Share.

    2 commenti

    1. Très surpris par le sujet cette interview, qui ouvre un pan de compréhension inattendu et complémentaire sur la situation autodestructrice actuelle d’Israël.

      _______________________________________________

      **Dan Ben-David, économiste : « Israël a brisé les racines de sa croissance »**

      *Le professeur à l’université de Tel-Aviv affirme, dans un entretien au « Monde », que l’Etat hébreu vit un péril existentiel, conséquence d’années de sous-investissement – en particulier éducatif – et du poids croissant des juifs religieux, qui se placent en dehors de la société israélienne.*
      _______________________________________________

      *Depuis plusieurs années, l’économiste Dan Ben-David, directeur de l’institut Shoresh, au sein de l’université de Tel-Aviv, alerte les dirigeants israéliens sur les fragilités d’Israël. Pour ce spécialiste de macroéconomie, la faiblesse du système éducatif, l’insuffisance des investissements publics et l’évolution démographique des juifs ultraorthodoxes constituent des menaces existentielles pour Israël. L’universitaire prône une réforme en profondeur de l’école et la fin des dérogations scolaires et militaires dont bénéficient les haredim (« craignant Dieu » en hébreu), ces étudiants en religion dont le poids ne cesse d’augmenter dans la société, au point de menacer son équilibre.*

      **Pourquoi êtes-vous si préoccupé par l’avenir d’Israël ?**

      Parce que la direction que nous prenons n’est pas viable et qu’elle est liée au problème principal de notre pays : l’éducation. Lorsque nous examinons nos résultats aux examens PISA (un programme d’évaluation des systèmes éducatifs à travers le monde) dans les disciplines fondamentales (mathématiques, sciences et lecture), l’ensemble des pays développés nous devance.

      C’est terrible, mais c’est en réalité bien pire. Car les statistiques n’incluent pas les élèves masculins haredim : ils n’étudient même pas ces matières, ils ne passent pas d’examens. Rien. Or les haredim représentent près d’un quart des élèves de première année. Si on ajoute les enfants des écoles arabophones, qui représentent aussi un quart des effectifs, près de la moitié des enfants en Israël reçoivent aujourd’hui une éducation comparable à celle des pays en voie de développement. Ce qui rend la situation intenable, c’est que ces deux catégories appartiennent aux segments de la population qui connaissent la plus forte croissance démographique. D’ici deux ou trois décennies, lorsqu’ils deviendront adultes et finiront par constituer la majorité des adultes, ils ne seront pas en mesure de faire vivre un pays développé.

      **Quelles pourraient être les conséquences pour Israël dans un avenir proche ?**

      Une économie pauvre ne peut pas soutenir un système de santé ou un système social de premier ordre. Mais elle ne peut pas non plus soutenir une armée puissante. Nous devons pouvoir nous défendre car beaucoup de gens déclarent ouvertement vouloir rayer Israël de la carte. Si nous ne disposons pas d’une économie solide et d’une population capable de répondre à tous les besoins, l’existence même d’Israël sera alors menacée.

      **Mais Israël présente l’image d’une économie puissante grâce à la haute technologie…**

      Les tendances à long terme sont intenables. Nous avons certaines des meilleures universités au monde, une haute technologie phénoménale, une recherche et des soins médicaux de pointe. Et pourtant, le reste du pays est très, très en retard, et cela tire tout vers le bas. Un petit groupe porte tout le pays sur ses épaules : environ 300 000 personnes travaillant dans les technologies, le médical et les universités, sur 10 millions d’habitants. Si l’on examine la fiscalité, les deux déciles supérieurs, soit les 20 % les plus riches, paient 93 % de l’impôt sur le revenu en Israël. Et ce pourcentage augmente lentement. La moitié des individus en Israël sont si pauvres qu’ils ne paient pas d’impôt sur le revenu.

      La productivité dans le secteur des hautes technologies est supérieure de 25 % à la moyenne de l’OCDE. Mais, pour les autres habitants du pays, elle est inférieure de 40 % à cette moyenne de l’OCDE. Or les hautes technologies ne représentent que 10 % de la main-d’œuvre israélienne. Nous avons donc un petit groupe qui se situe bien au-dessus de la plupart des pays développés, et tous les autres qui se situent bien, bien en dessous.

      **Pourquoi la question démographique est-elle si cruciale ?**

      Il y a urgence, car les tendances actuelles pourraient plonger Israël dans une situation très grave. Si l’on examine les taux de fécondité, la grande majorité des gens ont deux enfants, qu’il s’agisse de Juifs laïques, d’Arabes chrétiens ou de Druzes. Il y a quarante ans, en 1980, trois groupes avaient six enfants par famille : les haredim, les musulmans et les Druzes. Plus les Druzes se sont assimilés, plus leur taux de fécondité a diminué. Pour les musulmans, cela a pris un certain temps, mais leur taux de fécondité est en chute libre (trois aujourd’hui) et continue de baisser.

      Seuls les haredim font exception. En 1980, ils avaient six enfants par famille. Aujourd’hui, ce chiffre est de 6,4. Avec de tels taux de fécondité, leur part dans chaque génération double tous les vingt-cinq ans. C’est exponentiel. Si l’on considère les grands-parents, âgés de 50 à 54 ans, les haredim représentent 6 % de cette tranche d’âge. Deux générations plus tard, leurs petits-enfants représentent déjà 26 %, soit un quart des enfants. Ce n’est pas une projection, ils viennent de naître. Demain, ils seront à l’école. Et après-demain, ils feront partie de la population active et de l’armée – ou pas. Et s’ils ne le font pas, que se passera-t-il ? Qui va travailler ? Qui va défendre Israël ? Qui seront les médecins ?

    2. DramaticSimple4315 on

      Il faut faire attention à ne pas présenter Israel comme un ensemble monolithique et l’économiste l’illustre de très belle façon.

      Je suis de façon générale halluciné par la trajectoire des Haredim, qui constituent un vrai état dans l’état, antithétique à quasiment tout le mouvement intellectuel occidental post-lumières. En plus d’être aux antipodes des extractions historiques des fondateurs d’Israel, à savoir l’intelligentsia ashkénaze d’Europe de l’est.

      Les Haredim eux mêmes sont scindés politiquement, avec un gradient allant des traditions résolument anti-sionistes qui refusent la notion d’état juif avant le retour du messie et demeurent passablement en marge des débats sociétaux (tant que l’on ne touche pas à leurs privilèges), et ceux s’étant acculturés aux sionistes révisionnistes (de la Méditerranée au Jourdain) et entrant régulièrement dans des coalitions d’extrême droite. Enfin, ne pas occulter le fait qu’il existe malgré tout une porosité entre Haredim et autres religeux/laïcs : des jeunes choisissent en des nombres non négligeables de quitter l’ombrelle au prix d’une ostracisation familiale latente.

      Dans tous les cas, ils exercent une gravité considérable sur le barycentre de la politique israélienne. Encore une fois, l’attaque contre l’état de droit et la démocratie de la droite s’effectue sous fond de suprémacisme intégriste religieux, comme aux USA, au Brésil, en Turquie, en Corée du Sud, en Inde….

      Je crois que les relations internationales gravitent à long terme en fonction des affinités rapprochant systèmes politiques et valeurs de différents pays. Compte tenu de la trajectoire sociétale d’Israel, ce pays à moyen terme ne pourra plus maintenir une relation “d’alliance politique et de valeurs” avec l’occident, les contradictions vont devenir intenables en interne. Sauf à se dire que notre trajectoire inclut un triomphe généralisé de l’extrême droite en Europe et une décomposition démocratique.

    Leave A Reply