C’est ma 13è rentrée comme enseignant de mathématiques dans l’éduc nat. Je commence à avoir du mal à me rappeler de ce nombre. Un peu plus de 10 ans en collège prioritaire.
J’aime bien faire cet exercice parce que ça me permet de mettre par écrit mes pensées et d’y mettre un peu d’ordre. Je m’excuse pour les fautes d’orthographe. J’écris un peu comme ça vient.
* Chaque situation est différente.
* On est fonctionnaire.
* Moi
# 1. Chaque situation est différente.
J’avais commencé avec ça aussi l’année dernière mais sans trop insisté. La distinction n’est pas assez présente à mon goût quand on dit « les profs ».
Chaque situation est différente. Il y a beaucoup de situations différentes dans l’éducation nationale.
Il y a trois mondes : maternelle, primaire / collège / lycée. Chacun de ces mondes a trois fonctionnements très différents.
Il ne fait pas sens de comparer la situation d’un prof des écoles à celui d’un prof agrégé en lycée. Assez simplement, les professeurs des écoles ont le moins bon statut : la moins bonne paie, le plus d’heures, le plus d’emmerdes.
Si je me concentre dans ce que je connais le mieux : le collège, là encore, c’est compliqué de comparer. Pour prendre les trois cas les plus extrêmes.
* Certifié plein temps, un seul établissement, proche de chez lui.
* TZR (a le concours, mais est titulaire sur zone de remplacement) avec 2 voire 3 établissements.
* Contractuel a mi-temps.
Et ça, c’est si je me concentre sur les enseignants : parce qu’on peut également parler des AED (surveillants), des AESH (accompagnant d’élève en situation de handicape), des secrétaires, des personnels de directions,…
Et même si on se concentre sur la situation d’enseignant certifié, il y a des différences qui vont être plus personnelles sur le papier mais qui sont en réalité liées également à) notre métier.
# 2. On est fonctionnaire
J’ai un peu de mal à discuter de ça mais souvent mais je trouve ce point souvent abordé de manière incorrecte.
Passer un concours enseignant dans la fonction publique que soit le CAPES ou l’AGREG, ce n’est pas seulement passer des épreuves écrites puis orales dont on se moque de la difficulté mais c’est aussi accepter de passer un concours qui ne permet de s’épanouir avec une vision individuelle mais qui propose de satisfaire à des besoins nationales.
Je résume un peu et je vais un peu vite. Quand on passe notre concours, on ne va pas où on veut, où on aimerait, on va là où on nous dit d’aller. C’est comme ça et c’est à accepter.
* Non, c’est pas parce que t’as bien réussi l’agreg que tu enseigneras des maths dans une belle prépa la première année.
* Si on te dit Créteil, c’est Créteil. Tu connais personnes. Dommage.
* Tu veux déménager, c’est un processus de mutation.
* Tu voulais pas être TZR… Tu pourras faire des vœux l’année prochaine sans certitude.
* Tu voulais pas un collège rep avec « des brèles ». Tu pourras faire des vœux l’année prochaine sans certitude.
Et c’est comme ça. Souvent, on va construite notre vie avec notre conjointe notamment avec cette contrainte. Ça fait partie de notre mission d’être mobilisable dans toute la France avec les modalités du concours. Je pense que ce point, il faut le rappeler.
Par oui, du coup, la personne qui passe le concours un peu plus tard avec une femme et des enfants, elle a des points en plus sur son mouvement de mutation par rapport à une personne qui n’en a pas… mais elle n’a pas l’assurance d’être proche de chez elle ni même dans la bonne académie. Ça veut dire, peut-être deux logements à payer une première année pour voir si on arrive à muter après. Demander à son conjoint s’il peut nous rejoindre pour construire sa vie ailleurs.
Tout ça pour dire que même dans un même établissement sur un même poste, les situations peuvent être différentes.
Dauks1 on
Whaou les souvenirs de voir des EDT comme ça !
Tu as 13 ans d’XP, dans l’éducation nationale seulement ? Tu enseignes dans quel établissement ?
