**« L’essor des médias réactionnaires en Europe. » Moins de deux ans après avoir ajouté « Le Journal du dimanche » et Europe 1 à son portefeuille de médias généralistes comptant déjà CNews, le groupe Bolloré s’est imposé en navire amiral d’une myriade de médias de droite dure ou d’extrême droite. Une multitude de liens éditoriaux les unissent.**
La première fois, c’était il y a un an. Après des mois de progression et de succès ponctuels, CNews montait, en mai 2024, sur la plus haute marche du podium des chaînes d’information continue. Lundi 2 juin, pour la neuvième fois depuis cette date, l’arbitre des audiences Médiamétrie statuera qu’en mai, la chaîne populiste dont la famille Bolloré est l’actionnaire majoritaire a été davantage regardée que BFM-TV, LCI et Franceinfo.
Avec 3,5 % de part d’audience attendus en mai, elle devrait devancer sa première poursuivante, BFM-TV, de 0,6 point. Et semble entraîner Europe 1, sa réplique radiophonique, dans son élan. La station jadis aux mains d’Arnaud Lagardère (il n’est plus que vice-président de Louis Hachette Group) vient d’enregistrer sa septième hausse consécutive. La barre des 5 % d’audience cumulée, qu’elle n’a pas franchie depuis le début de 2021, soit juste avant que l’emprise de Vincent Bolloré ne commence à s’exercer, est désormais à sa portée.
Du côté du Journal du dimanche (JDD), lui aussi définitivement tombé dans le giron du milliardaire breton fin 2023, la diffusion France payée de 111 496 exemplaires en 2024 est en hausse de 7,5 % sur un an, selon Alliance pour les chiffres dans la presse et les médias (ACPM). Un chiffre partiellement trompeur, 2023 ayant été marquée par six non-parutions dues à la grève des journalistes alors opposés à l’arrivée à leur tête de l’ancien directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles Geoffroy Lejeune. Apparu en septembre 2024, l’hebdomadaire Le JDNews, à la ligne tout aussi radicale que Le JDD avec lequel il est distribué le dimanche, affiche plus de 146 095 ventes en moyenne. Des résultats à nuancer pour l’un comme pour l’autre, un tiers de ces diffusions payées s’effectuant via les kiosques numériques (type Cafeyn), le maximum qu’autorise le marché. Ce qui pourrait signifier, selon nos estimations, qu’il s’écoule, lorsqu’il est vendu seul, entre 20 000 et 25 000 exemplaires du JDNews chaque semaine – une bonne moyenne pour un newsmagazine.
Ces performances coïncident avec le contexte électoral. « Depuis les législatives de 2024, rappelle le politologue Jean-Yves Camus, l’extrême droite est passée d’une surface médiatique réduite à la portion congrue à une réelle visibilité dans la presse quotidienne régionale et les chaînes locales, qui rendent compte du travail des députés, ainsi que sur les chaînes d’info, qui respectent les règles des temps de parole. »
Elles s’inscrivent aussi dans un système maintes fois décrit de collaborations croisées entre la chaîne, la station et les titres de presse qui composent la galaxie Bolloré, et qui s’est encore renforcé avec la nomination, en juin 2024, de Lise Boëll, l’éditrice historique d’Eric Zemmour et Philippe de Villiers, à la tête de Fayard, l’une des maisons d’édition du groupe.
Des journalistes et des chroniqueurs de CNews ou d’Europe 1, mais aussi des personnalités idéologiquement compatibles (l’avocat et essayiste de droite dure Gilles-William Goldnadel, le producteur Stéphane Simon, cofondateur avec le philosophe Michel Onfray du média souverainiste Front Populaire, mais aussi du média numérique de proximité Neo, dont le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin est actionnaire minoritaire), publient des ouvrages qui, dans une sorte de mouvement éditorial centripète, provoquent des invitations en plateau ou des interviews dans les journaux du groupe. Sous l’effet d’une autre force, centrifuge cette fois, ils essaiment aussi au-dehors, lorsqu’ils sont salués dans des médias amis (Le Figaro Magazine, Le Point, Sud Radio…).
lucmagitem on
Si ça n’était qu’en France…
Ezekiel-18 on
En 1789-1793, ils auraient eu leur tête coupée car contre-révolutionnaires, anti-laïcité et anti-république, en 40-45, ils auraient été des collaborateurs et des traitres pétainistes, avec les conséquences que ça implique. Pourquoi sont-ils donc laissés en liberté ou pourquoi autorise-ton leur activité ? Pourquoi ne sont-ils pas traités comme les Frères Musulmans, les Salafistes ou les personnes coupables de terrorisme ?
