“Rifiutiamo la psichiatria vetrina”, avverte un collettivo di psichiatri [« centres experts en santé mentale », pilotés par la Fondation FondaMental, inscrits dans le Code la santé sous fort lobbying]

https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/11/nous-refusons-une-psychiatrie-de-vitrine-alerte-un-collectif-de-psychiatres_6656883_3232.html

di lieding

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1 commento

  1. > La proposition de loi n° 385 déposée au Sénat et qui vise à inscrire dans le code de la santé publique les « centres experts en santé mentale », pilotés par la Fondation FondaMental, suscite une profonde inquiétude parmi les professionnels et les usagers de la psychiatrie. Sous couvert d’innovation scientifique, ce texte entérine un choix politique : substituer à une psychiatrie publique déjà fragilisée un modèle sélectif, orienté par pathologie, incapable de répondre aux besoins immenses auxquels la société est confrontée, mais tout à fait conforme à l’idée de rationalisation des coûts, ce qui fait, n’en doutons pas, son succès politique.
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    > Depuis la création de ces structures en 2007, 54 centres ont été mis en place et sont consacrés aux troubles bipolaires, à la schizophrénie, à la dépression résistante et à l’autisme adulte. Ils fonctionnent comme des dispositifs de troisième niveau : ils effectuent des diagnostics, prescrivent des recommandations, mais ne soignent pas. Leur promotion politique s’appuie sur des chiffres spectaculaires : une prétendue réduction de 50 % des hospitalisations après un passage en centre expert, promettant jusqu’à 18 milliards d’euros d’économies pour l’Assurance-maladie.
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    > Or, ces chiffres proviennent d’une seule étude non contrôlée, dont les auteurs eux-mêmes reconnaissent qu’elle ne peut démontrer un effet direct des centres experts. De plus, concernant la schizophrénie ou la dépression résistante, il n’existe aucune donnée ni aucune étude pour avancer la promesse de ces résultats d’économie.
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    > La fragilité scientifique de ces travaux est régulièrement soulignée, comme l’expliquait un article de Stéphane Foucart dans Le Monde du 3 juin 2025. De plus, Alain Milon [élu Les Républicains du Vaucluse], l’un des sénateurs à l’origine de la proposition de loi, a été administrateur de la Fondation FondaMental entre 2011 et 2015. Cela n’empêche pas les promoteurs d’en faire le fondement d’une réforme, élaborée sans concertation avec les praticiens du terrain, ni les syndicats. On cherche ainsi à transformer une décision gestionnaire en choix scientifique éclairé, au prix d’une confusion entre recherche et politique sanitaire.
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    > Car, pendant ce temps, la psychiatrie de secteur – seule organisation capable d’assurer une continuité du soin, de l’ambulatoire à l’hospitalier – s’effondre. Fermeture de services, crise de vocation, équipes exsangues, des délais de consultation qui s’allongent : tout témoigne d’une crise structurelle profonde, liée à un manque de moyens humains et financiers. Dans ce contexte, détourner des ressources pour financer des structures ultra-spécialisées revient à amplifier la pénurie plutôt qu’à la résoudre.
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    > Surtout, ce modèle véhicule une vision réductrice de la psychiatrie. Les centres experts promeuvent une approche fondée sur les biomarqueurs, l’imagerie, la génomique. Mais, à l’heure actuelle, ces examens complémentaires n’ont aucune validité pour établir un diagnostic psychiatrique. L’utilisation de ces techniques va engendrer un coût exponentiel qui n’est pas chiffré par ses promoteurs.
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    > La recherche est nécessaire, mais ne peut se faire à la place de l’organisation des soins, au risque de pénaliser directement les usagers. Rien ne peut venir remplacer l’accompagnement proposé par le secteur psychiatrique, qui assure en grande partie les urgences, les hospitalisations, les soins ambulatoires, les visites à domicile, les médiations thérapeutiques dans les hôpitaux de jour et les centres d’accueil thérapeutique à temps partiel, l’accompagnement social et familial.
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    > En l’état actuel du champ de la santé mentale, orienter des patients vers des centres experts pour ensuite les renvoyer vers des services déjà saturés ne fera qu’aggraver leur souffrance et leur errance. Nous refusons une psychiatrie de vitrine, destinée à masquer l’effondrement du service public. La santé mentale n’est pas un marché. Elle n’est pas un outil de communication ni un terrain d’expérimentation politique. Elle est un droit et, pour beaucoup, une nécessité.
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    > En conséquence, nous demandons le retrait immédiat de cette proposition de loi, mais aussi l’arrêt de toute extension du modèle des centres experts et la mise en place d’un plan national massif de renforcement de la psychiatrie de secteur, seule garante de l’égalité d’accès aux soins et de la continuité thérapeutique.
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    > Le véritable courage politique consisterait à reconstruire une psychiatrie publique engagée, proche et humaine, et qui a largement prouvé, depuis de nombreuses années, sa capacité à répondre aux besoins réels de la souffrance psychique de toutes et de tous.
    > Xavier Bonnemaison, psychiatre, membre de l’Association de santé mentale du 13ᵉ arrondissement de Paris(ASM 13) ; Sarah Bydlowski, psychiatre, membre de l’ASM 13 ; Nicolas Dissez, psychiatre, membre de la revue « Evolution psychiatrique » ; Clément Fromentin, psychiatre, membre de l’ASM 13, de la revue « Evolution psychiatrique », de l’Ecole de la cause freudienne (ECF) ; Pascale Jeanneau-Tolila, psychiatre, membre de l’ASM 13 ; Isabelle Secret-Bobolakis, membre de la revue « Evolution psychiatrique » ; Benjamin Weil, psychiatre, membre de l’ASM 13 et de la revue « Evolution psychiatrique ». La liste complète des signataires est à retrouver [ici](https://levolutionpsychiatrique.fr/signataires-de-la-tribune/).

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