Edition: je m’étais mal compris
thom986 on
# 3. Moi
# 3.1 Ma situation
J’insiste lourdement sur les différences qui existent et sur la difficulté de dire « les profs ». Du coup, je préfère dire, je parle uniquement pour moi et de ma situation.
Elle est favorable. C’est le point de départ. Je suis certifié (j’ai le capès), en poste à plein temps sur un seul établissement. Je suis proche de chez moi. Je suis là où j’aimerai être. J’ai également de la chance d’avoir pour compagne quelqu’un qui ne travaille pas dans l’éduc nat mais qui est urgentiste et gagne très bien sa vie avec des difficultés dans son métier bien supérieur au mienne.
C’est un peu long pour en arriver là, je m’en excuse, mais ça me semblait nécessaire pour proposer une discussion en ayant poser les bases.
# 3.2 Mon EDT
Je vous mets en première image mon EDT (emploi du temps). Il est assez proche de l’année dernière. Je suis plus que content. C’est exactement ce que j’avais demandé. J’avais assez peur avec les barrettes imposées par le chocs des savoirs en 6è et 5è.
J’avais besoin de mon Jeudi aprem pour m’occuper de mon 6ans qui est en situation de handicape et j’avais demandé si possible à ne pas commencer à 8h le mercredi pour la même raison parce que le périscolaire ne peut / veut pas le prendre trop tôt. Les autres jours de la semaine, je vais le récupérer vers 5h / 5h30. Pareil, je veux paraître « facile »pour le périsco, parce qu’on n’est jamais à l’abris qu’on nous dise : « stop, on n’en veut plus, vous trouver un moyen de garde pour le temps pérsco ». Avoir un gamin handicapé à l’école, c’est clairement la sensation d’avoir une épée de Damoclès sur la tête en permanence. Après, c’est cool, ça me permet aussi de poser la 8ans pour ses activités le lundi, jeudi et samedi.
Je ne pense pas demander de changement. J’ai eu ce que je demande. Ça me va. Je ne vais pas chercher à optimiser.
Je pense pouvoir me faire 20/30 min de tours de piste le lundi et une fois sur deux le jeudi matin à 10h. Je pense pouvoir me faire une petite sortie de 45min / 1h le vendredi. J’aime bien courir. C’est un exutoire. Ça me vide la tête. Je me suis remis un peu sport, il y a 2 ans. C’est dur. J’ai bientôt 40ans. Mais je sens qu’en j’ai besoin. J’arrive à nouveau à me faire des sorties (au prix de grosses courbatures) d’une heure avec une vitesse moyenne de 10km/h.
J’aimerai bien essayer le Judo cette année. Je me sens prêt à réessayer de me faire une séance type club. J’ai trouvé un petit club à côté qui propose une séance le lundi. C’est le seul jour de dispo car ma femme ne bosse pas le lundi (pour s’occuper du 6ans), sinon, elle finit trop tard.
Pourquoi je parle de ça ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr mais je voulais commencer avec un point personnel pour dire : « on peut être heureux à l’éduc nat ». C’est mon cas.
Je trouve qu’on peut avoir un bon emploi du temps (pas tous, voir plus haut), on peut être disponible pour sa famille le soir et le matin, pendant les vacances. Parce que dès qu’on a des gosses à l’école… on ne va pas partir hors vacances scolaires. Ce sont des petites choses mais qui n’ont pas de prix. Quoique faire garder les gamins pendant les grandes vacances, ça a un prix… et un dans le champ du handicape comme le mien, faut se lever tôt pour trouver une structure qui l’accueille
# 3.3 Mes journées
Pour beaucoup, quand on dit qu’on bosse en rep, c’est une tannée, «tu voudrais pas des bons élèves? ». C’est un point de vue si on le tient personnellement, je pense qu’on passe à côté de notre mission. Les gamins, il faut bien leur faire cours. Les niveaux que j’ai collège, c’est pas de maths niveau recherche, mais ça reste des mathématiques et ça reste très intéressant de travailler dessus, de réfléchir à comment amener des notions, comment les démontrer avec des outils accessibles. On a encore une très grande liberté sur ce qu’on fait, comment on le fait. Introduire les fractions, c’est passionnant, Pythagore, les Puissances, c’est chouette en fait. Il y a une forme d’élitisme qui consiste à dire : c’est des maths fastouche, pas besoin d’avoir autre chose que le bac pour les enseigner. Mais en fait, je suis pas payé pour faire recopier une page de bouquin. Dans mon taf, il y a aussi réfléchir à comment mettre du rythme à ma séance, comment travailler avec des dynamiques de classes, comment on gère quand on voit que la mayonnaise ne prend pas, comment on continue le cours et qu’on se remet dedans alors qu’on vient de péter une gueulante de l’espace avec les yeux rouges exorbités de colère. Il y a un point philosophique de base, on ne transmets pas une connaissance par qu’on l’a possède mais par qu’on fait en sorte que l’autre se construise un chemin vers elle.
