
Le Monde.fr: “Ho l’impressione di aver perso la vita nel giro di un anno”: quando l’IA rallenta le assunzioni di junior
https://www.lemonde.fr/campus/article/2026/04/15/j-ai-l-impression-d-avoir-rate-ma-vie-a-un-an-pres-quand-l-ia-freine-l-embauche-des-juniors_6680222_4401467.html
di boa13
14 commenti
Je suis développeur reconverti depuis 6 ans maintenant.
J’ose même pas imaginer la galère dans laquelle je serais si je me reconvertissais aujourd’hui.
Courage aux juniors…
L’humanité développe un outil puissant capable de nous débarrasser de temps de travail humain, et on râle qu’on a besoin de moins de temps de travail humain parce qu’on est tous obligés de bosser 35h pour justifier le fait de rester en vie. Le système fonctionne à merveille.
Si qqun a l’article je suis preneur, au passage.
Question à ceux en piste aujourd’hui.
Vous constatez effectivement quil y a moins de juniors dans votre entreprise ?
Et ça va être de pire en pire. Surtout que maintenant avec les LLM, les étudiants apprenent moin bien qu’avant. Le niveau va devenir de plus en plus bas, et les LLM vont de mieux en mieux remplacer ce gap.
Je voudrais rassurer les juniors, ça pue aussi pour les seniors.
J’ai grosso modo 6 ans d’XP dans mon métier (tech aussi), mais je suis sans emploi pour maladie depuis plus de 2 ans… Quand je vais essayer de revenir, je sens que je vais en chier. Je suis en train de rater le virage, malgré mes efforts pour rester informée, je suis pas dans une boîte pour prendre le virage avec les outils dans un contexte réel. J’ai l’impression qu’on va me considérer comme une junior.
>« J’ai l’impression d’avoir raté ma vie à un an près » : quand l’IA freine l’embauche des juniors
>Elisabeth Pineau
>***Webdesigners, développeurs, traducteurs, consultants en cabinet de conseil… Les jeunes diplômés dont le métier est bouleversé par l’intelligence artificielle générative n’ont jamais autant peiné à décrocher leur premier job.***
>En deux ans de recherche active d’emploi, Antoine (les personnes citées par leur prénom ont requis l’anonymat), designer d’interface de 27 ans, a fait chou blanc. Sur les quelque 1 500 offres auxquelles il a postulé, pas une seule réponse positive : « 99 % du temps, je suis recalé au motif que je n’ai pas assez d’expérience », se désespère le Parisien, diplômé en septembre 2023 d’un master de direction artistique, spécialisation en UX design.
>A ses yeux, la coupable est toute désignée : l’intelligence artificielle (IA) générative. Courant 2024, les algorithmes ont brutalement déferlé dans sa profession, qui consiste à concevoir des interfaces intuitives pour un site Web ou une application, tel un tsunami silencieux. « Aujourd’hui, les logiciels que j’utilise ont intégré l’IA dans leur fonctionnement, tout est fait rapidement, plus ou moins efficacement. Résultat, il n’y a plus de place pour former des débutants », déplore-t-il. Sur ses 1 500 candidatures, moins de 20 concernaient des postes juniors.
>Le jeune designer UX/UI éprouve un sentiment « d’injustice », comme si la providence avait décidé de fermer le robinet au pire moment. « Je pense que si j’avais fini mon école un an plus tôt, j’aurais peut-être trouvé un travail, j’ai l’impression d’avoir raté ma vie à un an près… », résume-t-il sans ironie. Diplômée deux ans avant lui, sa compagne, designer free-lance elle aussi, n’a depuis aucune difficulté à enchaîner les contrats.
>Antoine est loin d’être un cas isolé parmi les cols blancs qualifiés arrivés sur le marché du travail dans les mois ayant suivi le lancement, fin 2022, de ChatGPT, l’agent conversationnel d’OpenAI devenu l’incarnation de cette révolution de société. Le 5 mars, la start-up californienne concurrente, Anthropic, a publié un rapport sur l’impact de l’IA sur le marché du travail, réalisé à partir de données réelles et non de projections comme c’était le cas jusqu’ici.
>Ses auteurs ont identifié les dix métiers les plus exposés à l’IA : en tête, les programmeurs informatiques (74,5 %), puis les services à la clientèle (70,1 %) et une flopée d’analystes dans des domaines variés – santé (66,7 %), marketing (64,8 %), finance (57,2 %) –, ou encore les commerciaux (62,8 %). Le volet le plus révélateur de l’étude concerne les travailleurs les plus jeunes. Si le taux de chômage au sein des professions exposées à l’IA n’a pas bougé significativement depuis la fin de 2022, celui d’entrée en emploi des 22-25 ans dans ces mêmes métiers a reculé d’environ 14 % par rapport à l’ère pré-ChatGPT.
