**Le Rassemblement national domine largement dans les préférences des Français, de quoi en faire le favori de l’élection présidentielle de 2027, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès, à partir de l’enquête annuelle « Fractures françaises », réalisée par Ipsos pour « Le Monde », la Fondation Jean Jaurès, le Cevipof et l’Institut Montaigne.**
Après les élections législatives de 2022 et, davantage encore, de 2024, les partis politiques disposent de pouvoirs plus étendus que jamais depuis les débuts de la Ve République. Dans le même temps, 10 % seulement des Français déclarent leur faire confiance – c’est le plus faible score des vingt institutions testées, 58 points derrière les maires et encore 8 points en dessous de la confiance qu’ils recueillaient en 2022.
Mais la treizième vague de l’enquête « Fractures françaises » va au-delà de la catégorie « partis politiques » considérée de manière abstraite ; elle permet de mesurer le poids et l’image de chacun des partis politiques ; ce faisant, elle éclaire le paysage partisan à 500 jours de l’élection présidentielle de 2027 – et ce d’autant mieux si on compare les résultats aux mêmes questions posées il y a précisément cinq ans, à 500 jours de l’élection présidentielle de 2022.
Le rapport de force entre les principales formations politiques peut se résumer par deux idées simples. Première idée : nous assistons à une « extrême droitisation » des préférences partisanes. Lorsque l’on interroge les Français sur le parti politique dont ils se sentent « le plus proche ou le moins éloigné », il y a le Rassemblement national (RN) et, très loin derrière, tous les autres.
22 % des Français se déclarent sympathisants du RN, 8 % du Parti socialiste (PS) ou de La France insoumise (LFI), 6 % de Renaissance ou des Républicains (LR), 5 % des Ecologistes – les autres partis comme le Parti communiste français, le MoDem, Horizons ou Reconquête rassemblant de 1 % à 3 %. Comparée à 2020, l’évolution est spectaculaire : si le PS ou LFI sont à peu près stables, les Ecologistes, Renaissance et LR perdent un peu plus ou un peu moins de 6 points de pourcentage chacun, quand le RN en gagne 8.
**Droitisation de la société**
Deuxième idée : nous assistons à une « droitisation » des autopositionnements politiques. Le positionnement choisi par les Français sur une échelle gauche droite (0 pour « très à gauche » et 10 pour « très à droite ») jette en effet une ombre sur les thèses réfutant la droitisation de la société française.
Les Français se positionnent à 28 % à gauche (entre 0 et 4) et à 41 % à droite (entre 6 et 10) – le reste se répartissant entre les 18 % qui choisissent la case centrale (5) et les 13 % qui « ne se prononcent pas ». Comparées à 2020, la gauche recule un peu (-2 points) et la droite progresse nettement (+ 6,5 points). Elle est d’autant plus dominante qu’il faut y ajouter la petite moitié des 18 % de Français qui choisissent la case 5 tout en se considérant « ni de gauche ni de droite » car les études électorales attestent que cette catégorie vote largement à l’extrême droite.
L’image relative des partis politiques constitue un autre enseignement précieux de cette enquête. Nous pouvons concentrer notre regard sur « leur force d’attraction » – c’est-à-dire les réponses aux questions de savoir si « la société que prône chaque parti est globalement celle dans laquelle je souhaite vivre » et si chaque parti est « capable de gouverner le pays » ? Ce couple « désirabilité/crédibilité » dessine un paysage au scalpel. La désirabilité ? Avec 38 %, c’est la société proposée par le RN qui est désormais la plus désirable – 5 points devant le PS qui arrive en deuxième position. En 2020, le projet de société du RN ne recueillait que 27 % et arrivait en cinquième position.
