants du CGRI considèrent la confrontation non seulement comme inévitable, mais aussi comme productive. Pour eux, la dissuasion n’est pas seulement une question de survie : il s’agit de position régionale, de fierté nationale et de réaffirmation de la souveraineté.
> Les frappes de juin, aggravées par les ripostes limitées mais ciblées de l’Iran, ont enhardi cette génération. Elle estime que la retenue dont a fait preuve l’État au cours des deux dernières décennies – sans parler de son engagement malavisé dans l’accord nucléaire de 2015 – n’a fait qu’encourager de nouvelles attaques. Le fait qu’Israël ait pu frapper si profondément et si efficacement ne fait que renforcer son argument : l’Iran a besoin d’un moyen de dissuasion crédible, et il en a besoin maintenant.
> Et dans la population générale, une génération née après la révolution de 1979, souvent désabusée par l’idéologie de l’État, est aujourd’hui en pleine mutation. Elle n’embrasse pas le régime, mais elle remet en question tout ce qu’elle croyait savoir sur la puissance et la sécurité occidentales.
> Ce moment de soutien populaire relatif à l’État sécuritaire n’est pas garanti de durer. Mais, pour l’instant, il modifie l’équilibre des pouvoirs au sein des cercles politiques iraniens. Les jeunes partisans de la ligne dure du CGRI gagnent du terrain. Leurs alliés dans les médias d’État, au parlement et même au ministère du Renseignement se positionnent comme les seuls acteurs capables de défendre l’Iran contre une menace existentielle.
Annrandar on
Quel désastre. En long, en large et en travers. Même pas envie de faire de l’humour sur ça. L’extrême droite américaine et israélienne, encouragées par la droite occidentale en général, créent un terrain fertile pour des décennies de guerre et de haine.
Maintenant, si le sentiment populaire dont parle l’article est bien réel, ce n’est plus une question de possibilité que les Iraniens acquièrent une bombe nucléaire. C’est une question à présent de temporalité.
Les responsables politiques de droite n’attendaient que ça, une bonne raison de se foutre sur la gueule au détriment de leurs populations. J’espère que, s’il y a une génération après la nôtre, elle pourra voir à quel point ceux qui se proclamaient comme les grands défendeurs de la paix ont été les pires bellicistes de notre Histoire. Honte à tous ceux qui les soutiennent, vous ne connaîtrez jamais la paix.
mistrpopo on
La responsabilité de la prochaine décennie de guerre doit revenir à Netanyahu et sa politique belliqueuse qui l’aide à garder les rênes du pouvoir et éviter la justice.
CanaR-edit on
Que les frappes sur l’Iran (incluant des cibles civiles) aient conduit à renforcer le régime et fini de convaincre la grande majorité de la nécessité de posséder l’arme nucléaire; comment dire qu’en tant que français qui sommes tous biberonnés au gaullisme, je pense que ça ne surprendra pas grand monde dans notre pays.
Paradoxalement ce qui me surprend le plus face à l’évidence de cet échec stratégique, c’est au contraire qu’Israël ait arrêté les bombardements.
Je n’arrive pas à savoir s’ils avaient fini par croire en leur propre propagande comme quoi le régime s’effondrerait sous la moindre pression, façon “*We have only to kick in the door and the whole rotten structure will come crashing down*”, famous last words.
S’ils espéraient que l’engrenage serait trop fort pour que les US y résistent et rentrent à leur tour totalement dans la danse.
Parce que côté réponse Américaine; j’ai quand même l’impression que si Trump n’en a pas grand chose à foutre des palestiniens, dans le sens où quoi qu’on en dise pour moralement répréhensible que c’est, une solution finale est effectivement à la fois une solution et belle et bien finale si menée à bien (cf, les améridiens n’ont plus tellement leur mot à dire sur la conduite des US); il n’a pas l’air d’être particulièrement motivé (et encore moins la base électorale) pour se lancer dans un véritable conflit supplémentaire.
Et j’ai quand même l’impression que l’establishement militaire n’arrête pas de sonner l’alarme concernant leurs stocks.
