**Actif sur Facebook, l’auteur présumé du meurtre du Tunisien Hichem Miraoui, samedi 31 mai, y exprimait une agressivité permanente, alimentée par les infox et intox issues de sites et de pages d’extrême droite.**
Chez Christophe B., la haine était chose publique. Il ne se cachait pas sur d’obscurs canaux Telegram, à l’intérieur de groupes de discussion privés ou derrière les portes d’officines d’ultradroite. Sur son profil Facebook accessible à tous, l’auteur présumé de l’attentat raciste de Puget-sur- Argens était ouvertement violent, antiarabe, antimusulman, misogyne, homophobe et propriétaire d’armes à feu. Et ce sans alarmer sur sa radicalisation parmi les 116 « amis » qui le suivaient sur la plateforme, parmi les milliers d’utilisateurs qui ont lu les diatribes qu’il postait sous les articles de journaux, ou parmi les services de renseignement en charge de l’identification des personnes à risque de passage à l’acte criminel.
Aussi loin que remonte son profil, il y a, à la fin de l’année 2014, une photo d’une silhouette, se découpant dans le soleil couchant, sa pioche dans une main et son détecteur de métaux dans l’autre, pour illustrer sa passion pour la « détection » de pièces archéologiques dans le sol. Suivent quelques autres publications, consacrées à la mort de Claude Chamboisier, ancien membre des Musclés du « Club Dorothée » ou à des vidéos humoristiques. Mais dès janvier 2015, son contenu se précise et se politise à la suite de l’attentat ciblant Charlie Hebdo. Il y a dix ans, Christophe B. était – déjà – agressif.
« On finira par vous enculer bande de bâtard[s] », réagit-il en commentant la vidéo d’un djihadiste menaçant la France. Les jours suivants, ses republications d’élus du Rassemblement national, de médias en ligne et de pages Facebook indiquent son tropisme pour l’extrême droite, comme le site Dreuz.info, figure historique de la fachosphère, créé en 2013, et qui se définit comme « francophone, chrétien, conservateur et pro-israélien ».
**Une seule vision du monde**
En 2015, Christophe B. teinte de bleu, blanc et rouge sa photo de profil. Puis il agrémente ses partages de messages injurieux : il dit d’Hayat Boumeddiene, compagne du djihadiste Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otages de l’Hyper Cacher le 9 janvier 2015, à Paris, qu’elle est « à dégommer » ; ou qu’il se tient prêt à « péter » le « bâtard » auteur d’une apologie du terrorisme. Ses sources d’information sont inégales, alternant entre médias « classiques » et sites d’extrême droite, du défunt Defrancisation.com, ancêtre du site identitaire Fdesouche, à la page Facebook du « Front des patriotes ».
Après l’attentat contre Charlie Hebdo, la rage ne retombe pas. Sur son profil, Christophe B. continue d’exprimer sa violence raciste et islamophobe, qu’il nourrit de sa fréquentation de la fachosphère en pleine expansion grâce aux « chambres d’écho » de Facebook et de X, qui tend à proposer à l’utilisateur des contenus similaires à ceux qu’il apprécie, quitte à l’enfermer dans une seule vision du monde.
Celle de Christophe B., déjà marquée pour les extrêmes, ne fait que se renforcer. Il devient ainsi lecteur et relayeur régulier de La Gauche m’a tuer, site anti-François Hollande, monté par un ex-assistant parlementaire très actif contre le mariage pour tous. Les auteurs y diffusent, en 2016, une série de fausses informations autour de la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, accusée notamment de vouloir faire « apprendre l’arabe dès la maternelle » aux écoliers. « J’espère que l’on t’aura mis un coran dans le cul et que tu boufferas les pissenlits par la racine sale pute !!! », commente-t-il. Des propos qui n’ont jamais été modérés par Facebook.
