
Industria: di fronte alle difficoltà di ArcelorMittal, la nazionalizzazione ritorna al dibattito
https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/07/05/industrie-face-aux-difficultes-d-arcelormittal-la-nationalisation-fait-son-retour-dans-le-debat_6618461_3234.html
di Thor1noak
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##L’idée de reprendre le contrôle public des entreprises stratégiques en difficulté refait surface en France, confrontée à la crise industrielle. Au centre des inquiétudes, le cas d’ArcelorMittal, pour lequel les projets de nationalisation se multiplient à gauche, au risque de la division.
Le 7 juillet 1982, dans le Nord, l’étape du Tour de France entre Orchies et Fontaine-au-Pire, dans le Cambrésis, avait été annulée : à l’époque, les sidérurgistes d’Usinor avaient bloqué ce contre-la-montre par équipes de 73 kilomètres pour dénoncer la fermeture des hauts-fourneaux de Denain et le licenciement de 2 500 ouvriers. L’histoire va-t-elle se répéter quarante-trois ans plus tard, avec ceux d’ArcelorMittal, lointain descendant d’Usinor, lors de la troisième étape de la 112e édition de la Grande Boucle, prévue entre Valenciennes et Dunkerque, lundi 7 juillet ?
Le site dunkerquois du numéro deux mondial de l’acier est en effet sous le coup d’une restructuration annoncée en avril par le groupe dans le cadre d’un vaste plan de suppression de postes au niveau national (plus de 600) et européen (plus de 1 200), et de l’incertitude du programme de décarbonation de sa production, condition indispensable pour se maintenir en Europe après 2030. Le tout, pour tenter de répondre à la crise de la sidérurgie sur le continent, confrontée aux surcapacités chinoises subventionnées et à la baisse de la demande européenne.
Selon les derniers échanges entre les syndicats d’ArcelorMittal et la direction du Tour de France, l’étape de lundi ne devrait pas être perturbée. Mais elle devrait, en revanche, être l’occasion, pour les salariés en butte contre la multinationale, de médiatiser leur lutte et de mettre en avant leurs revendications.
Parmi celles-ci figure la nationalisation des actifs français d’ArcelorMittal. Le mot n’est plus tabou, en particulier à gauche, pour tenter de répondre à la crise plus large de l’industrie en France. L’idée a été soulevée lors du rachat, en avril, du fleuron de la chimie Vencorex par BorsodChem, la filiale hongroise de son concurrent chinois Wanhua. Par le passé, elle avait aussi circulé concernant Air France-KLM en difficulté lors de la crise liée à la pandémie de Covid-19, ou Alstom à l’occasion du rachat par General Electric, en 2014. Elle a été mise en œuvre en juin pour le groupe Atos, comme auparavant pour EDF en 2023.
##« Un coût de 1 milliard à 2 milliards d’euros »
Nationaliser ArcelorMittal France est pour ses partisans le seul moyen d’empêcher le groupe dirigé par l’homme d’affaires indien Lakshmi Mittal de liquider ses quarante sites dans l’Hexagone, dont les hauts-fourneaux de Dunkerque et de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), pour concentrer ses activités dans des pays jugés plus rentables, comme l’Inde, le Brésil et les Etats-Unis. Un scénario noir jamais confirmé jusqu’à présent par la multinationale. Pour rappel, la nationalisation de l’ancêtre Usinor, en 1981, n’avait pas permis à l’aciériste de sortir de la crise, avant sa privatisation en 1995, devenu Arcelor en 2001 et racheté par Mittal en 2006.
Cette volonté, affichée comme un slogan, de « Faire du métal sans Mittal » agite malgré tout syndicats et partis de gauche. La CGT d’ArcelorMittal Dunkerque, aidée des économistes Tristan Auvray (maître de conférences à Sorbonne Paris-Nord) et Thomas Dallery (maître de conférences à l’université du Littoral Côte d’Opale), a présenté en mai une étude selon laquelle « une nationalisation des sites de production en France, en pourcentages de la capitalisation boursière d’ArcelorMittal (20 milliards d’euros sur les dix dernières années en moyenne) ne devrait pas coûter plus cher que 5 % à 10 %, soit un coût de 1 milliard à 2 milliards d’euros ».