>« Grand remplacement technologique »
>Un résultat qui coïncide avec les travaux publiés en novembre 2025 par Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen, de l’université Stanford, en Californie. Les trois chercheurs ont épluché les bulletins de salaire de millions de travailleurs américains générés par ADP, principal éditeur de logiciels de paie aux Etats-Unis. D’après leurs conclusions, les jeunes actifs de 22-25 ans voient leurs possibilités fondre, dans les professions les plus menacées par l’IA, avec un déclin relatif d’environ 16 % de leur emploi dans ces métiers, par rapport aux autres catégories de travailleurs. Là encore, les développeurs sont ceux qui paient l’addition la plus salée : en septembre 2025, leur emploi aurait baissé de près de 20 % par rapport au pic de la fin de 2022 coïncidant avec la sortie de l’épidémie de Covid-19.
>Ces récentes études, financées largement par les géants de la tech ou menées en collaboration avec leurs propres chercheurs, ne sont pas évaluées par des pairs et pèchent aussi par le manque de représentativité de leur échantillon, nuance Antonio Casilli : « Leurs données se concentrent principalement sur des entreprises de services et pas les industries », pointe le professeur de sociologie à l’Institut polytechnique de Paris, auteur d’En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (Seuil, 2019).
>« Le gros biais de ces études, c’est de réduire un job à une somme de tâches en évaluant le risque d’automatisation de chacune, sauf qu’un travail, c’est un peu plus que ça : c’est aussi apporter sa valeur dans une organisation et en être conscient », complète Alain Goudey, directeur général adjoint au numérique de Neoma Business School, dont la mission a évolué. « On doit faire en sorte que nos étudiants arrivent sur le marché du travail en étant beaucoup moins juniors que ce qu’ils étaient jusque-là, et qu’ils développent activement leur valeur », insiste le professeur de marketing.
>Si l’IA est en train de faire barrage à l’embauche des jeunes diplômés, des entreprises de la tech ou de grands cabinets de consulting internationaux l’utilisent aussi comme alibi pour justifier des vagues de licenciements avec la promesse d’une augmentation de la productivité. L’IA est-elle une coupable idéale ou bien faut-il croire au « grand remplacement technologique » ? Agiter cette menace relève d’effets d’annonce, les prétendus gains de productivité n’étant « pas au rendez-vous », à en croire Antonio Casilli.
>« La nouvelle génération est sacrifiée sur l’autel de l’IA, mais c’est souvent un prétexte », regrette le spécialiste du travail numérique, rappelant que les perspectives d’emploi des diplômés dans les secteurs où l’IA s’est répandue se détérioraient déjà avant le lancement de ChatGPT. Cette prétendue substitution de l’IA à des profils juniors masquerait une autre réalité : la précarisation de l’emploi des jeunes actifs, observée à l’échelle mondiale.
>Réorientation
>« Les marchés du travail sont devenus rigides vis-à-vis de l’emploi des travailleurs en début de carrière, marginalisant ou précarisant ces profils, qui devraient en être la fleur. L’emploi devient de plus en plus informel », développe Antonio Casilli. Tout juste sortis de leurs études, les jeunes diplômés de la génération Z se voient ainsi proposer moins de contrats à durée indéterminée. A contrario, ils sont de plus en plus nombreux à travailler comme sous-traitants ou en free-lance.
>Ingénieur logiciel à Toulouse, Anselme, 26 ans, voit son métier en pleine mutation et, selon lui, « il ne fait pas bon du tout être junior ». Dès la sortie de son école d’ingénieurs, en 2022, les recruteurs lui faisaient déjà la danse du ventre… Quatre ans plus tard, « les entreprises n’embauchent plus à tour de bras », constate-t-il, car l’automatisation accélérée portée par l’IA assèche les postes de début de carrière. Les jeunes développeurs se retrouvent en concurrence directe avec l’IA générative, capable d’effectuer les tâches simples de développement à leur place.
>Dans son agence, les derniers embauchés sont, à ce jour, presque tous en intercontrat, c’est-à-dire sans activité entre deux missions client, ou bien affectés à des tâches sans rapport avec les compétences développées ces dernières années. « La plupart sont dégoûtés, lâche Anselme. Il y a un an et demi, quand l’entreprise les a débauchés, on leur promettait la lune. Et, finalement, on ne sait pas trop quoi faire d’eux… »
>Certes, certaines compétences sont encore hors de portée de l’IA, comme l’architecture réseaux, logiciels ou cloud. « Ces postes qui nécessitent une vision d’ensemble ont de l’avenir, mais designer un système complexe d’architecture, c’est hors de portée d’un junior. Il faut des années, voire une carrière, pour en arriver là… », souligne Anselme.
