
Morgane Tocco, antropologa: “Molte donne hanno difficoltà a parlare della bellezza corporea degli uomini”
https://www.lemonde.fr/intimites/article/2026/02/28/morgane-tocco-anthropologue-beaucoup-de-femmes-ont-du-mal-a-parler-de-la-beaute-corporelle-des-hommes_6668726_6190330.html
di SowetoNecklace
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**Dans son livre « Moi aussi, je te regarde », la chercheuse constate une inégalité d’accès face au plaisir visuel. Si les femmes savent apprécier une prestance, un timbre de voix, une odeur, trouver beau un corps masculin leur semble presque transgressif.**
Sur quoi repose l’attirance des femmes pour les hommes ? Quelle place occupe l’apparence physique de ces derniers dans les jeux de séduction hétérosexuels ? C’est pour répondre à ces questions, grandes absentes de la recherche en sciences sociales, que l’anthropologue Morgane Tocco a réalisé sa thèse. Spécialiste des questions de genre et des masculinités, elle a interrogé durant trois ans plus de 80 femmes, de 18 à 85 ans, sur la manière dont elles observent et désirent le corps des hommes, dans l’espace public comme dans l’intimité. Elle en a tiré Moi aussi, je te regarde, paru le 26 février, aux Editions du détour (224 pages, 20,90 euros).
**Le principal constat de votre enquête, c’est que les hommes et les femmes ne se regardent pas de la même manière. Qu’entendez-vous par là ?**
Il est important de préciser qu’il n’y a pas un, mais des regards de femmes sur les hommes, parfois contradictoires d’une personne à l’autre, d’un âge à l’autre. Le point commun, c’est que pratiquement toutes les femmes que j’ai interrogées sont conscientes d’être, elles-mêmes, objets de regards et de désirs masculins. Dans notre société, femmes et hommes ne sont pas éduqués de la même manière, et cela influence les perceptions. Le corps des femmes incarne la beauté, elles prennent beaucoup plus soin d’elles, et la société de consommation les y encourage.
Autrement dit, ce qui marque l’expérience des femmes, c’est le vécu de leur visibilité : cette injonction à plaire, et le comportement des hommes à leur égard, qui fait qu’elles se savent regardées. Il y a une inégalité d’accès, selon le genre, au plaisir visuel et à l’autonomie de ses désirs sexuels.
**Et du côté des hommes ?**
Les corps d’hommes sont relativement absents – même si on peut voir des publicités pour parfums avec des hommes érotisés. L’homme séduit par la puissance et le statut social, il n’apprend pas à séduire par l’apparence.
A l’issue d’une exposition, « Lusted Men », un projet artistique féministe qui a consisté à collecter et exposer des photos érotiques masculines, un homme hétérosexuel d’une trentaine d’années m’a dit : « Je comprends maintenant pourquoi ma copine me demande des nudes : les corps d’hommes, aussi, peuvent être désirables. » Il semblait l’ignorer !
**Quelles conséquences a cette dualité pour les femmes ?**
Beaucoup de femmes ont du mal à parler de la beauté corporelle des hommes. J’ai enquêté en demandant : « Parlez-moi des corps d’hommes. » Et on m’a répondu : « La beauté, ce n’est pas ça ! » Les femmes interrogées savaient définir un homme objectivement beau – « muscles dessinés », « un peu de fesses », « des yeux clairs », « des cheveux en pagaille »… – mais glissaient vite vers d’autres sphères – « une prestance », « impression de mec sain, intelligent, droit dans ses bottes », « ce qu’il dégage »… L’odeur, le timbre de la voix revenaient souvent.
Elles insistaient sur le fait que l’attirance ne se limite pas à l’apparence : « Le désir, c’est vraiment une histoire d’attitude. » Certaines préféraient employer des adjectifs plus mesurés, comme « mignon » ou « charmant ». Une exception : les mains, pour des raisons d’hygiène, mais aussi à l’aune de la sensualité et du genre – avoir « des mains d’hommes ».
**Vous écrivez qu’« il est valorisé de considérer que l’amour est aveugle » : pourquoi ?**
J’ai aussi eu des réponses affichant de l’indifférence, voire un certain mépris vis-à-vis du goût pour la beauté des hommes, comme le fait de commenter à haute voix la beauté masculine, ou de coucher avec quelqu’un sur le seul critère de l’apparence. Accorder de l’importance à la beauté corporelle d’un futur partenaire est alors considéré comme un rapport superficiel à l’autre. Plusieurs femmes m’ont même déclaré que les hommes objectivement beaux sont de mauvais partenaires amoureux et sexuels. Ce serait des « hommes à femmes ».
Par ailleurs, beaucoup de femmes ne détaillent pas le corps de leurs partenaires parce qu’elles se sentent « voyeuses ». Elles craignent de reproduire un schéma catégorisé masculin, plutôt dévalorisé.