Le chiffrage grimpe à 5 milliards d’euros en cas de nationalisation européenne, avec la reprise des sites luxembourgeois, belges et espagnols. La CGT estime que « la Banque publique d’investissement [Bpifrance] pourrait être le bon véhicule » pour mener une telle opération, et rappelle qu’en cas d’abandon de la filière « les coûts de licenciement et de dépollution » des sites seraient « supérieurs aux coûts de la nationalisation ».
Cette position ne fait pas consensus parmi les syndicats. Valentin Rodriguez, secrétaire général de la fédération FO de la métallurgie, juge, au contraire, dans La Tribune du 8 juin, que la nationalisation « ne garantit pas le maintien des emplois » ni de « vendre un acier à un prix compétitif » et « implique des investissements massifs (…) que l’Etat ne possède pas ». Il demande plutôt « un moratoire sur les exigences de décarbonation en acier », car il ne croit pas qu’« une transition écologique puisse aujourd’hui se faire sans casse sociale dans les hauts-fourneaux ». De son côté, la CFDT, par la voix de sa secrétaire générale, Marylise Léon, défend la prise de participation par l’Etat dans les entreprises stratégiques en difficulté, mais sans aller jusqu’à leur nationalisation, une solution au coût trop élevé et à l’architecture trop hasardeuse, selon la centrale.
##Position maximaliste
Cette division syndicale se retrouve sur les bancs de l’Assemblée nationale, parmi les partis de gauche. La députée (La France insoumise, LFI) de Seine-Saint-Denis Aurélie Trouvé a déposé la première une proposition de loi en juin pour nationaliser les sites français d’ArcelorMittal. Calqué sur le travail de l’institut La Boétie, rattaché à LFI, son texte chiffre l’opération entre 2 milliards et 6 milliards d’euros.
« C’est la seule voie raisonnable », estime la présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, pour à la fois sauver les emplois et la filière acier dans le pays, mais aussi pour s’inscrire dans le calendrier européen de décarbonation prévu pour 2030. « Le 1er janvier 2030 marque une échéance ultime : la réforme du système de quotas d’émission et l’entrée en vigueur complète du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne en 2026 vont renchérir les coûts de production des aciéristes européens qui n’auront pas décarboné leurs usines, l’acier conventionnel sera ruineux », explique-t-elle. Sa position maximaliste est défendue, à gauche, par le député (Debout !) de la Somme et ancien « insoumis » François Ruffin et par le Parti communiste français, qui a déposé sa propre proposition de loi et lancé une pétition qui a recueilli quelque 5 000 signatures à ce jour. Mais elle ne convainc pas écologistes et socialistes.
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Le député écologiste d’Indre-et-Loire Charles Fournier présente une autre proposition de loi pour protéger les « entreprises stratégiques d’intérêt national » qui s’inspire de la prise de contrôle, opérée en avril par le gouvernement britannique, de l’aciérie de British Steel, menacée de fermeture par son propriétaire, le groupe chinois Jingye, ou de la mise sous tutelle en 2024 par l’Etat italien du complexe sidérurgique Ilva, appartenant à ArcelorMittal.
« Je propose une mise sous gestion publique temporaire de vingt-quatre mois renouvelable avec la création d’un fonds souverain de sauvegarde industrielle, afin de se donner le temps de trouver la bonne solution pour chaque cas industriel, explique l’élu. Cela peut être un changement d’actionnaire, une reprise par des salariés ou une nationalisation si on estime que c’est la seule option possible, mais il ne faut pas que la nationalisation soit l’alpha et l’oméga à chaque fois qu’une grande entreprise traverse une crise. »
Ma mémoire me joue peut-être des tours mais je crois que quand Montebourg avait proposé que l’État prenne 20% du capital d’Alstom, Macron lui avait rétorqué qu'”on n’était pas au Vénézuéla”