**Alors que les raids de l’ICE, la police fédérale américaine de l’immigration, se multiplient, la peur des contrôles au faciès s’empare de la communauté latina, dont les membres se sentent visés et discriminés comme jamais, souligne ce reportage du “Los Angeles Times”.**
Jackie Ramirez a toujours eu conscience de la couleur de sa peau. À l’école, l’agent chargé de faire traverser la rue aux enfants l’appelait morenita, “petite fille à la peau brune”. L’un de ses oncles la surnommait affectueusement paisita, “petite fille du pays”.
Mais, depuis un mois, la couleur de sa peau prend de plus en plus de place dans sa vie – depuis que les agents de la police de l’immigration (ICE) ont déferlé sur le sud de la Californie et arrêtent les gens par centaines. Les rumeurs et les vidéos inquiétantes se multiplient : des [employés] interpellés aux stations de lavage auto, des vendeurs de rue arrêtés sans aucun mandat. Un citoyen américain d’origine latina a même dû indiquer aux forces de l’ordre dans quel hôpital il était né.
Tout le monde a déjà entendu parler des contrôles au faciès tant redoutés par les automobilistes noirs. Mais ceux-ci ne sont pas les seuls concernés : la couleur de peau est aussi un enjeu pour les Latinos, et c’est devenu particulièrement flagrant avec les rafles de ces dernières semaines.
Jackie Ramirez est née d’une mère elle-même née au Mexique et d’un père d’origine mexicaine et a grandi dans la banlieue de Los Angeles. “Tous les gens mats de peau ont peur, confie cette jeune animatrice radio. Il ne vaut mieux pas avoir une certaine couleur ces temps-ci.”
**“Mes frères, mes sœurs, ce pays vous a trahis”**
Le ministère de la Sécurité intérieure nie toute arrestation au faciès, des accusations “abjectes et totalement fausses”, selon Tricia McLaughlin, sa porte-parole. Mais ces dénégations n’ont pas vraiment apaisé les inquiétudes des personnes de couleur, qui redoutent d’être ciblées en priorité par les agents de l’immigration.
Les parents latinos conseillent la plus grande prudence à leurs enfants dès qu’ils mettent un pied dehors, tout citoyens américains qu’ils soient. Certains ont pris l’habitude d’avoir toujours leur passeport sur eux. À Santa Ana, les serveurs des cafés recommandent désormais à leurs clients de prendre soin d’eux et de demander à leurs proches de leur envoyer un message une fois arrivés chez eux.
Même les moins typés sont inquiets. Comme Franchesca Olivas, 24 ans, qui récemment n’a pas hésité à faire deux heures de route pour participer à une manifestation dans le centre de Los Angeles. Ces derniers temps, elle accompagne son père partout en voiture, car il a peur de se faire arrêter – il est Mexicain ; Franchesca, elle, est à moitié blanche.
Taylor Tieman, avocate à South Bay, n’est guère plus rassurée. “Je suis une Latina de troisième génération, j’ai l’air blanche, et j’ai peur quand même, confie-t-elle sur Instagram. Mes frères, mes sœurs, je suis tellement désolée. Ce pays vous a trahis.”
Et l’intensification de la répression policière se répercute sur toutes les communautés, souligne Nico Blitz, le fiancé de Jackie Ramirez, un Américain d’origine philippine. “Avis à tous les Philippins : ce n’est pas parce que vous avez un titre de séjour ou un passeport américain que vous êtes blancs, surtout pas aux yeux de l’ICE, met-il en garde sur les réseaux sociaux. Ce combat ne concerne pas uniquement les Latinos et les Noirs.”
**Avec Trump, la peur est montée d’un cran**
Plusieurs études attestent les discriminations subies depuis de nombreuses années par les Latinos – et les autres minorités ethniques – aux États-Unis. D’après un sondage effectué par le Pew Research Center en 2021, la majorité de la communauté latina (62 % des personnes interrogées) considère que sa couleur de peau est un frein à sa réussite. Le fait de ne pas être blanc a des répercussions concrètes au quotidien pour 57 % d’entre eux, et la moitié estime que les discriminations raciales sont “un très gros problème” aux États-Unis.
Et la peur est montée d’un cran depuis que Donald Trump a décidé d’accélérer la lutte contre l’immigration clandestine.