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**« L’essor des médias réactionnaires en Europe. » Moins de deux ans après avoir ajouté « Le Journal du dimanche » et Europe 1 à son portefeuille de médias généralistes comptant déjà CNews, le groupe Bolloré s’est imposé en navire amiral d’une myriade de médias de droite dure ou d’extrême droite. Une multitude de liens éditoriaux les unissent.**
La première fois, c’était il y a un an. Après des mois de progression et de succès ponctuels, CNews montait, en mai 2024, sur la plus haute marche du podium des chaînes d’information continue. Lundi 2 juin, pour la neuvième fois depuis cette date, l’arbitre des audiences Médiamétrie statuera qu’en mai, la chaîne populiste dont la famille Bolloré est l’actionnaire majoritaire a été davantage regardée que BFM-TV, LCI et Franceinfo.
Avec 3,5 % de part d’audience attendus en mai, elle devrait devancer sa première poursuivante, BFM-TV, de 0,6 point. Et semble entraîner Europe 1, sa réplique radiophonique, dans son élan. La station jadis aux mains d’Arnaud Lagardère (il n’est plus que vice-président de Louis Hachette Group) vient d’enregistrer sa septième hausse consécutive. La barre des 5 % d’audience cumulée, qu’elle n’a pas franchie depuis le début de 2021, soit juste avant que l’emprise de Vincent Bolloré ne commence à s’exercer, est désormais à sa portée.
Du côté du Journal du dimanche (JDD), lui aussi définitivement tombé dans le giron du milliardaire breton fin 2023, la diffusion France payée de 111 496 exemplaires en 2024 est en hausse de 7,5 % sur un an, selon Alliance pour les chiffres dans la presse et les médias (ACPM). Un chiffre partiellement trompeur, 2023 ayant été marquée par six non-parutions dues à la grève des journalistes alors opposés à l’arrivée à leur tête de l’ancien directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles Geoffroy Lejeune. Apparu en septembre 2024, l’hebdomadaire Le JDNews, à la ligne tout aussi radicale que Le JDD avec lequel il est distribué le dimanche, affiche plus de 146 095 ventes en moyenne. Des résultats à nuancer pour l’un comme pour l’autre, un tiers de ces diffusions payées s’effectuant via les kiosques numériques (type Cafeyn), le maximum qu’autorise le marché. Ce qui pourrait signifier, selon nos estimations, qu’il s’écoule, lorsqu’il est vendu seul, entre 20 000 et 25 000 exemplaires du JDNews chaque semaine – une bonne moyenne pour un newsmagazine.
Ces performances coïncident avec le contexte électoral. « Depuis les législatives de 2024, rappelle le politologue Jean-Yves Camus, l’extrême droite est passée d’une surface médiatique réduite à la portion congrue à une réelle visibilité dans la presse quotidienne régionale et les chaînes locales, qui rendent compte du travail des députés, ainsi que sur les chaînes d’info, qui respectent les règles des temps de parole. »
Elles s’inscrivent aussi dans un système maintes fois décrit de collaborations croisées entre la chaîne, la station et les titres de presse qui composent la galaxie Bolloré, et qui s’est encore renforcé avec la nomination, en juin 2024, de Lise Boëll, l’éditrice historique d’Eric Zemmour et Philippe de Villiers, à la tête de Fayard, l’une des maisons d’édition du groupe.
Des journalistes et des chroniqueurs de CNews ou d’Europe 1, mais aussi des personnalités idéologiquement compatibles (l’avocat et essayiste de droite dure Gilles-William Goldnadel, le producteur Stéphane Simon, cofondateur avec le philosophe Michel Onfray du média souverainiste Front Populaire, mais aussi du média numérique de proximité Neo, dont le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin est actionnaire minoritaire), publient des ouvrages qui, dans une sorte de mouvement éditorial centripète, provoquent des invitations en plateau ou des interviews dans les journaux du groupe. Sous l’effet d’une autre force, centrifuge cette fois, ils essaiment aussi au-dehors, lorsqu’ils sont salués dans des médias amis (Le Figaro Magazine, Le Point, Sud Radio…).
Si ça n’était qu’en France…
En 1789-1793, ils auraient eu leur tête coupée car contre-révolutionnaires, anti-laïcité et anti-république, en 40-45, ils auraient été des collaborateurs et des traitres pétainistes, avec les conséquences que ça implique. Pourquoi sont-ils donc laissés en liberté ou pourquoi autorise-ton leur activité ? Pourquoi ne sont-ils pas traités comme les Frères Musulmans, les Salafistes ou les personnes coupables de terrorisme ?
Tout ça pour éviter de payer des taxes