Share.

    3 commenti

    1. SowetoNecklace on

      **En 2023, un an après le début de la guerre, on estimait à 115 000 le nombre d’Ukrainiens accueillis en France. Aujourd’hui, ils sont quelque 74 000 à y être restés et à trouver peu à peu leurs marques dans la société française.**

      Un long serpent de tissu jaune et bleu s’étire dans Paris, ce dimanche 24 août. Sur les quelques centaines de mètres qui séparent la place de la République de celle de la Bastille, les couleurs de l’Ukraine sont portées haut par des centaines de marcheurs venus célébrer la fête nationale de ce pays en guerre depuis plus de trois ans. Pour la plupart réfugiés, ils défilent derrière des slogans patriotiques avant d’applaudir un groupe de danseuses en tenue traditionnelle et d’entonner l’hymne national sous la colonne de Juillet. Plus tard, à la nuit tombée, ils observeront ensemble la tour Eiffel s’illuminer de bleu azur et de jaune doré.

      Anna Malihon n’a pas raté un seul épisode de ce Jour de l’indépendance. Depuis trois ans qu’elle vit en région parisienne, cette écrivaine ukrainienne bataille avec les mots et les tournures d’ici. Elle s’aide parfois de son smartphone pour traduire sa pensée, raconter sa vie mouvementée depuis qu’elle a quitté Kiev, un mois après le déclenchement de la guerre.

      Dès 2014, rappelle-t-elle, les Ukrainiens avaient été invités à préparer une valise d’urgence, un *« kit de survie *» avec le strict nécessaire pour pouvoir déguerpir au plus vite. Beaucoup ont suivi la consigne. *« Pas moi !*, dit-elle en souriant. *J’étais optimiste, je ne voulais pas croire à la guerre. »* Fin mars 2022, elle réunira tout de même quelques affaires, *« en dix minutes »*. Trois ans plus tard, son kit de survie a pris de l’épaisseur, son barda déborde.

      **« Pas préparée pour la guerre »**

      Chez elle, à Versailles, la quadragénaire au regard turquoise tient à montrer deux valises bleues qui encombrent son trois-pièces fraîchement repeint. Deux modèles datés, taille XXL, robustes et sans roulettes. Deux cadeaux, *« une pour* [elle], *une pour* [son] *fils »*, offerts par un ami français, le premier à les héberger, elle et son ado, pendant les huit mois qui ont suivi leur arrivée en France. Elle s’amuse de leur aspect vieillot – *« vintage »*, dit-elle –, mais ne saurait s’en séparer : elles symbolisent son installation, le sentiment d’avoir enfin *« posé [s]es valises »*, et la précarité de sa situation : *« A tout moment, on peut être à nouveau relogés ou même expulsés. »* Elle les a déballées pour la première fois depuis longtemps. *« Jusque-là, j’étais stressée, je ne sortais pas les affaires. »*

      En 2023, un an après le début de la guerre, on estimait à 115 000 le nombre d’Ukrainiens accueillis en France. Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), 74 000 d’entre eux étaient encore sur le sol français à l’été 2025, contre 1,2 million en Allemagne et 1 million en Pologne. Comme tous ceux que Le Monde a rencontrés cet été, Anna Malihon exprime sa *« reconnaissance »* envers son pays d’accueil. *« Ce pays m’a rendue forte. »* Mais avant cela, que d’errements, d’incompréhensions devant les tracas de la bureaucratie française – *« c’est le XIXe siècle, il faut toujours tout recommencer ! »* – et d’intranquillité !

      Avant de se poser à Versailles, elle a parcouru l’Ile-de-France : une maison à Pontault-Combault, chez un ami d’amie – *« après l’Ukraine, c’était un peu comme le paradis »* –, une chambre dans un hôtel social à Noisiel – *« pas de cuisine, pas d’armoire »* –, une autre à Magny-les-Hameaux – *« beaucoup d’Ukrainiens, mais cela ne me réjouissait pas »*. Et, finalement, le trois-pièces du quartier Saint-Louis, à Versailles, mis à sa disposition au printemps par l’association 1001 Vies Habitat, contre un loyer mensuel de 300 euros. Quatre étapes – *« quatre vies »*, dit-elle plutôt – avec des aides sociales, des repas préparés avec l’aide de la Croix-Rouge ou des Restos du cœur, et une formation qui l’a menée à un emploi chez un fleuriste parisien.