À lire aussi : Immigration. L’administration Trump attaque en justice Los Angeles, “obstacle” aux expulsions de masse
Au mois de janvier, des Amérindiens ont accusé plusieurs agents de l’ICE de harceler des membres de leurs tribus. Neuf parlementaires démocrates ont adressé une lettre au président pour faire état de témoignages inquiétants sur des faits de harcèlement et des arrestations. “Les membres des tribus amérindiennes sont des citoyens américains. Les arrestations au faciès – de personnes de couleur ou d’origine asiatique, latina, amérindienne – sont parfaitement inacceptables, dénonce leur lettre. Les méthodes dangereuses de l’ICE, qui harcèle des citoyens américains apparemment sur la seule base de leur apparence physique, sont anticonstitutionnelles et antiaméricaines.”
Face à la multiplication des arrestations dans tout le sud de la Californie au début du mois de juin, Hilda Solis, la superviseuse du comté de Los Angeles, a publié un communiqué pour informer les électeurs que des citoyens étaient pris pour cible “en raison de leur couleur de peau et du type d’emploi qu’ils occupent”.
Hilda Solis, dont les deux parents sont immigrés – sa mère est nicaraguayenne et son père mexicain –, ne s’était “jamais sentie à ce point assiégée” : “C’est une attaque envers notre communauté immigrée, mais également envers toutes les personnes de couleur. Je sais que beaucoup de gens, dont certains sont des amis, des collègues, ont des proches en situation irrégulière et sont pétrifiés à l’idée d’aller travailler, d’envoyer leurs enfants à l’école. C’est terrible pour notre économie.”
Elle a également rappelé qu’au plus fort de la pandémie de Covid les personnes d’origine asiatique étaient prises pour cible. “Aujourd’hui, ce sont les Latinos.”
Touillette on
L’ICE c’est la Gestapo moderne américaine. Ni plus, ni moins.
Jindah370 on
C’est le but recherché par Miller et ses accolytes suprémacistes, terroriser les non blancs pour les inciter au départ volontaire. L’administration Trump a fixé des objectifs trés élevés de résultats, ce qui sur le terrain se traduit par des successions de violations des droits et abus de pouvoir, ça fait complétement partie du plan (…)
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[L’article original](https://www.latimes.com/california/story/2025-06-25/california-residents-fearful-amid-immigration-raids-youre-scared-to-be-brown)
**Alors que les raids de l’ICE, la police fédérale américaine de l’immigration, se multiplient, la peur des contrôles au faciès s’empare de la communauté latina, dont les membres se sentent visés et discriminés comme jamais, souligne ce reportage du “Los Angeles Times”.**
Jackie Ramirez a toujours eu conscience de la couleur de sa peau. À l’école, l’agent chargé de faire traverser la rue aux enfants l’appelait morenita, “petite fille à la peau brune”. L’un de ses oncles la surnommait affectueusement paisita, “petite fille du pays”.
Mais, depuis un mois, la couleur de sa peau prend de plus en plus de place dans sa vie – depuis que les agents de la police de l’immigration (ICE) ont déferlé sur le sud de la Californie et arrêtent les gens par centaines. Les rumeurs et les vidéos inquiétantes se multiplient : des [employés] interpellés aux stations de lavage auto, des vendeurs de rue arrêtés sans aucun mandat. Un citoyen américain d’origine latina a même dû indiquer aux forces de l’ordre dans quel hôpital il était né.
Tout le monde a déjà entendu parler des contrôles au faciès tant redoutés par les automobilistes noirs. Mais ceux-ci ne sont pas les seuls concernés : la couleur de peau est aussi un enjeu pour les Latinos, et c’est devenu particulièrement flagrant avec les rafles de ces dernières semaines.
Jackie Ramirez est née d’une mère elle-même née au Mexique et d’un père d’origine mexicaine et a grandi dans la banlieue de Los Angeles. “Tous les gens mats de peau ont peur, confie cette jeune animatrice radio. Il ne vaut mieux pas avoir une certaine couleur ces temps-ci.”
**“Mes frères, mes sœurs, ce pays vous a trahis”**
Le ministère de la Sécurité intérieure nie toute arrestation au faciès, des accusations “abjectes et totalement fausses”, selon Tricia McLaughlin, sa porte-parole. Mais ces dénégations n’ont pas vraiment apaisé les inquiétudes des personnes de couleur, qui redoutent d’être ciblées en priorité par les agents de l’immigration.