Donc ses frappes sur les installations nucléaires m’ont plus eu l’air d’être une manière de siffler la fin de la récrée que d’avoir fait l’objet d’une véritable stratégie de dénucléarisation.
Donc s’agit-il d’un simple coup de poker de Netanyahou, face aux négociations US/Iran, sans qu’il en attendait nécessairement grand chose après 3 jours ? D’un échec militaire Israélien qui se serait rendu compte qu’ils n’étaient pas en mesure de gagner la guerre (mine de rien, l’Iran c’est 80m d’hab et un territoire immense) et que ni la cavalerie ni la logistique US n’allait les aider plus que nécessaire, ni la population se révolter ? S’agit-il d’une opposition franche de Trump, pas nécessairement ravi qu’on lui ait butté les diplomates avec qui il discutait qui a freiné Israël qui aurait été prête à continuer seule le combat sans contrainte externe? Ou au contraire, les agences de renseignement US/Israël sont elles tout de même satisfaites du résultat, et simplement prêtes à retourner bombarder tous les X années?
Bref, je dois avouer que j’ai l’impression que le résultat est bien en dessous du coût. Surtout comparés aux bombardements qui avaient eu lieu l’année précédente en avril 2024; qui pour le coup avaient été impressionnants et de démonstration de force, et de démonstration de soutien international : et qui à mon avis servaient parfaitement à décrédibiliser le régime des Mollah, et montrer la supériorité militaire israélienne, et la futilité de rechercher une solution militaire pour l’Iran.
Mais bon après Israël s’amuse aussi à bombarder la Syrie pourtant sans trop de provocation, donc c’est peut être juste un engrenage interne.
Edit : je disais 80m d’hab de tête, mais c’est même 92m apparemment.
Prosperyouplaboum on
>L’Occident a longtemps présenté le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comme une institution monolithique vouée uniquement à l’agression.
Les gardiens de la révolution n’est pas seulement une force militaire. C’est aussi une force économique sur deux plans.
D’un coté ils maillent le tissus productif de l’Iran au travers d’entreprises qu’ils contrôlent directement ou indirectement. Un peu comme les militaires en Egypte qui sont partout, impossible d’y trouver une grosse boite sans au minimum un ancien gradé au conseil d’administration.
De l’autre, les sanctions internationales ont boosté la contrebande. Les mafias locales font bien sur leur beurre en les contournant mais aussi les gardiens de la révolution. Leur gros avantage par rapport aux mafias et des contrôler la plupart des infrastructures du genre ports. Ce sont devenu des spécialistes mondiaux du trafic de pétrole mais aussi de toute sorte de biens. J’avais lu que si un iranien voulait acheter un grand piano de concert neuf, c’est possible, il faut juste avoir les devises et être patient.
La présence des gardiens de la révolution dans la société iranienne est tentaculaire. Meme si le régime s’effondre, ils resteront, un peu à la manière des franquistes en Espagne.
Entre d’un coté les mollahs, leur emprise idéologique et de l’autre cette emprise économique, l’Iran vit sous un couvercle bas et lourd. Et comme le dit l’article, les frappes ont revitalisé un système qui déclinait tout doucement.
Je pense qu’Israël s’enivre de sa propre puissance, un peu à la manière des américains. Le pouvoir israélien a une tactique, bombarder, mais pas de stratégie. Son seul guide est son opinion publique. Cela le conduit à cet étalage insensé et sanglant de puissance. Mais ce n’est que du court terme, à long terme, on le voit bien, le narratif de la survie existentielle est appelé à devenir la norme dans la région.
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(Un article sur les conséquences internes et externes en Iran de la “guerre des douze jours”). Par Narges Bajoghli, professeure associée à l’École d’études internationales avancées de l’Université Johns Hopkins.
Traduction DeepL :
> Dans les semaines qui ont suivi les frappes israéliennes contre l’Iran en juin, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Pendant des décennies, les Iraniens ont été parmi les populations les plus pro-américaines du Moyen-Orient. Ils étaient sceptiques, voire carrément méfiants, à l’égard de la vision idéologique de leur gouvernement qui présentait les États-Unis et Israël comme des menaces existentielles. La plupart de la population, en particulier les jeunes Iraniens, considéraient ces slogans officiels comme du bruit de fond, voire comme une source d’embarras. L’obsession du régime pour la « résistance » ressemblait souvent davantage à une relique qu’à une véritable politique.