**Regarder avec désir le corps d’un homme, pour une femme, peut comporter des risques. Vous parlez de
« transgression »…**
Se positionner en tant que femme comme regardant les corps d’hommes reste marginal. Cela peut être difficile à assumer : c’est se présenter comme sujet de désir et de sexualité, et risquer d’être catégorisée comme une fille facile, « une nymphomane ». Mathilde, 28 ans, avait tendance à communiquer ses expériences de séduction visuelle avec spontanéité (« Oh lui, il est vachement chouette, vachement beau ! », « Han, il a quelque chose ! »). Mais, à force de recevoir des remarques de la part de ses collègues de travail sur son attitude (« Tiens, y a un mec qui vient, attention, Mathilde, tu vas réussir à te tenir ? ») et même son statut conjugal (« Dis donc, est-ce que t’es toujours en couple ? »), elle a cessé. « C’est mal vu pour une femme, alors que clairement, pour un homme, c’est normal », m’a-t-elle dit.
Les femmes que j’ai rencontrées sont nombreuses à être marquées par « le stigmate de la putain », et tous les rappels à l’ordre qui font que, dès que les femmes essaient d’être des sujets de désir, il y a un risque pour leur réputation, une condamnation morale.
L’autre risque est d’être victime de violence ou d’agressions sexuelles. *« Il y a ce réflexe du harcèlement de rue, où on ne doit pas croiser le regard, sinon c’est une invitation »*, m’a expliqué Nadège, 25 ans. Viviane, photographe de 58 ans, a abordé un trentenaire dans la rue pour lui proposer une séance de pose : il lui a demandé une fellation en échange. Regarder un homme quand on est une femme, c’est se demander : comment va-t-il réagir ?
**Plus spécifiquement, le sexe des hommes est souvent vu négativement…**
Le pénis cristallise cette symbolique violente de la masculinité. Dans le cadre de l’appel à dessins lancé par le fanzine Sprinkle, qui invitait les femmes à dépeindre les hommes tels qu’elles les regardent et désirent, certaines illustratrices ont regretté, a posteriori, d’avoir reproduit des schémas, en représentant un homme avec un pénis en érection. D’autres ont voulu dédramatiser ce sexe et le montrer d’une façon plus tendre, par exemple avec un oiseau perché dessus.
Quand on veut érotiser les hommes, il y a un manque de modèles désirables. On a soit la pornographie, soit l’érotisme très commercial (publicités, calendrier des dieux du stade…), soit les représentations des corps de femmes. Une photographe du projet féministe « Lusted Men » expliquait ainsi le pouvoir érotique de son cliché : *« On dirait un corps de femme allongé dans ce lit. »* Elle voyait l’homme de manière lascive, sensuelle, et mettait donc la catégorie femme dessus.
**Comment, dès lors, assumer ce désir et ce plaisir des yeux ?**
Certaines femmes considèrent qu’érotiser des corps d’hommes, c’est gagner en puissance. Le workshop « Mater les hommes sur la plage », organisé entre les femmes à l’origine du projet « Lusted Men », a été vécu comme un moment d’émancipation, où elles se sont autorisées à regarder les hommes. Elles se sont senties maîtresses de leurs regards, de leurs désirs. Une manière de sortir de la passivité et d’assumer un féminisme joyeux !
Politiser le désir, c’est aussi montrer que les femmes ont le droit au plaisir dans la sexualité. Dans ce livre, je voulais montrer à la fois que les femmes font très attention, mais que, parfois, elles regardent les hommes dans le métro et se disent : *« Dans ce wagon-là, si je devais coucher avec une personne ce soir, laquelle ce serait ? »*
LE sujet oublié quand on parle de male gaze ou d’objectification artistique. Merci m’dame d’en parler.
Je sais pas pourquoi ça m’a rappelé cette phrase d’une ancienne copine : de toutes façons on demande pas à une bite d’être esthétique.
C’est gentil Morgane, mais je suis pas beau pas la peine d’en parler.
> « C’est mal vu pour une femme, alors que clairement, pour un homme, c’est normal », m’a-t-elle dit.
Mouais enfin dans les lieux de travail si un mec balance des remarques mal placées j’espère que ce sera pas davantage vu de façon normale. Je ne doute pas que dans certains milieux ça arrive mais dans les lieux où j’ai travaillé ya un niveau de respect et ya des limites à pas dépasser. Tu ne peux pas travailler correctement avec des femmes si tu les considères comme ça.
[l’homme est laid](https://youtu.be/8OnZA4uM2Xc?si=J39uWr9wVjT0U0Sr)
Je vais me faire taper dessus mais tant pis : beaucoup d’hommes sont beaux mais ne font aucun effort.
Avoir les ongles sales et mal coupés, sentir un peu la transpiration, avoir des vêtements troués, les cheveux gras, etc. On peut avoir l’air cool sans pour autant véhiculer l’image d’un mec dégueu.
