“Mi hanno gettato in acqua e mi hanno detto di nuotare”: in India, la caccia spietata per immigrati clandestini e musulmani bengalesi

    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/11/si-vous-revenez-on-vous-tue-en-inde-l-impitoyable-traque-des-clandestins-et-des-musulmans-bengalis_6628037_3210.html

    di SowetoNecklace

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    2 commenti

    1. SowetoNecklace on

      **Des milliers de familles et de travailleurs musulmans parlant le bengali ont été arrêtés, détenus et expulsés vers le Bangladesh en dépit des preuves de leur citoyenneté indienne.**

      La mousson a détrempé les champs du Bengale-Occidental. Les rizières sont gorgées d’eau, tandis que les plans de jute atteignent leur taille maximale sur cette terre fertile. En ce début août, pourtant, ce n’est pas la promesse de généreuses récoltes qui agite les esprits. La peur et le désespoir ont gagné les campagnes de cet Etat du nord-ouest de l’Inde, jusqu’à sa capitale, Calcutta.

      A Paikar, dans le district de Birbhum, les parents de Sunali Khatun sont au supplice. Depuis un mois et demi, ils sont sans nouvelle de leur fille, 24 ans, enceinte de huit mois, de leur petit-fils de 8 ans et de leur gendre Danish Shekh. Ils savent juste qu’ils ont été expulsés vers le Bangladesh, le 24 juin. Le village familial étant bien trop pauvre pour offrir du travail aux jeunes, le couple a migré à Delhi, où Danish est chiffonnier. Il a été arrêté le 18 juin par la police, accusé d’être un immigrant illégal, un « Bangladeshi », sur le seul fait de parler le bengali, une langue commune au Bengale-Occidental et au Bangladesh.

      Sa femme a fourni à la police les preuves de leur nationalité indienne − carte d’identité et titre de propriété datant de 1956 −, mais les policiers leur ont confisqué les documents ainsi que leurs téléphones, et ont placé toute la famille en détention. Le 24 juin, ils ont été transportés à la frontière, les yeux bandés et expulsés dans le district de Rajshahi. *« Si vous essayez de revenir, on vous tue »*, ont menacé les agents de la police des frontières. Le couple a pu prévenir les parents grâce à l’aide d’un villageois. *« Ma fille va accoucher, ils n’ont rien, pas d’argent, pas de vêtement »*, explique la mère de Sunali, qui tient dans ses bras le plus jeune enfant du couple, une fillette de 6 ans, restée au village.

      La famille est musulmane, comme la totalité du village de Paikar. Le Bengale-Occidental fait partie des quelques Etats indiens comptant une importante population de musulmans – 30 % contre 14 % à l’échelle nationale –, avec plusieurs districts frontaliers du Bangladesh où ils sont majoritaires. Séparés par une frontière poreuse longue de 4 000 kilomètres, dont la moitié au Bengale-Occidental, l’Inde, majoritairement hindoue, et le Bangladesh, majoritairement musulman, ont connu des vagues de mouvements de population dans les deux sens, notamment lors de la guerre d’indépendance du Bangladesh, en 1971.

      **Destruction au bulldozer**

      Presque chaque village rapporte l’histoire de fils et filles disparus, détenus ou expulsés, au cours des derniers mois. Le gouvernement indien, dirigé par Narendra Modi, a lancé une opération massive contre les migrants illégaux juste après l’attentat commis au Cachemire contre des touristes hindous, le 22 avril, qui avait fait 26 morts et soulevé une immense émotion dans le pays. Le ministre de l’intérieur, Amit Shah, connu pour ses diatribes contre les *« infiltrés »* et les *« termites »*, a alors ordonné, par circulaire, à tous les Etats de mettre en place une force spéciale et des centres de rétention afin de *« détecter, identifier et expulser les immigrants illégaux venus du Bangladesh et de Birmanie »*.

      Les Etats fédérés dirigés par le parti au pouvoir – Odisha, Rajasthan, Assam, Gujarat, Chhattisgarh, Maharashtra, Delhi, Haryana, Uttar Pradesh, Madhya Pradesh – se sont exécutés, avec l’aide de groupes d’autodéfense liés à la mouvance d’extrême droite, procédant à des arrestations massives, à la destruction au bulldozer de milliers de maisons et de bidonvilles en dehors de toute procédure judiciaire. Leurs cibles : les individus parlant le bengali, sans distinguer les travailleurs du Bengale-Occidental, citoyens indiens, qui migrent dans les différentes régions de l’Inde en quête d’un travail, et les migrants du Bangladesh, en situation irrégulière.

      Comme les parents de Sunali Khatun, Jiyem Sheikh attend des nouvelles de son fils, Amir, 20 ans, parti il y a trois mois au Rajasthan pour travailler comme terrassier sur des chantiers de voirie. La famille habite une modeste maison à Jalalpur, dans le district de Malda. Amir a été arrêté par la police début mai. Son père a envoyé aux policiers quantité de pièces − certificat de naissance, carte d’électeur, acte de propriété de la maison de 1941 − montrant que la famille était déjà en Inde du temps de l’occupation britannique. En vain. Amir a passé deux mois dans un camp de détention au Rajasthan avant d’être expulsé fin juillet dans des conditions particulièrement dégradantes. Le jeune homme, raconte son père, a été éjecté au moyen d’une tractopelle par-dessus la clôture barbelée au Bangladesh. Lui aussi était musulman.