> Mais cette fois-ci, lorsque les bombes ont été larguées, la guerre n’est pas restée loin. Elle est arrivée chez eux. Et elle a changé le discours. La génération qui se moquait autrefois de la rhétorique du régime comprend maintenant, parfois pour la première fois, pourquoi le gouvernement a construit un discours de résistance.
> Presque du jour au lendemain, j’ai constaté un changement profond parmi mes nombreux contacts dans la société iranienne. Même les Iraniens qui rejetaient autrefois les slogans officiels du guide suprême Ali Khamenei ont commencé à les répéter. Les frappes n’ont pas seulement suscité un élan patriotique. Elles ont déclenché quelque chose de plus volatile : un sentiment généralisé que les puissances étrangères avaient franchi une ligne rouge. Même parmi les détracteurs les plus virulents du régime, la colère ne s’est pas tournée vers l’intérieur, mais vers l’extérieur.
> En seulement deux semaines, les Iraniens ont assimilé une nouvelle réalité géopolitique. Les slogans ont commencé à prendre tout leur sens. Les élites militaires étaient loin d’être unanimes sur la meilleure façon de protéger l’Iran ; aujourd’hui, ceux qui prônent la diplomatie sont submergés par ceux qui réclament une posture défensive plus ferme. Même les civils, dont beaucoup s’opposaient autrefois à la politique de sécurité du régime, réclament désormais des défenses plus solides. Certains discutent ouvertement de la nécessité d’une arme nucléaire. « Nous avons besoin de quelque chose qui les fasse réfléchir à deux fois », m’a confié un journaliste à Ispahan. « Sinon, ils pourront nous attaquer tous les deux ou trois ans. »
> Mais les frappes de juin ont changé cette perception. Il ne s’agissait pas d’une guerre menée sur un front lointain par des intermédiaires. Elle était directe. Elle était rapide. Et elle a clairement fait comprendre aux Iraniens ordinaires qu’ils n’étaient plus de simples spectateurs. Israël et les États-Unis pouvaient désormais pénétrer profondément à l’intérieur de leurs frontières en toute impunité.
> « J’étais autrefois de ceux qui scandaient lors des manifestations qu’il ne fallait pas envoyer d’argent iranien au Liban ou en Palestine. Mais maintenant, je comprends que les bombes auxquelles nous sommes tous confrontés ne font qu’une et que si nous ne disposons pas de défenses solides dans toute la région, la guerre viendra à nous », m’a confié un artiste à Téhéran.
> Cette nouvelle prise de conscience s’est rapidement répandue, mais pas seulement en Iran. La plupart des contenus viraux expliquant l’histoire de l’ingérence occidentale en Iran, du coup d’État de 1953 à l’assassinat de scientifiques iraniens, n’ont pas été créés à Téhéran. Il provenait de l’Occident, pour un public occidental. Sur TikTok, Instagram et X, des jeunes, tant de gauche que de droite, ont commencé à se demander pourquoi l’Iran avait été présenté pendant des décennies comme le croque-mitaine permanent de la politique étrangère américaine. Il ne s’agissait pas de partisans du régime, mais principalement d’Américains, de la génération Y et de la génération Z, qui tentaient de comprendre les guerres sans fin qui ont façonné leur vie.
> Soudainement, les avertissements de Khamenei concernant les États-Unis, qui ne seraient pas dignes de confiance, et Israël, qui serait belliciste et expansionniste, ne semblaient plus si farfelus, non pas parce qu’il avait acquis une autorité morale, mais parce que le monde commençait à prendre conscience des réalités stratégiques que l’Iran soulignait depuis des années. Ce changement, aussi partiel et inattendu soit-il, est déjà en train de redéfinir la position de l’Iran, tant au niveau national que régional et mondial.