**Progression du RN**
La crédibilité ? Avec 47 %, le RN n’est plus devancé que par LR – d’un point à peine – et devance le parti au pouvoir depuis 2017 de… 17 points. Voilà qui devrait faire réfléchir tous ceux qui, à droite, pensent efficace de placer le débat contre le RN sur le terrain de la compétence et non sur celui des valeurs ou du projet. Si l’on met en perspective ces résultats, en les comparant à ceux de 2020, on mesure aussi l’ampleur de la progression relative du RN. Dans le même temps en effet, Les Ecologistes et Renaissance se sont affaissés – Les Ecologistes ont perdu 13 points sur la désirabilité de leur projet, Renaissance a perdu 13 points de crédibilité et partage avec LFI la plus faible désirabilité.
Nous pouvons, symétriquement, nous concentrer sur « la force de répulsion » des différents partis et c’est alors l’image relative du RN et de LFI qui doit être analysée. Pour une nette majorité de Français, l’un et l’autre peuvent être considérés comme des partis « extrêmes » – 66 % qualifient le RN de parti d’extrême droite et 70 % LFI de parti d’extrême gauche.
Deux autres questions, en revanche, différencient et départagent le RN et LFI. « Attisent-ils la violence ? » 50 % répondent par l’affirmative pour le RN et 68 % pour LFI. Sont-ils « dangereux pour la démocratie » ? 49 % répondent par l’affirmative pour le RN et 64 % pour LFI. L’évolution, là encore, est spectaculaire. Par rapport à 2022 – c’est-à-dire depuis l’entrée en force de ces deux formations à l’Assemblée nationale –, la situation s’est inversée et les écarts se creusent année après année…
En définitive, l’analyse de l’image des partis politiques apporte un double éclairage. S’agissant du passé, on comprend que le Front républicain a fonctionné en 2024 parce que le « danger RN » était pour les Français non pas le plus éminent mais le plus imminent. S’agissant du futur, même si rien n’est évidemment joué, même s’il y a bien du chemin pour passer du parti au candidat, même si la campagne électorale va faire bouger les lignes, il faut regarder la réalité telle qu’elle est : le RN est aujourd’hui le favori de la prochaine élection présidentielle.
No-Bodybuilder1270 on
>**Le Rassemblement national domine largement dans les préférences des Français**
L’abbé Pierre aussi, pendant un moment.
sacado on
C’est évidemment très inquiétant, mais ne paniquons pas trop non plus.
Le RN est un bel exemple de ce que l’on appelle un perdant de Condorcet. C’est à la fois le chouchou d’une majorité relative des Français, et le parti le plus détesté d’une majorité absolue de Français (peut-être que LFI perdrait face au RN, mais je n’en suis même pas sûr).
Dans un système à un tour, il arrive en tête (cf les européennes par exemple). Mais dans un système à deux tours, ou avec d’autres systèmes de vote (vote par approbation, jugement majoritaire ou autre), au niveau national il perd systématiquement face à n’importe qui d’autre. C’est le fameux plafond de verre qu’ils auront du mal à transpercer aux présidentielles, et c’est entre autres pour cela qu’ils réclament une part de proportionnelle (voire une prime au vainqueur) aux législatives : cela leur profiterait.
On n’en est pas arrivé au stade où une majorité absolue des électeurs préfèrerait le RN à la plupart des candidats susceptibles d’arriver au second tour, même s’ils passaient le premier tour largement en tête.
Enfin méfiance quand-même.
Atiscomin on
Merci u/Folivao pour le rapport complet !
Moi encore une fois, j’émets des doutes sur la fiabilité de ce genre de sondages commandés et réalisés sur leur plateforme en ligne.
Dans leur méthodologie, ils parlent de pondération de l’échantillon en fonction de différents facteurs qui me paraissent pertinents, pourtant j’aurais aimé connaître la pondération exacte en fonction des facteurs choisis.
De plus j’aurais voulu connaître la composition de l’échantillon, je suis assez persuadé qu’ils ont un angle mort terrible là-dessus, et ce malgré leur pondération. Si quelqu’un a le chiffrage précis je suis preneur.
Enfin, leur méthode de contact des répondants, de mon point de vue, exclut de facto certaines catégories sociales.
