
“Un ragazzo come lui, affondò dentro?” Così veloce? “: Come i resoconti mascolinisti hanno ucciso la loro coppia
https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2025/05/24/un-mec-comme-lui-sombrer-la-dedans-aussi-vite-comment-les-comptes-masculinistes-ont-tue-leur-couple_6608180_4497916.html
di Folivao
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**Des conseils en cyptomonnaie aux astuces de drague, le logiciel masculiniste s’infiltre partout sur la Toile. Quand de jeunes hommes tombent dedans, souvent, leur couple n’y résiste pas.**
Sur Tinder, la photo de Marc (le prénom a été changé) est classique, la bio ne dit pas grand-chose. Un peu désœuvrée lors du confinement, Sarah (le prénom a été changé) swipe à droite. Comme elle, Marc a la quarantaine et, bonus, ce directeur commercial habite à 500 mètres de son appartement. Très vite, Marc s’installe chez Sarah. Entre les soirées Netflix et les repas partagés avec leurs enfants respectifs, ces premiers mois en vase clos se déroulent sans heurt. « En temps normal, jamais je ne me serais arrêtée sur lui, reconnaît Sarah, universitaire. Mais là, cela m’a amusée de me frotter à lui, il était très différent de moi et des hommes progressistes que je côtoie. »
Marc est chauvin et affiche volontiers ses penchants machistes, mais rien qui semble insurmontable pour Sarah. Elle y voit plutôt une forme de piquante altérité. Pourtant, ses amies la mettent en garde : elles trouvent que Marc est irascible, hargneux quand on le contredit… Et ce ressenti se confirme. Celui que Sarah considérait avec amusement comme un « boubour » (un bourgeois bourrin, sorte d’antithèse du bobo) se transforme rapidement en tyran domestique. Lorsque l’universitaire démarre la promotion de son dernier livre, Marc ne supporte vite plus son indisponibilité croissante et, alors qu’elle multiplie conférences et interviews, se met à jalouser sa réussite sociale. « C’est là que ça a vrillé », dit-elle.
Hurlements, intimidations, violence. « Il faisait tout pour asseoir son emprise. » Mais Marc a-t-il toujours été comme ça ou s’est-il, d’une certaine manière, radicalisé ? Quand les positions de Marc se durcissent, Sarah se rend compte que son compagnon passe ses soirées, dès que le couvert est débarrassé, à écouter des podcasts et à regarder des vidéos YouTube d’influenceurs masculinistes américains. « Pour comprendre la logique de ces mecs cinglés », affirme-t-il d’abord. Au fil des semaines, ce qui semblait être de la curiosité se transforme en adhésion : « Certains trucs qu’ils disent ne sont pas complètement cons », répète Marc. Confiante, Sarah n’y prête pas attention… « A l’époque, la manosphère était moins médiatisée qu’aujourd’hui. Je ne mesurais pas la gravité de la situation, et je ne saisissais pas à quel point Marc s’enfonçait. »
Peu à peu, les discours de Marc commencent à se confondre avec ceux des influenceurs, comme s’il était devenu un autre. Lorsqu’elle décide de rompre, elle doit le faire partir de chez elle en faisant appel à la police. « Il me harcelait dans la rue, mais aussi en ligne. Il menait une guerre totale contre moi, les femmes et le féminisme, énumère Sarah. Il m’a accusée de choses horribles, a déposé une lettre de menaces de mort. On ne se rend pas nécessairement compte que le monde a déjà changé. Et pourtant. Les masculinistes jouent le rôle de miroir grossissant, annonçant la société qui s’installe, de plus en plus totalitaire et autoritaire, fruit de la radicalisation de certains partis politiques surmédiatisés. »
En novembre 2022, Sarah porte plainte. En juin 2024, Marc est reconnu coupable de harcèlement. Il est condamné à un an de prison avec sursis et au versement de 18 000 euros de dommages et intérêts. Il voit de son côté les cinq plaintes déposées contre Sarah (avec des motifs très hétéroclites) classées sans suite. Marc a fait appel, et Sarah a déménagé. Même s’il n’a plus le droit de l’approcher en raison d’une ordonnance de protection, elle regarde sans cesse par-dessus son épaule. « On se dit qu’il finira par nous buter. »
**« Cryptobros », homme « sigma »…**
Début 2024, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes avançait qu’un quart des hommes entre 25 et 34 ans pensent qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter. Une donnée qui n’étonne pas Alba (le prénom a été changé), interne en médecine. Quand elle rencontre Benjamin (le prénom a été changé), le jeune homme de 27 ans suit des comptes féministes sur Instagram, milite pour des associations écologistes et soutient avec admiration sa copine. En quelques mois, l’atmosphère change. Alors qu’il décide timidement d’investir dans les cryptomonnaies, le chef de projet découvre, courant 2024, les chaînes YouTube anglophones Coin Bureau ou Craig Percoco. La première entend « faciliter l’adoption massive de la cryptomonnaie », tandis que la seconde documente le parcours de Craig, qui a abandonné l’université pour poursuivre son rêve : devenir tradeur.