> L’Occident a longtemps présenté le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comme une institution monolithique vouée uniquement à l’agression. Mais en réalité, le CGRI est profondément divisé en interne, avec des factions rivales. Au cours de la dernière décennie, ses anciens dirigeants, marqués par le traumatisme de la guerre Iran-Irak de 1980-1988, ont souvent appelé à la retenue. Bien que déterminés à assurer la dissuasion régionale et l’expansion militaire, nombre de ces commandants considéraient un conflit ouvert avec Israël ou les États-Unis comme un risque existentiel et non comme une confrontation nécessaire.
> Mais sous leur autorité, une nouvelle génération a émergé au sein du CGRI, une génération forgée non pas dans la défense, mais dans la projection. Certains de ces jeunes combattants sont aujourd’hui âgés d’une quarantaine d’années et prêts à prendre la relève. Cette nouvelle génération a été formée aux drones, aux missiles et à la cyberguerre ; elle a personnellement combattu en Syrie et aidé à organiser des milices en Irak. Aujourd’hui, ces membres montants du CGRI considèrent la confrontation non seulement comme inévitable, mais aussi comme productive. Pour eux, la dissuasion n’est pas seulement une question de survie : il s’agit de position régionale, de fierté nationale et de réaffirmation de la souveraineté.
> Les frappes de juin, aggravées par les ripostes limitées mais ciblées de l’Iran, ont enhardi cette génération. Elle estime que la retenue dont a fait preuve l’État au cours des deux dernières décennies – sans parler de son engagement malavisé dans l’accord nucléaire de 2015 – n’a fait qu’encourager de nouvelles attaques. Le fait qu’Israël ait pu frapper si profondément et si efficacement ne fait que renforcer son argument : l’Iran a besoin d’un moyen de dissuasion crédible, et il en a besoin maintenant.
> Et dans la population générale, une génération née après la révolution de 1979, souvent désabusée par l’idéologie de l’État, est aujourd’hui en pleine mutation. Elle n’embrasse pas le régime, mais elle remet en question tout ce qu’elle croyait savoir sur la puissance et la sécurité occidentales.
> Ce moment de soutien populaire relatif à l’État sécuritaire n’est pas garanti de durer. Mais, pour l’instant, il modifie l’équilibre des pouvoirs au sein des cercles politiques iraniens. Les jeunes partisans de la ligne dure du CGRI gagnent du terrain. Leurs alliés dans les médias d’État, au parlement et même au ministère du Renseignement se positionnent comme les seuls acteurs capables de défendre l’Iran contre une menace existentielle.
Quel désastre. En long, en large et en travers. Même pas envie de faire de l’humour sur ça. L’extrême droite américaine et israélienne, encouragées par la droite occidentale en général, créent un terrain fertile pour des décennies de guerre et de haine.
Maintenant, si le sentiment populaire dont parle l’article est bien réel, ce n’est plus une question de possibilité que les Iraniens acquièrent une bombe nucléaire. C’est une question à présent de temporalité.
Les responsables politiques de droite n’attendaient que ça, une bonne raison de se foutre sur la gueule au détriment de leurs populations. J’espère que, s’il y a une génération après la nôtre, elle pourra voir à quel point ceux qui se proclamaient comme les grands défendeurs de la paix ont été les pires bellicistes de notre Histoire. Honte à tous ceux qui les soutiennent, vous ne connaîtrez jamais la paix.
La responsabilité de la prochaine décennie de guerre doit revenir à Netanyahu et sa politique belliqueuse qui l’aide à garder les rênes du pouvoir et éviter la justice.
Que les frappes sur l’Iran (incluant des cibles civiles) aient conduit à renforcer le régime et fini de convaincre la grande majorité de la nécessité de posséder l’arme nucléaire; comment dire qu’en tant que français qui sommes tous biberonnés au gaullisme, je pense que ça ne surprendra pas grand monde dans notre pays.
Paradoxalement ce qui me surprend le plus face à l’évidence de cet échec stratégique, c’est au contraire qu’Israël ait arrêté les bombardements.
Je n’arrive pas à savoir s’ils avaient fini par croire en leur propre propagande comme quoi le régime s’effondrerait sous la moindre pression, façon “*We have only to kick in the door and the whole rotten structure will come crashing down*”, famous last words.
S’ils espéraient que l’engrenage serait trop fort pour que les US y résistent et rentrent à leur tour totalement dans la danse.