**Des obsessions xénophobes**
De l’encadrement de la chasse aux contrôles des pneus lisses, Christophe B. se montre très souvent « antisystème », hostile à l’Etat, et ambivalent envers les forces de l’ordre. En 2019, il embrasse la cause des « gilets jaunes » et relaye des publications proches de la mouvance, aux accents souvent complotistes, comme ceux du site Le Nouvel ordre mondial. Avec les blessures des manifestants, celui qui relayait des pages de soutien à la police semble désormais s’en défier, estimant que « si le gouvernement n’était pas une dictature !!!! Il n’y aurait pas ce genre de problème !!! »
Il poste aussi des contenus du site Epoch Times – publication issue du mouvement religieux chinois antirégime Falun Gong –, caractérisé par un mélange d’informations réelles et d’infox susceptibles de générer des visites, notamment les contenus stigmatisant les agissements de migrants et de minorités ethniques. « RACE DE CHIEN », commente – en lettres capitales – Christophe B. en 2020 à une information issue de ce site, à propos du viol d’une mineure à New York. Dans la droite lignée de ses obsessions xénophobes, il relaie aussi le site Novopress, créé par des militants identitaires, ou de Vigilance Halal, dont le fondateur, Alain de Peretti, est un invité régulier de médias d’extrême droite comme TV Libertés ou Radio Courtoisie.
Moins actif ces dernières années sur sa propre page, Christophe B. continuait à commenter les pages de Yahoo Actualités, où il revendique ses sympathies pour le Rassemblement national. « Il va falloir vous habituer à en prendre plein le boule en 22 [l’élection présidentielle] !!! Car on arrive », répond-il à un internaute en 2021. Il partage aussi des liens de Démocratie participative, publication raciste et antisémite animée notamment par le néonazi Boris Le Lay, plusieurs fois interdite en France.
Deux semaines avant de prendre une arme pour aller abattre Hichem Miraoui, son voisin, le samedi 31 mai, il s’était lancé dans un énième débat avec un autre internaute, au sujet d’un article consacré à la manifestation de l’ultradroite à Paris, le 9 mai. Christophe B. a commencé par défendre les manifestants, en estimant que son interlocuteur, qui faisait le parallèle avec les manifestations propalestiniennes interdites, était « antisémite », avant de lui lancer : « Mon grand-père est mort à Auschwitz, il est tombé d’un mirador. » Et de conclure : « Tu comprendras quand tes gosses seront obligés d’embrasser l’islam. »
Indian_Pale_Ale on
Ce que je trouve effrayant, c’est que le mec poste des trucs haineux et violents depuis 10 ans, partage des photos de flingues, et il faut attendre qu’il soit trop tard et qu’il ait tué quelqu’un pour se rendre compte qu’il était dangereux.
2 commenti
**Actif sur Facebook, l’auteur présumé du meurtre du Tunisien Hichem Miraoui, samedi 31 mai, y exprimait une agressivité permanente, alimentée par les infox et intox issues de sites et de pages d’extrême droite.**
Chez Christophe B., la haine était chose publique. Il ne se cachait pas sur d’obscurs canaux Telegram, à l’intérieur de groupes de discussion privés ou derrière les portes d’officines d’ultradroite. Sur son profil Facebook accessible à tous, l’auteur présumé de l’attentat raciste de Puget-sur- Argens était ouvertement violent, antiarabe, antimusulman, misogyne, homophobe et propriétaire d’armes à feu. Et ce sans alarmer sur sa radicalisation parmi les 116 « amis » qui le suivaient sur la plateforme, parmi les milliers d’utilisateurs qui ont lu les diatribes qu’il postait sous les articles de journaux, ou parmi les services de renseignement en charge de l’identification des personnes à risque de passage à l’acte criminel.
Aussi loin que remonte son profil, il y a, à la fin de l’année 2014, une photo d’une silhouette, se découpant dans le soleil couchant, sa pioche dans une main et son détecteur de métaux dans l’autre, pour illustrer sa passion pour la « détection » de pièces archéologiques dans le sol. Suivent quelques autres publications, consacrées à la mort de Claude Chamboisier, ancien membre des Musclés du « Club Dorothée » ou à des vidéos humoristiques. Mais dès janvier 2015, son contenu se précise et se politise à la suite de l’attentat ciblant Charlie Hebdo. Il y a dix ans, Christophe B. était – déjà – agressif.
« On finira par vous enculer bande de bâtard[s] », réagit-il en commentant la vidéo d’un djihadiste menaçant la France. Les jours suivants, ses republications d’élus du Rassemblement national, de médias en ligne et de pages Facebook indiquent son tropisme pour l’extrême droite, comme le site Dreuz.info, figure historique de la fachosphère, créé en 2013, et qui se définit comme « francophone, chrétien, conservateur et pro-israélien ».