# 3.4 Il y a des moments pas ouf
Ça reste dur,
* c’est pas mal de boulot chez nous.
* De corrections, oui. Pas que des évals, mais les cahiers, des petites def de cours à réciter, des dm…
* mais pas mal aussi de réflexions, de réorganisation de nos séances : « ça, ça a marché », « ça non », « j’ai pas pu faire ça », « faut que je revienne là-dessus », « quand je commence par un petit exo qui met en confiance après, «je peux faire écrire le cours dans le calme »
* C’est pas mal de boulot sur place. Je suis pp, ; en rep. C’est beaucoup de dossier à remplir ; ppre, pap ; mopps pour les intimes. C’est beaucoup de coup de fil aux familles. C’est beaucoup de contact avec l’AS, avec les CPE.
Mais le plus dur, c’est d’être imprégné en permanence par une misère sociale qui nous dépasse. On sait qu’on fait de notre mieux. On sait que ça ne sera pas suffisant. On apprend à vivre avec trop, c’est surtout la fréquence, de situations qui sortent de la normalité. Il y a dans mon établissement, pas spécialement de violence physique, mais beaucoup de violence froide, de violence familiale, de violence dans l’absence d’avenir pour les jeunes. Les gens pensent parce que « moi aussi, j’étais en rep et je m’en suis sortie ou nous aussi dans mon collège on était pauvre et on n’était pas en rep… Mais en fait, non, les gens n’ont pas idée des situations qu’on va rencontrer, qu’on va affronter mais on ne va pas agir. On va faire notre cours sur Pythagore au mieux et c’est ce qu’on attend de nous. J’avais donner quelques exemples l’année dernière. Je ne le fais pas cette année. Mais bon, je sais que ça va être dur. Quand je finis l’année en Juillet, je suis rincé, je suis épuisé moralement surtout. C’est aussi pour ça que je fais ce poste en début d’année. J’ai un peu rechargé les batteries.
# Conclusion
C’est un bon boulot, on peut y trouver notre compte. Oui, il y a des contraintes fortes mais aussi des avantages forts. On peut s’y épanouir facilement. Je n’ai pas envie de seulement voir des postes où on dit que c’est horrible et que plus personne ne devrait. Je pense qu’il mérite mieux parce qu’il propose mieux.
Bonne rentrée.
DOC :
* EDT de cette année : pleins temps, collège, un établissement.
* Fiche de paie Août
* Bulletin de paie 2025
* Impôts (parce que sinon, je me fais trashé sur mon taux de prélèvement)
thom986 on
T’ain, cette misère pour copier, coller des commentaires un peu long sur reddit…
leamoad on
Ça fait beaucoup de maths quand même
Onizuzu17 on
T’as que des mathématiques j’espère que le prof est sympa..
canteloupy on
Je veux juste dire bravo, j’ai soutenu ma fille en maths au collège pour pas qu’elle abandonne et dans mon expérience (pourtant dans le privé à Paris) le collège c’est là où les gens décrochent très facilement. C’est vraiment important la pédagogie car chacun voit les choses différemment dans sa tête et les maths commencent à y être abstraites. C’est vraiment le truc, savoir présenter la même chose de plusieurs manières, mes propres études d’ingénieur m’y ont bien aidé mais j’imagine pas devoir le faire sur une classe entière.
lbora9 on
T’es un putain de prof mec/meuf. C’est rafraîchissant de lire des profs qui expriment leur ressenti de cette manière. Je te remercie pour le travail que tu fais pour nos gosses.
