
Sylvie Laurent, storica: “Il maccartismo era una versione minore di ciò che accade oggi negli Stati Uniti”
https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/10/sylvie-laurent-historienne-le-maccarthysme-etait-une-version-mineure-de-ce-qui-se-joue-aujourd-hui-aux-etats-unis_6645567_3232.html
di redasphilosophy
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Dans une tribune au « Monde », la spécialiste de l’Amérique s’inquiète du climat de suspicion et de répression qui, au nom d’une lutte contre « l’ennemi de l’intérieur », s’installe durablement au pays de Donald Trump.
« N’avez-vous donc aucun sens de la décence, Monsieur ? » Cette question indignée, posée en pleine audition parlementaire par l’avocat de l’armée américaine Joseph N. Welch au sénateur Joseph McCarthy [le 9 juin 1954], sonna la mort politique de celui qui, cinq années durant, avait persécuté simples citoyens, artistes et intellectuels, élus et grandes institutions de son pays, au nom d’une infiltration communiste à conjurer.
En cette fin d’année 1954, le président Dwight D. Eisenhower et le Congrès désavouent alors la croisade d’un homme qui, à la faveur d’un anticommunisme virulent dans l’Amérique des années 1950, présida une commission sénatoriale chargée de traquer, interroger et condamner quiconque est soupçonné de sympathies de gauche. Sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy avait déclaré dès 1950 la guerre aux « ennemis de l’intérieur » – titre de son discours le plus célèbre –, en avait fait le slogan de sa campagne et, plus encore, une raison d’Etat. Il affirmait posséder une liste noire, contenant les noms de milliers d’agents subversifs ayant, prétendait-il, infiltré ministères et agences publiques.
En réalité, McCarthy est loin d’être hérétique. La « chasse aux sorcières » menée par l’Etat américain, faite de fabrication de preuves, d’aveux arrachés, de procédures expéditives et d’intimidations policières, avait débuté dès 1919. Après que des anarchistes italiens avaient menacé des élus, le FBI de J. Edgar Hoover et un procureur avaient en effet orchestré une série de raids punitifs dans 11 villes américaines, ciblant les immigrants italiens et juifs d’Europe de l’Est. Cette opération se solda par plus de 6 000 arrestations. Dans le même esprit, le Congrès se dota en 1938 d’une commission sur les activités antiaméricaines, destinée à réprimer militants noirs, pacifistes ou socialistes.
« Terreur lavande »
McCarthy, s’il n’est pas l’instigateur de cette paranoïa politique, franchit pourtant un cran. Il est l’Etat contre lui-même. Sa cible privilégiée, ce sont les fonctionnaires de tout rang : plus de 1 500 d’entre eux sont révoqués, des centaines démissionnent, et McCarthy s’acharne à accuser les départements d’Etat et de la défense d’abriter sciemment de dangereux conspirateurs à la solde de Moscou.
La « terreur rouge » se double d’une « terreur lavande » : les agents publics homosexuels sont persécutés au nom d’une « déviance » pas moins toxique pour McCarthy que la subversion bolchevique. L’épisode le plus célèbre fut l’exécution en 1953 d’Ethel et Julius Rosenberg, militants juifs et communistes new-yorkais, condamnés pour intelligence avec l’ennemi. Sans preuve, McCarthy obtint dans la foulée le licenciement de 42 ingénieurs civils du laboratoire militaire où travaillait Julius Rosenberg. Incidemment, 39 d’entre eux étaient juifs.
Le mélange de démagogie, de violence politique, de haine de la gauche et de conspirationnisme d’extrême droite qui présida à ce que l’on a rapidement nommé le « maccarthysme » est certainement un épisode fondateur de l’histoire contemporaine des Etats-Unis. Cette période a laissé plus que des traces, le FBI reprenant le flambeau pour justifier jusqu’aux années 1970 l’infiltration, les campagnes de dénigrement et les arrestations sommaires des associations noires et socialistes – souvent confondues – et le harcèlement de militants influents, parmi lesquels Martin Luther King. La paranoïa antigauchiste, lorsqu’elle vise les universités, est par ailleurs devenue un lieu commun républicain.
Arrêtez de dire du mal de Trump, le pauvre doit être effondré aujourd’hui, il n’a pas gagné le prix Nobel de la paix… /s
>Certes, il est tentant de rappeler que le mentor du jeune Donald Trump, le juriste Roy Cohn, fut un très proche de McCarthy et qu’en tant que procureur, c’est lui qui obtint qu’Ethel Rosenberg fut envoyée à la chaise électrique. La filiation est établie.
Faites un détour par la [page wiki de Roy Cohn](https://fr.wikipedia.org/wiki/Roy_Cohn) :
>L’auteur Sam Roberts résume ainsi sa stratégie :
Premièrement, ne transigez jamais, n’abandonnez jamais ; deuxièmement, contre-attaquez immédiatement ; troisièmement, peu importe ce qui arrive, peu importe à quel point vous êtes dans la mouise, revendiquez toujours la victoire[1].
ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?