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Au début, Benjamin se contente de prendre des notes. Désireux de gagner de l’argent pour s’acheter un appartement, il passe de plus en plus de temps en ligne chez les « cryptobros », ces hommes fans de bitcoins et autres cryptomonnaies, souvent enclins à embrasser des valeurs virilistes et individualistes.
« Après une journée crevante à l’hôpital, je m’endormais vite, mais lui continuait la soirée sur son téléphone. Je fermais les yeux et j’entendais parler de revenus passifs et d’intelligence artificielle », rapporte Alba. Petit à petit, les conseils avisés dispensés à coups de phrases exclamatives et d’émojis « fusées » conduisent Benjamin vers les vidéos d’enthousiastes technosolutionnistes officiant sur TikTok, YouTube et Twitter, dont les plus endurcis admirent les ultrariches de la Silicon Valley. « Lui qui avait toujours voté à gauche commençait à me dire que les entreprises étaient les mieux placées pour résoudre les problèmes et que les gouvernements, trop bien-pensants, devraient leur laisser les mains complètement libres. »
Parmi ces nouvelles idoles : Marc Andreessen, entrepreneur, investisseur milliardaire et soutien de Donald Trump, que Benjamin découvre dans le podcast de l’animateur américain Joe Rogan, connu pour recevoir régulièrement d’éminents membres de la manosphère. La cryptomonnaie comme cheval de Troie d’un virilisme à la sauce numérique ? Sonnée et ébahie, Alba se rend compte que Benjamin s’approprie le langage et les théories masculinistes. Jusqu’au jour où ce dernier lui confie sans sourciller être un homme « sigma ».
Populaire chez les adeptes de douches glacées et de boissons protéinées, l’homme sigma incarne pour la manosphère le pendant intello et presque sociopathique du « mâle alpha », une sorte de loup solitaire persuadé qu’il peut s’optimiser et se mettre à jour comme un smartphone. « Là, je suis tombée de ma chaise, admet l’étudiante. Un mec comme lui, sombrer là-dedans ? Aussi vite ? C’était incompréhensible. » Après avoir essayé, « pour ne pas le braquer », de démonter avec humour et légèreté ses nouvelles positions, Alba quitte Benjamin. « Il n’est jamais sorti de ce terrier de lapin, et insinuait régulièrement que je ferais mieux d’arrêter mes études pour trouver un emploi qui me laisserait plus de temps pour élever des enfants… alors qu’il savait très bien que je n’en voulais pas. Plus jeune, je lui aurais peut-être laissé le bénéfice du doute. Mais je n’ai plus 21 ans, nos avis sont irréconciliables. »
**« Trajectoires opposées »**
Des deux côtés de l’Atlantique, de multiples études soulignent l’émergence d’un clivage idéologique de plus en plus marqué en fonction des genres. « Les femmes sont plus féministes, et les hommes plus masculinistes, surtout les jeunes », résume Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, dans son dernier rapport sur l’état du sexisme en France, publié en janvier.
L’étude Un fossé idéologique grandissant entre jeunes femmes et jeunes hommes, publiée en mars, souligne que les jeunes hommes sont moins enclins que les femmes à adhérer à des valeurs progressistes en matière d’immigration, de droit des minorités, d’égalité de genre et de redistribution. « Ces trajectoires opposées se traduisent dans les orientations politiques », expliquaient les auteurs dans une tribune au Monde en avril. Sept ans après le début de #MeToo, l’hebdomadaire britannique The Economist a, lui, fait une compilation des sondages réalisés dans une vingtaine de pays, incluant la Pologne et la Corée du Sud, pour arriver à la même conclusion.
Cette polarisation genrée donne à la vie intime des airs de foire d’empoigne bipartisane. A Séoul, dans une société hautement patriarcale, les Sud-Coréennes ont lancé, en 2019, le mouvement 4B, une forme de féminisme radical qui refuse les relations avec les hommes. L’étiquette fait référence aux piliers traditionnels de la culture du pays que les jeunes femmes récusent : recherche de partenaire romantique, sexe hétérosexuel, mariage et procréation. En France comme aux Etats-Unis, pour nombre de jeunes femmes, il est désormais évident de s’afficher comme misandre. Une aversion assumée pour la gent masculine qui trouve sa source dans le rejet du patriarcat et le dégoût provoqué par les féminicides et les violences sexuelles endémiques dans le monde. Cette polarisation des genres, qui semble signaler un certain essoufflement du mythe de la fluidité, n’est pas sans effet sur les psychés.
C’est un peu hallucinant quand même.
Qui sont ces mecs dans la vraie vie ? Vous en avez vu, vous ?
*« Je soutiens les femmes, mais là ça va trop loin », estime-t-il, convaincu qu’il est devenu « très difficile » d’être un homme blanc et hétéro.*
Oooooh bébou ! Il a mal à son petit coeur ? Oooooooh.
> Marc est chauvin et affiche volontiers ses penchants machistes, mais rien qui semble insurmontable pour Sarah.