Je te remercie pour ton professionnalisme et je te fais un p’tit bisous au passage. Merci d’exister.
Concernant la partie salaire, les étudiants en prépa peuvent bien profiter de votre experience pour être mieux instruits ( et tu gagnes + de thune avec les heures de khole).
Take it easy, t’es un/une boss. C’est dur d’être prof p’tain
Lululasaumure on
En 2025, ce sont toujours les élèves qu’on fait bouger entre les cours et pas les profs…. Dommage qd même (même si OP voyage pas mal au fil des (demi) jours
Tavek on
Non mais les salles… On est pas tous logés à la même enseigne
LAGROSSESIMONE on
Salut,
J’ai quitté le navire il y a quelques temps déjà, mais c’est sympa de voir ton retour. Déjà je suis ravi pour toi que tu sois épanoui dans le métier et que tu arrives à trouver ton compte entre toutes les variables qui peuvent intervenir et changer du tout au tout la physionomie d’une année scolaire. Et ça fait chaud au coeur de voir des collègues qui ont l’air épanouis, heureux et animés par ce qu’ils font. Ca fait remonter énormément de beaux souvenirs.
Un point dans ton retour m’interpelle toutefois :
>alors qu’on vient de péter une gueulante de l’espace avec les yeux rouges exorbités de colère
Même si c’est formulé ainsi comme une image, une représentation parlante pour les redditeurs pour qui les réalités des salles de classe sont loin derrière eux, j’ai déjà pu voir plusieurs collègue réagir très exactement ainsi, donc même si l’image est parlante, elle traduit aussi une réalité qui m’obligent à poser quelques questions :
* Est-ce que cette image est un “témoignage” et décrit donc des réactions qu’il t’arrive d’avoir ou est-ce juste une réaction que tu as pu voir chez d’autres collègues ?
* Comment te positionnes tu, sur le plan professionnel et pédagogique par rapport à ce genre de craquages ?
La raison de ces questions est relativement simple, dans mon cas, j’ai quitté le navire quand j’ai constaté que j’étais moi même un vecteur des violences institutionnelles et symboliques inhérents à l’Education Nationale et au métier d’enseignant. Je me suis vu être et devenir l’enseignant que je ne voulais jamais être : celui qui enfermé dans son quotidien, le nez dans le guidon, est incapable de voir qu’il peut traumatiser certains élèves et en dégoûter d’autres de l’Ecole.
Donc comment tu deals avec ces moments où, dans une situation disciplinaire, on dérape et on sort des clous au regard des exigences du métier ? Quelles travail de remise en question tu envisages dans sa fréquence, sa profondeur, et solutions tu tentes d’apporter ?
Metrokun on
J’ai pas de pierre à apporter à l’édifice mais je voulais te remercier d’avoir partagé ton quotidien et ton ressenti de façon aussi détaillée et authentique !
LaMineDeSel on
Les revenus de madame atténuent beaucoup de choses mais bravo pour montrer un peu de positif. Je vous souhaite de garder la flamme.
obyron31 on
j’ai jamais compris pourquoi les métiers de la fonction publique ne seraient pas non-imposable… vous travaillez (théoriquement) pour l’état, êtes payés avec l’argent du contribuable, alors pourquoi reprendre cet argent? en supprimant l’impôt pour les fonctionnaires (je parle bien de ce qu’ils touchent en salaire pas à coté) ne ferions nous pas des économies sur la gestion des finances? cet absence d’impôt pourrait certes, entrainer une baisse du salaire mais serait amoindrie par ces économies
14 commenti
C’est ma 13è rentrée comme enseignant de mathématiques dans l’éduc nat. Je commence à avoir du mal à me rappeler de ce nombre. Un peu plus de 10 ans en collège prioritaire.