>Face à la menace que fait planer l’IA sur leur future carrière, certains étudiants décident de se réorienter. A 20 ans, Lucile touche du doigt son diplôme national des métiers d’art et du design mention graphisme après trois ans d’études à Chaumont (Haute-Marne). A la rentrée prochaine, la jeune femme, originaire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), intégrera… un BTS orthoprothésiste : « Cela m’a toujours intéressée et c’est une profession peu remplaçable par une IA », justifie-t-elle.
>Impasse
>Si d’autres facteurs ont joué dans sa décision, la transformation fulgurante de son ex-futur métier a été la goutte d’eau : « Désormais, ajoute Lucile, des agences de communication réalisent toutes leurs créations graphiques avec l’IA, capable d’assurer quasiment intégralement certaines productions purement exécutives », des tâches généralement dévolues aux designers graphiques juniors.
>Au sein de sa classe, les attitudes divergent : certains vont malgré tout essayer de se lancer sur le marché du travail avec un bac + 3, d’autres vont poursuivre jusqu’au bac + 5, et une petite partie va, comme Lucile, changer de voie.
>Recommencer de zéro, Antoine n’en est pas encore là. « Je continue à m’accrocher, peut-être à tort… Je crois que je suis encore un peu dans le déni. J’ai beaucoup de mal à me dire : “Vas-y, recommence tes études pour changer de métier” », témoigne le designer d’interface, aujourd’hui dans une impasse. « Un fossé, même », corrige le jeune diplômé au chômage, qui s’en sort financièrement « exclusivement grâce à l’aide de [ses] parents ».
>Il y a peut-être un motif pour Antoine de garder espoir : l’évolution de la démographie dans l’Hexagone et… le vieillissement de la population active. « La France de 2026-2028 fait en effet face au départ massif à la retraite des baby-boomeurs, rappelle Alain Goudey. Donc, mécaniquement, cela devient un facteur favorable pour l’emploi avec un volume important de postes à pourvoir. »
>Jusqu’où les phénomènes vont-ils se compenser ? Jusqu’à preuve du contraire, même l’IA est dépourvue de boule de cristal.
personne trouve de taff en sortie de master, depuis le covid.
heuresement qu’on est en train de supprimer toute les alloc et augmenter le temp de travaille
Je compte justement me reconvertir à cause de ça.
Enfin l’IA n’a pas fait foirer ma vie (c’est plutôt mes parents qui m’ont empêché de rentrer en prépa et moi qui me suis laisser allé à la fac) mais elle n’améliore pas la situation.
Résumé : il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme.
L’IA ne remplace presque rien, si on considère “remplacer” dans le sens où le travail et le service est fait avec la même qualité avec moins de moyens. La qualité du travail de l’IA sans intervention humaine est désastreux, que ce soit dans le développement, le doublage, la rédaction de documents, etc. même s’il donne l’impression contraire (ceux qui utilisent le nombre de lignes de code par tête par jour sont d’une telle incompétence qu’on devrait leur interdire de gérer quelque produit logiciel que ce soit). J’ai déjà vu au moins une étude passer comme quoi le sentiment dominant parmi les entreprises est que les gains de productivité grâce à l’IA sont négligeables
Dans l’esprit court-termiste mû par l’actionnariat, un junior est plus cher qu’une IA, il faut le former, il prendra du temps de ses mentors seniors, etc. Le problème c’est qu’on ne peut pas former une IA, et que l’IA est actuellement massivement subventionnée par le capital; aucune boîte IA n’est rentable, hormis ceux qui font les GPU.
Perso je pense juste qu’on est au bord sinon déjà dans une crise économique où le marché de l’emploi se resserre considérablement, et que l’IA permet seulement de faire illusion avant l’explosion des prix ou la fermeture des services (cf. Sora).
C’est pas plutôt qu’on est en récession ?
Je dit ça je dit rien mais le marché de l’emploi était deja de la merde avant l’IA.
J’ai 20 ans d’expérience dans le développement logiciel. Mon métier consiste à automatiser les tâches des utilisateurs. Pour cela, je développe et gère une petite équipe de 5 personnes.
Sans l’IA, nous aurions embauché des juniors (2 postes), mais maintenant je ne vois effectivement pas l’intérêt d’embaucher ce type de profil. L’IA sait très bien faire le même job qu’un junior, et cela, plus rapidement. Par exemple, hier, l’IA m’a conçu une web app en 2 heures (frontend, backend, BDD), fonctionnelle et qui répond totalement au besoin. Très honnêtement, un junior aurait pris plus d’une semaine, au minimum, pour concevoir l’appli, qui nécessitait en plus des connaissances transverses dans d’autres domaines.
Je pense que, pour l’instant, les seniors sont encore protégés, notamment pour l’expérience nécessaire pour comprendre et corriger l’IA sur les erreurs de concept, d’architecture ou de code, mais pour combien de temps ? 3 mois, 6 mois, 1 an ?