      Asif Farooq, responsable d’une organisation d’aide aux migrants bengalis, a reçu des centaines d’appels à l’aide et n’a plus aucun doute sur les visées du gouvernement. *« La majorité des personnes interpellées sont des musulmans parlant bengali*, raconte-t-il. *Nous n’avons relevé que dix ou douze cas d’hindous sur des milliers d’arrestations. Cette opération vise à créer un climat de peur pour réduire au silence cette communauté et l’anéantir économiquement et civiquement. »*

      **Extorsion d’argent**

      La peur n’a pas quitté Muktar Khan et sa femme Sajnoor depuis leur retour au village familial à Chanchal, dans le district de Malda, après quatre années à Delhi sur le campement de Majdur Colony. Le 25 juillet, des policiers ont débarqué à leur domicile, alors que Muktar était au travail − il est nettoyeur de toilettes publiques. Sajnoor a été emmenée de force avec ses deux enfants dans un centre non identifié près d’un hôpital. Giflée à plusieurs reprises, humiliée, attrapée par le ventre et menacée d’être séparée de ses enfants, la jeune mère a fini par être libérée après avoir dû verser 25 000 roupies (250 euros), relâchée loin de chez elle sans argent, ni téléphone, avant d’être de nouveau arrêtée le lendemain, avec ses beaux-parents.

      De nombreuses victimes font état de cas de mauvais traitement et d’extorsion d’argent et de documents. Shamin Khan, citoyen indien, ouvrier dans le bâtiment, arrêté le 9 juin à Bombay à 2 heures du matin, a été contraint de donner 25 000 roupies aux gardes-frontières avant son expulsion vers le Bangladesh. Egalement maçon à Bombay, Nazimuddin Mandal, 34 ans, a été escroqué de 18 000 roupies (180 euros), fouillé, roué de coups puis abandonné au Bangladesh par la police des frontières. Après trois jours et trois nuits dans la jungle, il a réussi à regagner l’Inde, brisé psychologiquement.

      Abdul Rahman, 20 ans, ne souhaite pas rentrer en Inde. Le jeune homme dormait paisiblement lorsque des policiers indiens ont fait irruption à son domicile en pleine nuit, fin avril. Le même jour, raconte-t-il, les forces de l’ordre ont raflé des dizaines d’autres personnes dans le quartier de *« Bengali Basti »*, où vivent nombre de Bangladais et d’Indiens originaires du Bengale-Occidental, à Ahmedabad, dans l’Etat du Gujarat.

      Le traumatisme a embrumé sa mémoire quant à la date précise, mais il se souvient d’avoir été emmené au commissariat, puis embarqué à bord d’un avion, avant de voyager sur un bateau. Ses yeux étaient bandés, ses pieds et poings liés à l’aide d’une tige plastique durant tout le voyage. *« Sur le bateau, j’ai été battu avec un câble et une barre de fer »*, se souvient le jeune homme, qui porte sur son corps de nombreuses cicatrices. *« Si tu reviens dans ce pays, nous te tuerons »*, ont menacé les hommes qui le tenaient captif, avant de lui retirer son bandeau des yeux et de détacher les liens qui l’immobilisaient. *« Ils m’ont jeté à l’eau et m’ont dit de nager »*, poursuit M. Rahman.

      La même nuit, 68 personnes ont été abandonnées dans l’entrelacs des canaux des Sundarbans, cette région de la baie du Bengale, à cheval entre le Bangladesh et l’Inde, selon un procès-verbal rédigé par les gardes-côtes bangladais. Les victimes portaient des gilets de sauvetage et ont rejoint la côte en suivant *« une lumière émise par une tour »*, située dans la jungle, selon une dizaine de témoignages récoltés sur place. Le groupe a ensuite marché dans la forêt dense de mangroves des Sundarbans, la plus grande au monde, avant d’être secouru par les gardes-côtes bangladais, le 9 mai. Ils ont été retrouvés dans les environs de la forêt de Manderbaria, tout près de la frontière avec l’Inde.

      Abdul Rahman a trouvé refuge dans le village d’Alipur Mohakal, dans le sud-ouest du Bangladesh, où une de ses tantes a accepté de le recueillir dans son modeste logis. Elle ne savait rien, ou si peu, du jeune garçon. Né en Inde, Abdul Rahman n’avait jamais mis un pied au Bangladesh. Mais il n’est pas indien car la loi stipule qu’une personne née en Inde après décembre 2004 n’est automatiquement indienne que si au moins l’un de ses parents est indien et que l’autre n’est pas un immigré clandestin.

    2. Codex_Absurdum on

      >Des milliers de familles et de travailleurs musulmans parlant le bengali ont été arrêtés, détenus et expulsés vers le Bangladesh en dépit des preuves de leur citoyenneté indienne.

      Tiens tiens, concept très en vogue ces derniers temps et popularisé par les US.

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