Je l’ai fait l’année dernière et j’avoue que c’est mon billet préféré que je poste sur r/france : [https://www.reddit.com/r/france/comments/1f8dqqc/petit_post_pour_ma_12%C3%A8_rentr%C3%A9e_dans_l%C3%A9duc_nat/](https://www.reddit.com/r/france/comments/1f8dqqc/petit_post_pour_ma_12%C3%A8_rentr%C3%A9e_dans_l%C3%A9duc_nat/)
J’aime bien faire cet exercice parce que ça me permet de mettre par écrit mes pensées et d’y mettre un peu d’ordre. Je m’excuse pour les fautes d’orthographe. J’écris un peu comme ça vient.
* Chaque situation est différente.
* On est fonctionnaire.
* Moi
# 1. Chaque situation est différente.
J’avais commencé avec ça aussi l’année dernière mais sans trop insisté. La distinction n’est pas assez présente à mon goût quand on dit « les profs ».
Chaque situation est différente. Il y a beaucoup de situations différentes dans l’éducation nationale.
Il y a trois mondes : maternelle, primaire / collège / lycée. Chacun de ces mondes a trois fonctionnements très différents.
Il ne fait pas sens de comparer la situation d’un prof des écoles à celui d’un prof agrégé en lycée. Assez simplement, les professeurs des écoles ont le moins bon statut : la moins bonne paie, le plus d’heures, le plus d’emmerdes.
Si je me concentre dans ce que je connais le mieux : le collège, là encore, c’est compliqué de comparer. Pour prendre les trois cas les plus extrêmes.
* Certifié plein temps, un seul établissement, proche de chez lui.
* TZR (a le concours, mais est titulaire sur zone de remplacement) avec 2 voire 3 établissements.
* Contractuel a mi-temps.
Et ça, c’est si je me concentre sur les enseignants : parce qu’on peut également parler des AED (surveillants), des AESH (accompagnant d’élève en situation de handicape), des secrétaires, des personnels de directions,…
Et même si on se concentre sur la situation d’enseignant certifié, il y a des différences qui vont être plus personnelles sur le papier mais qui sont en réalité liées également à) notre métier.
# 2. On est fonctionnaire
J’ai un peu de mal à discuter de ça mais souvent mais je trouve ce point souvent abordé de manière incorrecte.
Passer un concours enseignant dans la fonction publique que soit le CAPES ou l’AGREG, ce n’est pas seulement passer des épreuves écrites puis orales dont on se moque de la difficulté mais c’est aussi accepter de passer un concours qui ne permet de s’épanouir avec une vision individuelle mais qui propose de satisfaire à des besoins nationales.
Je résume un peu et je vais un peu vite. Quand on passe notre concours, on ne va pas où on veut, où on aimerait, on va là où on nous dit d’aller. C’est comme ça et c’est à accepter.
* Non, c’est pas parce que t’as bien réussi l’agreg que tu enseigneras des maths dans une belle prépa la première année.
* Si on te dit Créteil, c’est Créteil. Tu connais personnes. Dommage.
* Tu veux déménager, c’est un processus de mutation.
* Tu voulais pas être TZR… Tu pourras faire des vœux l’année prochaine sans certitude.
* Tu voulais pas un collège rep avec « des brèles ». Tu pourras faire des vœux l’année prochaine sans certitude.
Et c’est comme ça. Souvent, on va construite notre vie avec notre conjointe notamment avec cette contrainte. Ça fait partie de notre mission d’être mobilisable dans toute la France avec les modalités du concours. Je pense que ce point, il faut le rappeler.
Par oui, du coup, la personne qui passe le concours un peu plus tard avec une femme et des enfants, elle a des points en plus sur son mouvement de mutation par rapport à une personne qui n’en a pas… mais elle n’a pas l’assurance d’être proche de chez elle ni même dans la bonne académie. Ça veut dire, peut-être deux logements à payer une première année pour voir si on arrive à muter après. Demander à son conjoint s’il peut nous rejoindre pour construire sa vie ailleurs.