Loin de moi l’idée de mettre une partie de la responsabilité du comportement de Marc sur le dos de Sarah, mais en 2025 le machisme doit vraiment devenir l’un des pire redflags possibles, ça ne peut pas bien se passer
Les circonstances de leur rencontre laissent à penser que ça aurait été dans le mur même sans que le gars soit dans cette tendance. Elle dit elle-même qu’il n’était pas dans ses critères et qu’elle s’ennuyait pendant le confinement, ce ne sont pas des circonstances solides pour trouver un conjoint. De plus, ils se sont installées ensemble trop vite.
« Certains trucs qu’ils disent ne sont pas complètement cons »
S’applique irrémédiablement au début de débats stériles et où l’issue est prévisible : tous les arguments finissent par être acceptés.
Je propose l’hypothèse que derrière cela, l’un des mécanismes à combattre, c’est l’angoisse d’échouer dans une société ultra-compétitive avec de moins en moins de filets collectifs. Ou les mascus exploitent la brèche via des discours vendus comme des solutions pour regagner du contrôle sur leur vie. Façons développement personnel.
ET évidemment, organisation collective d’un système de domination où certains hommes défendent activement leurs privilèges. Mais ça c’est peut-être plutôt le créateur de contenu ou le “militant mascu” qui en a pleinement conscience. Le but étant que le mec qui entre dans ce cercle fasse ce chemin de la quête d’une réponse à un problème personnel vers la volonté de défendre un système de domination une fois la “formation” idéologique achevée.
En plus de tout l’aspect business, évidemment.
Vos problèmes viennent de l’absurde inégalités de répartition des richesses, pas des femmes qui s’émancipent ou des trans qui se font embaucher dans un studio de JV. Mais c’est moins vendeur pour l’algo qui appartient à des milliardaires en plein fantasme de techno féodalisme et de darwinisme social.
> Lasse de voir l’insulte « tana » (« pute », « salope », issu de l’argot du rap) envahir la section commentaires des vidéos de tiktokeuses dont le maquillage ou les tenues sont jugés inappropriés par des internautes masculins énervés, la lycéenne Sali Matou appelle, fin 2024, à rallier le Tanaland : un pays virtuel à la géolocalisation floue et au drapeau rose et blanc strictement réservé aux femmes. En quelques jours, des milliers de jeunes filles annoncent boucler leur valise pour rejoindre ce pays imaginaire où les femmes ne se feront pas cyberharceler. Sur les réseaux, des hommes ripostent en lançant Charoland, une terre peuplée de femmes nues envers lesquelles les règles de bienséance les plus élémentaires ne s’appliquent pas.
Incroyable ce passage.
Les meufs veulent être en paix et qu’on les laisse tranquille. Les mecs veulent les dominer. On voit clairement que y’a pas “both sides” dans ce clivage.
Merci du partage. Assez sidérant quand même.
Par contre, sur le fait que les RS poussent les visions “sigma” aux hommes tristes, je pense que pas seulement. Je ne suis pas triste, pas seul, et j’ai reçu aussi ces vidéos a la *huberman*. J’ai meême essayé une ou deux astuces, et ca m’a permis de mieux comprendre ma philosophie propre d’ailleurs (qui ne corresponds pas à cela). J’ignore si ça a permis de me “sauver”, mais je m’estime heureux de ne pas me rentrer dedans – et ne pas inclure mon épouse dans cette vision conflictuelle aussi
>Dans le sillage de la série Adolescence diffusée sur Netflix, chercheurs et essayistes attirent l’attention sur la santé mentale en berne des jeunes hommes. En mars, le rapport Lost Boys (« les garçons perdus ») du Centre pour la justice sociale, un think tank britannique, soulignait que le siècle dernier a été marqué par « de grandes avancées en matière de droits des femmes », mais qu’aujourd’hui « ce sont les garçons qui sont laissés pour compte ».<
Mais qu’est-ce qu’ils veulent comme droits et attentions supplémentaires ?
S’il faut un siècle pour faire avancer les droits des femmes c’est bien qu’il y avait un problème, non?
Et ‘avancement’ du droit des femmes ne signifie pas ‘recul’ de celui des hommes…
Il est absolument magique le premier exemple, c’est exactement le comportement que les influenceurs mascus décrivent chez les femmes, et publier tout ça va probablement en dégoûter 2-3 des ‘hommes plus progressifs’ tout en renforçant le narratif masculiniste.
Je suis toujours surpris de comment ce genre de mec peut arriver a séduire des femmes ?
Dès le début il y a énormément de red flag, les copines préviennent. Etc…
Mais le mec doit arriver a vraiment bien manipuler la nana pour lui faire croire qu’il est formidable.
J’ai acheté des cryptos, dois-je m’inquiéter ?
FInalement, est-ce que la solution c’est pas tout simplement d’arrêter les réseaux sociaux et d’alimenter la guerre artificiellement construite entre les hommes et les femmes ?
Touchez de l’herbe, revenez vivre dans la réalité, tout le monde se sentira mieux.