Donc effectivement on regarde aussi vite la “prestance”, on fait gaffe à l’odeur et on regarde l’état des mains.
Perso j’ai une copine qui n’est pas allé plus loin parce que “hors de question qu’il me doigte avec ses ongles crados” ou “s’il sent comme ça c’est sûr que son appart doit être méga dégueu”. Moi j’ai dû dire à un collègue qu’il fallait relaver ses fringues quand elles restaient 24h dans la machine, ça empestait dans tout l’Open space mais lui ne voyait aucun problème.
Je suis déjà sortie avec des mecs un peu cradingues, la réalité c’est qu’ils s’attendaient à avoir une meuf pour que ça commence à briller chez eux, la bonne blague.
souvenir d’une prof de français qui nous maintenait que les hommes n’étaient pas beaux et que c’est pour ça que les femmes étaient souvent des sujets artistiques (c’était déjà bullshit à l’époque de dire ça, mais en big 2026 mes yeux se lèvent au plus que plafond).
ça fait des années qu’on se bat pour dé-sexualiser le corps des femmes, et maintenant on promeut la sexualisation du corps des hommes ?
Je suis d’accord avec le constat (le corps des femmes est trop sexualisé et c’est un problème, alors que celui des hommes l’est beaucoup moins) mais j’ai du mal à comprendre la conclusion, qui fait un peu “double standard”.
Comme dit dans un autre commentaire, elle formule des phrases qu’on trouverait absolument immondes si elles étaient formulées par un homme à propos des femmes.
Le vrai sujet c’est que la majorité des hommes après 25ans ne font pas de sport, ont perdu leurs cheveux, passent autant de temps à prendre soin de leur peau que Poutine à faire du yoga et laisse pousser une barbe pour cacher la misère. Le titre devait etre “Beaucoup d’hommes sont moches”.
Je trouve que l’article mélange un peu plein de choses. C’est important de prendre conscience que tous les corps peuvent être érotisés, et qu’un corps de femme n’est pas par essence plus érotique qu’un corps d’homme.
C’est bien de parler de la difficulté d’avoir un regard érotique sur les hommes en tant que femmes, parce qu’on nous apprend à être regardée et pas à regarder. On nous apprend à être désirées et pas à désirer, et c’est le contraire pour les hommes.
Les parties où la femme s’étonne de prendre des remarques de la part de ses collègues parce qu’elle fait des commentaires sur le physique des gens au boulot… Ce genre d’érotisation on peut s’en passer, c’est chiant d’être ramenée à son physique quand on est au travail, je vois pas en quoi c’est un pas vers l’égalité de normaliser ça pour les femmes. Pareil sur l’atelier pour mater les mecs à la plage. Après on a pas plus de détails que ça donc en vrai ça doit être plus intelligent que juste “venez on va à la plage pour mater des mecs”, mais pareil ça me semble un peu hors sujet. On peut érotiser les gens ailleurs qu’à la plage ou au boulot quoi.
Il y a un vrai sujet sur la différence dont le désir est encourager à s’exprimer chez les hommes ou chez les femmes, il y a un vrai sujet sur la position désiré/désirant, sur le rejet des femmes d’une position désirante qui peut être vécue comme prédatrice et pour les hommes d’une position désirée qui peut être vécue comme effrayante.
Je me rappelle d’une vidéo de Contrapoints où elle aborde le sujet. La vidéo s’appelle [Twilight](https://www.youtube.com/watch?v=bqloPw5wp48) (et oui ça parle de la saga avec les vampires) et je la recommande chaudement si cet article vous donne envie d’aller plus loin.
Oui, normalisons le plus rapidement possible l’imaginaire de chacun concernant la beauté, c’est important.
J’ai pas accès à l’article, je sais pas si le sujet est abordé, mais ça serait intéressant d’avoir le point de vue des homosexuels sur ce sujet aussi.
Sur le même sujet, je suggère la série [*Être un bon homme*](https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-etre-un-bon-homme) de LSD.
Notamment le quatrième épisode qui touche aux modèles et à l’ouvrage [*Lusted men*](https://www.instagram.com/lusted_men/).
Afin de vous ouvrir l’appétit, une petite citation :
>On est en 2019, on est plusieurs femmes d’un petite trentaine d’années à se réunir autour de la question très simple : où sont les photos érotiques d’hommes ?
Pour la petite histoire, j’ai acheté l’ouvrage et je l’ai montré à des copines quand je l’ai reçu. J’ai fait attention à garder pour moi mon avis mais leurs réactions allaient bien dans le sens du propos. Elles se contentaient de désigner des photos qui étaient belles, d’un point de vue photographique. Pas une qui a dit : *lui me fait un effet fou* ou *me plaît* ou que sais-je.