Tout ça pour dire que même dans un même établissement sur un même poste, les situations peuvent être différentes.
Whaou les souvenirs de voir des EDT comme ça !
Tu as 13 ans d’XP, dans l’éducation nationale seulement ? Tu enseignes dans quel établissement ?
Edition: je m’étais mal compris
# 3. Moi
# 3.1 Ma situation
J’insiste lourdement sur les différences qui existent et sur la difficulté de dire « les profs ». Du coup, je préfère dire, je parle uniquement pour moi et de ma situation.
Elle est favorable. C’est le point de départ. Je suis certifié (j’ai le capès), en poste à plein temps sur un seul établissement. Je suis proche de chez moi. Je suis là où j’aimerai être. J’ai également de la chance d’avoir pour compagne quelqu’un qui ne travaille pas dans l’éduc nat mais qui est urgentiste et gagne très bien sa vie avec des difficultés dans son métier bien supérieur au mienne.
C’est un peu long pour en arriver là, je m’en excuse, mais ça me semblait nécessaire pour proposer une discussion en ayant poser les bases.
# 3.2 Mon EDT
Je vous mets en première image mon EDT (emploi du temps). Il est assez proche de l’année dernière. Je suis plus que content. C’est exactement ce que j’avais demandé. J’avais assez peur avec les barrettes imposées par le chocs des savoirs en 6è et 5è.
J’avais besoin de mon Jeudi aprem pour m’occuper de mon 6ans qui est en situation de handicape et j’avais demandé si possible à ne pas commencer à 8h le mercredi pour la même raison parce que le périscolaire ne peut / veut pas le prendre trop tôt. Les autres jours de la semaine, je vais le récupérer vers 5h / 5h30. Pareil, je veux paraître « facile »pour le périsco, parce qu’on n’est jamais à l’abris qu’on nous dise : « stop, on n’en veut plus, vous trouver un moyen de garde pour le temps pérsco ». Avoir un gamin handicapé à l’école, c’est clairement la sensation d’avoir une épée de Damoclès sur la tête en permanence. Après, c’est cool, ça me permet aussi de poser la 8ans pour ses activités le lundi, jeudi et samedi.
Je ne pense pas demander de changement. J’ai eu ce que je demande. Ça me va. Je ne vais pas chercher à optimiser.
Je pense pouvoir me faire 20/30 min de tours de piste le lundi et une fois sur deux le jeudi matin à 10h. Je pense pouvoir me faire une petite sortie de 45min / 1h le vendredi. J’aime bien courir. C’est un exutoire. Ça me vide la tête. Je me suis remis un peu sport, il y a 2 ans. C’est dur. J’ai bientôt 40ans. Mais je sens qu’en j’ai besoin. J’arrive à nouveau à me faire des sorties (au prix de grosses courbatures) d’une heure avec une vitesse moyenne de 10km/h.
J’aimerai bien essayer le Judo cette année. Je me sens prêt à réessayer de me faire une séance type club. J’ai trouvé un petit club à côté qui propose une séance le lundi. C’est le seul jour de dispo car ma femme ne bosse pas le lundi (pour s’occuper du 6ans), sinon, elle finit trop tard.
Pourquoi je parle de ça ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr mais je voulais commencer avec un point personnel pour dire : « on peut être heureux à l’éduc nat ». C’est mon cas.
