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    1. **Les attentats djihadistes, plus rudimentaires, sont perpétrés par des terroristes très jeunes et souvent inconnus des services. Depuis le 7 octobre 2023, la moitié des attaques menées ou déjouées sont, selon les services de renseignement, motivées par la guerre à Gaza.**

      oilàVoilà dix ans, le 13 novembre 2015, une vague coordonnée d’attentats menés par des commandos de l’État islamique avait visé le Stade de France, à Saint-Denis, ainsi que des terrasses de café et la salle de spectacle le Bataclan, à Paris, tuant cent trente personnes et en blessant des centaines d’autres. Depuis, trois survivants de ces tueries se sont suicidés.

      Alors que la France célèbre le dixième anniversaire de cette tuerie de masse, l’actualité de ces derniers jours est venue rappeler les mots d’une victime à la barre lors du procès : « Le terrorisme, c’est la tranquillité impossible. »

      Cela a commencé par un télégramme, envoyé vendredi 7 novembre aux préfets et responsables de la sécurité, dans lequel le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, appelle à une vigilance accrue, notamment autour des « salles de concert » et des « manifestations festives d’ampleur » à l’occasion des commémorations.

      Puis il y a eu l’annonce de l’interpellation, le 10 octobre, de trois jeunes femmes qui évoquaient l’idée de s’attaquer à des terrasses de café ou à une salle de concert, en un sinistre hommage à l’action des terroristes.

      Enfin, il y a eu la nouvelle affaire Salah Abdeslam, l’unique survivant des commandos du 13-Novembre. Des médias se sont enflammés : le détenu le plus surveillé de France aurait préparé depuis sa cellule un nouvel attentat. En réalité, le natif de Bruxelles n’a consulté « que » de la propagande djihadiste, et c’est son ex-compagne, avec qui il ne communiquait plus, qui nourrissait « un projet d’action violente », selon le Parquet national antiterroriste (Pnat).

      Quelles que soient la pertinence et la gravité de ces divers événements, les mots « terrasses », « salle de concert », « attentat » ou encore « Abdeslam » jettent un voile sur les commémorations. La France n’en a pas fini avec la menace terroriste djihadiste sunnite.

      Ces dernières semaines, Mediapart a consulté des rapports, des notes, a multiplié les rendez-vous individuels ou à plusieurs auprès de divers services de renseignement et au sein du ministère de la justice afin de dresser l’état des lieux de cette menace qui a profondément évolué dans sa nature et dans sa forme. Une menace « atomisée, individualisée, moins organisée, moins létale, plus diffuse et donc plus difficile à appréhender », selon un officier de renseignement.

      Si, entre l’assassinat du détenu corse Yvan Colonna en mars 2022 et celui du professeur Dominique Bernard en octobre 2023, la France avait connu un an et demi sans pleurer un mort tué par un djihadiste, trois autres sont depuis venus alourdir un bilan qui se porte, selon notre décompte, à 119 personnes tuées depuis le 13-Novembre, dont les 86 morts de l’attentat de Nice le 14 juillet 2016.

      – **Des organisations terroristes « affaiblies »**

      En 2015, Al-Qaïda et l’État islamique avaient la capacité de former des opérationnels dans leurs sanctuaires avant de les projeter dans les pays cibles pour réaliser des attaques complexes. Dix ans plus tard, ces deux organisations n’en ont plus les moyens. Leurs commandements centraux ont été très affaiblis, à tel point que leurs chefs respectifs seraient « peu impliqués », selon la source précitée, dans la vie desdites organisations terroristes.

      Les cellules dédiées aux opérations extérieures, c’est-à-dire à la commission d’attentats à l’étranger, ont été démantelées. La probabilité d’un deuxième 13-Novembre « a considérablement diminué », a estimé sur [France Inter](https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-10-novembre-2025-4585004) Nicolas Lerner, le patron de la DGSE, le service de renseignement extérieur français.