**Une seule vision du monde**
En 2015, Christophe B. teinte de bleu, blanc et rouge sa photo de profil. Puis il agrémente ses partages de messages injurieux : il dit d’Hayat Boumeddiene, compagne du djihadiste Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otages de l’Hyper Cacher le 9 janvier 2015, à Paris, qu’elle est « à dégommer » ; ou qu’il se tient prêt à « péter » le « bâtard » auteur d’une apologie du terrorisme. Ses sources d’information sont inégales, alternant entre médias « classiques » et sites d’extrême droite, du défunt Defrancisation.com, ancêtre du site identitaire Fdesouche, à la page Facebook du « Front des patriotes ».
Après l’attentat contre Charlie Hebdo, la rage ne retombe pas. Sur son profil, Christophe B. continue d’exprimer sa violence raciste et islamophobe, qu’il nourrit de sa fréquentation de la fachosphère en pleine expansion grâce aux « chambres d’écho » de Facebook et de X, qui tend à proposer à l’utilisateur des contenus similaires à ceux qu’il apprécie, quitte à l’enfermer dans une seule vision du monde.
Celle de Christophe B., déjà marquée pour les extrêmes, ne fait que se renforcer. Il devient ainsi lecteur et relayeur régulier de La Gauche m’a tuer, site anti-François Hollande, monté par un ex-assistant parlementaire très actif contre le mariage pour tous. Les auteurs y diffusent, en 2016, une série de fausses informations autour de la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, accusée notamment de vouloir faire « apprendre l’arabe dès la maternelle » aux écoliers. « J’espère que l’on t’aura mis un coran dans le cul et que tu boufferas les pissenlits par la racine sale pute !!! », commente-t-il. Des propos qui n’ont jamais été modérés par Facebook.
**Des obsessions xénophobes**
De l’encadrement de la chasse aux contrôles des pneus lisses, Christophe B. se montre très souvent « antisystème », hostile à l’Etat, et ambivalent envers les forces de l’ordre. En 2019, il embrasse la cause des « gilets jaunes » et relaye des publications proches de la mouvance, aux accents souvent complotistes, comme ceux du site Le Nouvel ordre mondial. Avec les blessures des manifestants, celui qui relayait des pages de soutien à la police semble désormais s’en défier, estimant que « si le gouvernement n’était pas une dictature !!!! Il n’y aurait pas ce genre de problème !!! »
Il poste aussi des contenus du site Epoch Times – publication issue du mouvement religieux chinois antirégime Falun Gong –, caractérisé par un mélange d’informations réelles et d’infox susceptibles de générer des visites, notamment les contenus stigmatisant les agissements de migrants et de minorités ethniques. « RACE DE CHIEN », commente – en lettres capitales – Christophe B. en 2020 à une information issue de ce site, à propos du viol d’une mineure à New York. Dans la droite lignée de ses obsessions xénophobes, il relaie aussi le site Novopress, créé par des militants identitaires, ou de Vigilance Halal, dont le fondateur, Alain de Peretti, est un invité régulier de médias d’extrême droite comme TV Libertés ou Radio Courtoisie.
Moins actif ces dernières années sur sa propre page, Christophe B. continuait à commenter les pages de Yahoo Actualités, où il revendique ses sympathies pour le Rassemblement national. « Il va falloir vous habituer à en prendre plein le boule en 22 [l’élection présidentielle] !!! Car on arrive », répond-il à un internaute en 2021. Il partage aussi des liens de Démocratie participative, publication raciste et antisémite animée notamment par le néonazi Boris Le Lay, plusieurs fois interdite en France.
Deux semaines avant de prendre une arme pour aller abattre Hichem Miraoui, son voisin, le samedi 31 mai, il s’était lancé dans un énième débat avec un autre internaute, au sujet d’un article consacré à la manifestation de l’ultradroite à Paris, le 9 mai. Christophe B. a commencé par défendre les manifestants, en estimant que son interlocuteur, qui faisait le parallèle avec les manifestations propalestiniennes interdites, était « antisémite », avant de lui lancer : « Mon grand-père est mort à Auschwitz, il est tombé d’un mirador. » Et de conclure : « Tu comprendras quand tes gosses seront obligés d’embrasser l’islam. »
Ce que je trouve effrayant, c’est que le mec poste des trucs haineux et violents depuis 10 ans, partage des photos de flingues, et il faut attendre qu’il soit trop tard et qu’il ait tué quelqu’un pour se rendre compte qu’il était dangereux.