Parce que côté réponse Américaine; j’ai quand même l’impression que si Trump n’en a pas grand chose à foutre des palestiniens, dans le sens où quoi qu’on en dise pour moralement répréhensible que c’est, une solution finale est effectivement à la fois une solution et belle et bien finale si menée à bien (cf, les améridiens n’ont plus tellement leur mot à dire sur la conduite des US); il n’a pas l’air d’être particulièrement motivé (et encore moins la base électorale) pour se lancer dans un véritable conflit supplémentaire.
Et j’ai quand même l’impression que l’establishement militaire n’arrête pas de sonner l’alarme concernant leurs stocks.
Donc ses frappes sur les installations nucléaires m’ont plus eu l’air d’être une manière de siffler la fin de la récrée que d’avoir fait l’objet d’une véritable stratégie de dénucléarisation.
Donc s’agit-il d’un simple coup de poker de Netanyahou, face aux négociations US/Iran, sans qu’il en attendait nécessairement grand chose après 3 jours ? D’un échec militaire Israélien qui se serait rendu compte qu’ils n’étaient pas en mesure de gagner la guerre (mine de rien, l’Iran c’est 80m d’hab et un territoire immense) et que ni la cavalerie ni la logistique US n’allait les aider plus que nécessaire, ni la population se révolter ? S’agit-il d’une opposition franche de Trump, pas nécessairement ravi qu’on lui ait butté les diplomates avec qui il discutait qui a freiné Israël qui aurait été prête à continuer seule le combat sans contrainte externe? Ou au contraire, les agences de renseignement US/Israël sont elles tout de même satisfaites du résultat, et simplement prêtes à retourner bombarder tous les X années?
Bref, je dois avouer que j’ai l’impression que le résultat est bien en dessous du coût. Surtout comparés aux bombardements qui avaient eu lieu l’année précédente en avril 2024; qui pour le coup avaient été impressionnants et de démonstration de force, et de démonstration de soutien international : et qui à mon avis servaient parfaitement à décrédibiliser le régime des Mollah, et montrer la supériorité militaire israélienne, et la futilité de rechercher une solution militaire pour l’Iran.
Mais bon après Israël s’amuse aussi à bombarder la Syrie pourtant sans trop de provocation, donc c’est peut être juste un engrenage interne.
Edit : je disais 80m d’hab de tête, mais c’est même 92m apparemment.
>L’Occident a longtemps présenté le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comme une institution monolithique vouée uniquement à l’agression.
Les gardiens de la révolution n’est pas seulement une force militaire. C’est aussi une force économique sur deux plans.
D’un coté ils maillent le tissus productif de l’Iran au travers d’entreprises qu’ils contrôlent directement ou indirectement. Un peu comme les militaires en Egypte qui sont partout, impossible d’y trouver une grosse boite sans au minimum un ancien gradé au conseil d’administration.
De l’autre, les sanctions internationales ont boosté la contrebande. Les mafias locales font bien sur leur beurre en les contournant mais aussi les gardiens de la révolution. Leur gros avantage par rapport aux mafias et des contrôler la plupart des infrastructures du genre ports. Ce sont devenu des spécialistes mondiaux du trafic de pétrole mais aussi de toute sorte de biens. J’avais lu que si un iranien voulait acheter un grand piano de concert neuf, c’est possible, il faut juste avoir les devises et être patient.
La présence des gardiens de la révolution dans la société iranienne est tentaculaire. Meme si le régime s’effondre, ils resteront, un peu à la manière des franquistes en Espagne.
Entre d’un coté les mollahs, leur emprise idéologique et de l’autre cette emprise économique, l’Iran vit sous un couvercle bas et lourd. Et comme le dit l’article, les frappes ont revitalisé un système qui déclinait tout doucement.
Je pense qu’Israël s’enivre de sa propre puissance, un peu à la manière des américains. Le pouvoir israélien a une tactique, bombarder, mais pas de stratégie. Son seul guide est son opinion publique. Cela le conduit à cet étalage insensé et sanglant de puissance. Mais ce n’est que du court terme, à long terme, on le voit bien, le narratif de la survie existentielle est appelé à devenir la norme dans la région.