Je trouve qu’on peut avoir un bon emploi du temps (pas tous, voir plus haut), on peut être disponible pour sa famille le soir et le matin, pendant les vacances. Parce que dès qu’on a des gosses à l’école… on ne va pas partir hors vacances scolaires. Ce sont des petites choses mais qui n’ont pas de prix. Quoique faire garder les gamins pendant les grandes vacances, ça a un prix… et un dans le champ du handicape comme le mien, faut se lever tôt pour trouver une structure qui l’accueille
# 3.3 Mes journées
Pour beaucoup, quand on dit qu’on bosse en rep, c’est une tannée, «tu voudrais pas des bons élèves? ». C’est un point de vue si on le tient personnellement, je pense qu’on passe à côté de notre mission. Les gamins, il faut bien leur faire cours. Les niveaux que j’ai collège, c’est pas de maths niveau recherche, mais ça reste des mathématiques et ça reste très intéressant de travailler dessus, de réfléchir à comment amener des notions, comment les démontrer avec des outils accessibles. On a encore une très grande liberté sur ce qu’on fait, comment on le fait. Introduire les fractions, c’est passionnant, Pythagore, les Puissances, c’est chouette en fait. Il y a une forme d’élitisme qui consiste à dire : c’est des maths fastouche, pas besoin d’avoir autre chose que le bac pour les enseigner. Mais en fait, je suis pas payé pour faire recopier une page de bouquin. Dans mon taf, il y a aussi réfléchir à comment mettre du rythme à ma séance, comment travailler avec des dynamiques de classes, comment on gère quand on voit que la mayonnaise ne prend pas, comment on continue le cours et qu’on se remet dedans alors qu’on vient de péter une gueulante de l’espace avec les yeux rouges exorbités de colère. Il y a un point philosophique de base, on ne transmets pas une connaissance par qu’on l’a possède mais par qu’on fait en sorte que l’autre se construise un chemin vers elle.
# 3.4 Il y a des moments pas ouf
Ça reste dur,
* c’est pas mal de boulot chez nous.
* De corrections, oui. Pas que des évals, mais les cahiers, des petites def de cours à réciter, des dm…
* mais pas mal aussi de réflexions, de réorganisation de nos séances : « ça, ça a marché », « ça non », « j’ai pas pu faire ça », « faut que je revienne là-dessus », « quand je commence par un petit exo qui met en confiance après, «je peux faire écrire le cours dans le calme »
* C’est pas mal de boulot sur place. Je suis pp, ; en rep. C’est beaucoup de dossier à remplir ; ppre, pap ; mopps pour les intimes. C’est beaucoup de coup de fil aux familles. C’est beaucoup de contact avec l’AS, avec les CPE.
Mais le plus dur, c’est d’être imprégné en permanence par une misère sociale qui nous dépasse. On sait qu’on fait de notre mieux. On sait que ça ne sera pas suffisant. On apprend à vivre avec trop, c’est surtout la fréquence, de situations qui sortent de la normalité. Il y a dans mon établissement, pas spécialement de violence physique, mais beaucoup de violence froide, de violence familiale, de violence dans l’absence d’avenir pour les jeunes. Les gens pensent parce que « moi aussi, j’étais en rep et je m’en suis sortie ou nous aussi dans mon collège on était pauvre et on n’était pas en rep… Mais en fait, non, les gens n’ont pas idée des situations qu’on va rencontrer, qu’on va affronter mais on ne va pas agir. On va faire notre cours sur Pythagore au mieux et c’est ce qu’on attend de nous. J’avais donner quelques exemples l’année dernière. Je ne le fais pas cette année. Mais bon, je sais que ça va être dur. Quand je finis l’année en Juillet, je suis rincé, je suis épuisé moralement surtout. C’est aussi pour ça que je fais ce poste en début d’année. J’ai un peu rechargé les batteries.
# Conclusion
C’est un bon boulot, on peut y trouver notre compte. Oui, il y a des contraintes fortes mais aussi des avantages forts. On peut s’y épanouir facilement. Je n’ai pas envie de seulement voir des postes où on dit que c’est horrible et que plus personne ne devrait. Je pense qu’il mérite mieux parce qu’il propose mieux.
Bonne rentrée.
DOC :
* EDT de cette année : pleins temps, collège, un établissement.
* Fiche de paie Août
* Bulletin de paie 2025
* Impôts (parce que sinon, je me fais trashé sur mon taux de prélèvement)
T’ain, cette misère pour copier, coller des commentaires un peu long sur reddit…
Ça fait beaucoup de maths quand même
T’as que des mathématiques j’espère que le prof est sympa..