Les parents latinos conseillent la plus grande prudence à leurs enfants dès qu’ils mettent un pied dehors, tout citoyens américains qu’ils soient. Certains ont pris l’habitude d’avoir toujours leur passeport sur eux. À Santa Ana, les serveurs des cafés recommandent désormais à leurs clients de prendre soin d’eux et de demander à leurs proches de leur envoyer un message une fois arrivés chez eux.
Même les moins typés sont inquiets. Comme Franchesca Olivas, 24 ans, qui récemment n’a pas hésité à faire deux heures de route pour participer à une manifestation dans le centre de Los Angeles. Ces derniers temps, elle accompagne son père partout en voiture, car il a peur de se faire arrêter – il est Mexicain ; Franchesca, elle, est à moitié blanche.
Taylor Tieman, avocate à South Bay, n’est guère plus rassurée. “Je suis une Latina de troisième génération, j’ai l’air blanche, et j’ai peur quand même, confie-t-elle sur Instagram. Mes frères, mes sœurs, je suis tellement désolée. Ce pays vous a trahis.”
Et l’intensification de la répression policière se répercute sur toutes les communautés, souligne Nico Blitz, le fiancé de Jackie Ramirez, un Américain d’origine philippine. “Avis à tous les Philippins : ce n’est pas parce que vous avez un titre de séjour ou un passeport américain que vous êtes blancs, surtout pas aux yeux de l’ICE, met-il en garde sur les réseaux sociaux. Ce combat ne concerne pas uniquement les Latinos et les Noirs.”
**Avec Trump, la peur est montée d’un cran**
Plusieurs études attestent les discriminations subies depuis de nombreuses années par les Latinos – et les autres minorités ethniques – aux États-Unis. D’après un sondage effectué par le Pew Research Center en 2021, la majorité de la communauté latina (62 % des personnes interrogées) considère que sa couleur de peau est un frein à sa réussite. Le fait de ne pas être blanc a des répercussions concrètes au quotidien pour 57 % d’entre eux, et la moitié estime que les discriminations raciales sont “un très gros problème” aux États-Unis.
Et la peur est montée d’un cran depuis que Donald Trump a décidé d’accélérer la lutte contre l’immigration clandestine.
À lire aussi : Immigration. L’administration Trump attaque en justice Los Angeles, “obstacle” aux expulsions de masse
Au mois de janvier, des Amérindiens ont accusé plusieurs agents de l’ICE de harceler des membres de leurs tribus. Neuf parlementaires démocrates ont adressé une lettre au président pour faire état de témoignages inquiétants sur des faits de harcèlement et des arrestations. “Les membres des tribus amérindiennes sont des citoyens américains. Les arrestations au faciès – de personnes de couleur ou d’origine asiatique, latina, amérindienne – sont parfaitement inacceptables, dénonce leur lettre. Les méthodes dangereuses de l’ICE, qui harcèle des citoyens américains apparemment sur la seule base de leur apparence physique, sont anticonstitutionnelles et antiaméricaines.”
Face à la multiplication des arrestations dans tout le sud de la Californie au début du mois de juin, Hilda Solis, la superviseuse du comté de Los Angeles, a publié un communiqué pour informer les électeurs que des citoyens étaient pris pour cible “en raison de leur couleur de peau et du type d’emploi qu’ils occupent”.
Hilda Solis, dont les deux parents sont immigrés – sa mère est nicaraguayenne et son père mexicain –, ne s’était “jamais sentie à ce point assiégée” : “C’est une attaque envers notre communauté immigrée, mais également envers toutes les personnes de couleur. Je sais que beaucoup de gens, dont certains sont des amis, des collègues, ont des proches en situation irrégulière et sont pétrifiés à l’idée d’aller travailler, d’envoyer leurs enfants à l’école. C’est terrible pour notre économie.”
Elle a également rappelé qu’au plus fort de la pandémie de Covid les personnes d’origine asiatique étaient prises pour cible. “Aujourd’hui, ce sont les Latinos.”
L’ICE c’est la Gestapo moderne américaine. Ni plus, ni moins.
C’est le but recherché par Miller et ses accolytes suprémacistes, terroriser les non blancs pour les inciter au départ volontaire. L’administration Trump a fixé des objectifs trés élevés de résultats, ce qui sur le terrain se traduit par des successions de violations des droits et abus de pouvoir, ça fait complétement partie du plan (…)