      Pour la fête du 24 août, Natalia Isupova, quinquagénaire à l’allure énergique, a préparé des *draniki* (des galettes de pommes de terre) avant de rejoindre quelques amies pour un pique-nique près du Musée du Louvre. Elle non plus n’était « pas préparée pour la guerre ». Comme Anna Malihon, cette quinquagénaire navigue du français à l’anglais pour raconter son périple. Le départ vers la Pologne, le 15 mars 2022. L’année passée à L’Etang-la-Ville, dans les Yvelines, chez un ami français – *« ça s’est mal fini »*. L’installation dans la ville voisine, Saint-Germain-en-Laye, et l’inscription rapide d’une de ses filles au Lycée international – *« je ne savais pas que c’était un grand lycée »*. *« L’hospitalisation gratuite »* de sa fille cadette, devenue anorexique après l’arrivée en France. L’attribution d’un logement social.

      En France, les réfugiés ukrainiens bénéficient de la protection temporaire, sésame pour un droit de séjour renouvelable tous les six mois, d’une allocation pour demandeur d’asile, d’une protection universelle maladie et d’un accès à l’emploi. « Des miracles », salue-t-elle, installée dans le café de Saint-Germain-en-Laye où elle a donné rendez-vous après son travail.

      A Kiev, Natalia Isupova enseignait l’anglais. Elle est aujourd’hui assistante dans une école maternelle anglophone des Yvelines. Un travail, un logement. *« On a une base pour mener une vie normale*, expose-t-elle. *On peut penser à la suite plus calmement. »* Sa fille aînée, Angela, 20 ans, poursuit des études d’architecture à Paris. *« Elle est sûre de vouloir rentrer en Ukraine après la guerre pour reconstruire le pays. »* La plus jeune, Barbara, 17 ans, n’a pas tranché. Comme sa mère, qui dit *« ne pas savoir répondre à cette question »*. Elle préfère progresser *« étape par étape »*. Son prochain projet, prendre des cours pour devenir médiatrice culturelle à la rentrée 2026. Celle qui n’a pas voté Volodymyr Zelensky en 2019 rêve aujourd’hui de *« construire des ponts »* entre la France et l’Ukraine, après la guerre.

      Avant cela, Natalia Isupova envisage d’écrire un livre sur sa vie en France, pas seulement jalonnée d’aides précieuses et d’heureuses découvertes. *« Vous êtes tellement calmes, polis, cela aide. Mais, parfois, ce n’est que des mots ! »* Le premier chapitre de ses *French Lessons* devrait s’intituler « Bonjour ! », il y sera question de savoir-vivre et de masques sociaux. L’un des suivants pourrait porter sur les hommes d’ici. Pas vraiment de belles rencontres, même si elle assure, l’œil espiègle, maîtriser aujourd’hui *« la différence entre “je t’aime” et “je t’aime beaucoup” ».*

    2. Ça me rappelle pas mal l’histoire de ma propre famille, qui en 1939 a été évacuée dans le sud de la France. La plupart ne parlait pas français mais leur dialecte germanophone ce qui leur valait le surnom de “ya-ya”. Le matin du 1er septembre, on leur a dit de faire leurs bagages pour un départ dès l’après-midi. Même pas de valises, juste des malles en bois avec une limite de poids par famille.

      Un an plus tard, les allemands ont appelé à leur retour : ils parlaient un dialecte germanophone, de fait devenaient citoyens du Reich, pour être éduqués aux valeurs du nazisme. La plupart sont rentrés, ils n’avaient aucune attache à la région et leurs domiciles leur manquaient.
      À leur retour, ils ont trouvé leur habitation pillées par les habitants d’autres villages qui étaient rentrés avant eux ou qui n’avaient pas été évacués. Ceux-ci s’étaient servis afin de survivre, quand ce n’était pas les soldats français eux-mêmes qui avaient occupé les maisons vides durant la drôle de guerre.

      Alertés par les curés qui avaient eu vent de leur traitement par les allemands, d’autres ont préféré construire la suite de leur vie en zone libre.

      C’était il y a 80 ans. Une vie humaine seulement nous sépare de ces événements terribles qui ont arraché l’Alsace-Moselle à la France. Aujourd’hui, la Russie arrache non seulement le Donbass à l’Ukraine, mais aussi quotidiennement leur humanité aux ukrainiens en bombardant les civils et en enlevant leurs enfants.

    Leave A Reply