Je veux juste dire bravo, j’ai soutenu ma fille en maths au collège pour pas qu’elle abandonne et dans mon expérience (pourtant dans le privé à Paris) le collège c’est là où les gens décrochent très facilement. C’est vraiment important la pédagogie car chacun voit les choses différemment dans sa tête et les maths commencent à y être abstraites. C’est vraiment le truc, savoir présenter la même chose de plusieurs manières, mes propres études d’ingénieur m’y ont bien aidé mais j’imagine pas devoir le faire sur une classe entière.
T’es un putain de prof mec/meuf. C’est rafraîchissant de lire des profs qui expriment leur ressenti de cette manière. Je te remercie pour le travail que tu fais pour nos gosses.
Je te remercie pour ton professionnalisme et je te fais un p’tit bisous au passage. Merci d’exister.
Concernant la partie salaire, les étudiants en prépa peuvent bien profiter de votre experience pour être mieux instruits ( et tu gagnes + de thune avec les heures de khole).
Take it easy, t’es un/une boss. C’est dur d’être prof p’tain
En 2025, ce sont toujours les élèves qu’on fait bouger entre les cours et pas les profs…. Dommage qd même (même si OP voyage pas mal au fil des (demi) jours
Non mais les salles… On est pas tous logés à la même enseigne
Salut,
J’ai quitté le navire il y a quelques temps déjà, mais c’est sympa de voir ton retour. Déjà je suis ravi pour toi que tu sois épanoui dans le métier et que tu arrives à trouver ton compte entre toutes les variables qui peuvent intervenir et changer du tout au tout la physionomie d’une année scolaire. Et ça fait chaud au coeur de voir des collègues qui ont l’air épanouis, heureux et animés par ce qu’ils font. Ca fait remonter énormément de beaux souvenirs.
Un point dans ton retour m’interpelle toutefois :
>alors qu’on vient de péter une gueulante de l’espace avec les yeux rouges exorbités de colère
Même si c’est formulé ainsi comme une image, une représentation parlante pour les redditeurs pour qui les réalités des salles de classe sont loin derrière eux, j’ai déjà pu voir plusieurs collègue réagir très exactement ainsi, donc même si l’image est parlante, elle traduit aussi une réalité qui m’obligent à poser quelques questions :
* Est-ce que cette image est un “témoignage” et décrit donc des réactions qu’il t’arrive d’avoir ou est-ce juste une réaction que tu as pu voir chez d’autres collègues ?
* Comment te positionnes tu, sur le plan professionnel et pédagogique par rapport à ce genre de craquages ?
La raison de ces questions est relativement simple, dans mon cas, j’ai quitté le navire quand j’ai constaté que j’étais moi même un vecteur des violences institutionnelles et symboliques inhérents à l’Education Nationale et au métier d’enseignant. Je me suis vu être et devenir l’enseignant que je ne voulais jamais être : celui qui enfermé dans son quotidien, le nez dans le guidon, est incapable de voir qu’il peut traumatiser certains élèves et en dégoûter d’autres de l’Ecole.
Donc comment tu deals avec ces moments où, dans une situation disciplinaire, on dérape et on sort des clous au regard des exigences du métier ? Quelles travail de remise en question tu envisages dans sa fréquence, sa profondeur, et solutions tu tentes d’apporter ?
J’ai pas de pierre à apporter à l’édifice mais je voulais te remercier d’avoir partagé ton quotidien et ton ressenti de façon aussi détaillée et authentique !
Les revenus de madame atténuent beaucoup de choses mais bravo pour montrer un peu de positif. Je vous souhaite de garder la flamme.
j’ai jamais compris pourquoi les métiers de la fonction publique ne seraient pas non-imposable… vous travaillez (théoriquement) pour l’état, êtes payés avec l’argent du contribuable, alors pourquoi reprendre cet argent? en supprimant l’impôt pour les fonctionnaires (je parle bien de ce qu’ils touchent en salaire pas à coté) ne ferions nous pas des économies sur la gestion des finances? cet absence d’impôt pourrait certes, entrainer une baisse du salaire mais serait amoindrie par ces économies