      Depuis la chute de leur califat, les djihadistes de la zone syro-irakienne poursuivent leur agenda local, c’est-à-dire peu ou prou survivre. L’État islamique recherche des hommes et des femmes pour régénérer ses rangs. Mais les filières d’envoi de djihadistes sont taries. Concernant les Français, il resterait selon notre décompte une centaine d’hommes et quelque trois cents femmes et enfants en Syrie.

      La chute du tyran Bachar al-Assad et la prise du pouvoir par l’ancien djihadiste Ahmed al-Charaa n’ont pas changé la donne, le nouvel homme fort de la Syrie combattant depuis une décennie l’État islamique. Changement d’époque, al-Charaa est même considéré comme un élément de stabilité et un allié pour les services de renseignement, qui craignent le chaos que provoquerait son assassinat.

      L’Afrique est le nouvel épicentre du djihadisme. L’État islamique y a basculé ses fonctions de commandement et disposerait de plus 10 000 combattants sur l’ensemble du continent, là où ils ne seraient au mieux que 1 500 en Syrie. À l’heure où ces lignes sont écrites, les djihadistes africains ne se préoccupent pas de commettre des attentats en Europe. En revanche, les services n’excluent pas des attaques contre des ambassades ou des touristes français.

      Ces dernières années, la principale menace en termes de projets d’attentats complexes et de tueries de masse avait pour nom l’État islamique du Khorassan (EI-K), une filiale basée en Afghanistan qui activait à distance des velléitaires – des ressortissants des communautés du Nord-Caucase ou d’Asie centrale – dans les pays cibles. L’exemple le plus tragique étant les 149 morts du Crocus City Hall, dans la banlieue de Moscou, en mars 2024.

      Fin 2022, un ressortissant tadjik et un Tchétchène, interpellés à Strasbourg avant de perpétrer un attentat, avaient été manipulés à distance par un membre de l’État islamique du Khorasan. Aujourd’hui, la filiale afghane aurait, selon des analystes de différents services, ses « capacités de nuisance » singulièrement réduites grâce à l’action… des talibans, qui mènent contre l’EI-K « une guerre féroce et efficace ».

      – **L’instrumentalisation de Gaza**

      Dès la fin 2017, la DGSI soulignait que malgré ses revers en zone syro-irakienne, l’État islamique restait « la principale source de la menace terroriste » visant l’Europe, en raison « de sa capacité à inspirer des passages à l’acte d’acteurs isolés par la voie de sa propagande ».

      Ces dernières années, « l’idéologie continue à vivre et à se diffuser », comme le soulignait fin 2023 un autre haut cadre des services de renseignement français, notamment en recyclant, parfois avec l’aide de l’intelligence artificielle, de vieux contenus du temps du califat de l’État islamique. Cette propagande circule encore, principalement sur des boucles Telegram, mais aussi sur TikTok et, depuis la fin de sa modération, sur X.

      Pour s’assurer de mobiliser des candidats au djihad, l’État islamique n’hésite pas à instrumentaliser la cause palestinienne, dont il se désintéressait au temps de sa toute-puissance. En septembre, sa revue arabophone Al-Naba évoquait le sort de Gaza avant d’appeler à frapper, entre autres, la France.

      Alors que les services de renseignement interrogés ne caractérisent aucun lien entre ces menaces djihadistes sunnites et des organisations propalestiniennes chiites, et que le Hamas ne manifeste, selon ces mêmes sources, aucune velléité de frapper l’Europe, cette instrumentalisation se révèle un thème des plus mobilisateurs pour le public ciblé par l’État islamique.

      Depuis le 7-Octobre, la moitié des attentats menés ou déjoués sont, selon les services de renseignement, liés d’une manière ou d’une autre (choix de cible, revendication, etc.) à la guerre à Gaza alors que, comme Mediapart l’avait révélé, le recruteur de l’État islamique Rachid Kassim exhortait en 2016 les candidats au martyre à ne « pas se focaliser sur les juifs » pour que la cause palestinienne ne détourne pas l’attention…

    2. Les Palestiniens qui sont instrumentalisés par tout le monde… C’est désespérant.

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