Bref, à prendre avec des pincettes, comme d’habitude, sans pour autant le disqualifier complètement :
Si il s’avère finalement que les conclusions du sondage sont parfaitement exactes, il faut s’attaquer aux causes. Typiquement la banalisation du discours d’ED par les personnes dépositaires d’une parole publique généralisée qui, pour moi, est le premier facteur.
DramaticSimple4315 on
Le front republicain est enterré pour cause d’irrespect de la part du president qui y a eu recours deux fois pour se faire elire. A droite, on ne votera pour un candidat de gauche, comme deja demontré de maintes fois.
Donc dans ces conditions la participation au 2nd tour en 2027 sera historiquement faible. Et la decision se jouera dans un mouchoir de poche. Que l’exd finisse a 45% ou 51% dependra des evenements restant a ecrire d’ici 18 mois ainsi que des dynamiques de campagnes.
6 commenti
[Le résultat de l’enquête est disponible ici](https://www.ipsos.com/fr-fr/fractures-francaises-2025) (attention, le lien lance le téléchargement de l’enquête au format PDF)
**Le Rassemblement national domine largement dans les préférences des Français, de quoi en faire le favori de l’élection présidentielle de 2027, analyse Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean Jaurès, à partir de l’enquête annuelle « Fractures françaises », réalisée par Ipsos pour « Le Monde », la Fondation Jean Jaurès, le Cevipof et l’Institut Montaigne.**
Après les élections législatives de 2022 et, davantage encore, de 2024, les partis politiques disposent de pouvoirs plus étendus que jamais depuis les débuts de la Ve République. Dans le même temps, 10 % seulement des Français déclarent leur faire confiance – c’est le plus faible score des vingt institutions testées, 58 points derrière les maires et encore 8 points en dessous de la confiance qu’ils recueillaient en 2022.
Mais la treizième vague de l’enquête « Fractures françaises » va au-delà de la catégorie « partis politiques » considérée de manière abstraite ; elle permet de mesurer le poids et l’image de chacun des partis politiques ; ce faisant, elle éclaire le paysage partisan à 500 jours de l’élection présidentielle de 2027 – et ce d’autant mieux si on compare les résultats aux mêmes questions posées il y a précisément cinq ans, à 500 jours de l’élection présidentielle de 2022.
Le rapport de force entre les principales formations politiques peut se résumer par deux idées simples. Première idée : nous assistons à une « extrême droitisation » des préférences partisanes. Lorsque l’on interroge les Français sur le parti politique dont ils se sentent « le plus proche ou le moins éloigné », il y a le Rassemblement national (RN) et, très loin derrière, tous les autres.
22 % des Français se déclarent sympathisants du RN, 8 % du Parti socialiste (PS) ou de La France insoumise (LFI), 6 % de Renaissance ou des Républicains (LR), 5 % des Ecologistes – les autres partis comme le Parti communiste français, le MoDem, Horizons ou Reconquête rassemblant de 1 % à 3 %. Comparée à 2020, l’évolution est spectaculaire : si le PS ou LFI sont à peu près stables, les Ecologistes, Renaissance et LR perdent un peu plus ou un peu moins de 6 points de pourcentage chacun, quand le RN en gagne 8.
**Droitisation de la société**
Deuxième idée : nous assistons à une « droitisation » des autopositionnements politiques. Le positionnement choisi par les Français sur une échelle gauche droite (0 pour « très à gauche » et 10 pour « très à droite ») jette en effet une ombre sur les thèses réfutant la droitisation de la société française.
Les Français se positionnent à 28 % à gauche (entre 0 et 4) et à 41 % à droite (entre 6 et 10) – le reste se répartissant entre les 18 % qui choisissent la case centrale (5) et les 13 % qui « ne se prononcent pas ». Comparées à 2020, la gauche recule un peu (-2 points) et la droite progresse nettement (+ 6,5 points). Elle est d’autant plus dominante qu’il faut y ajouter la petite moitié des 18 % de Français qui choisissent la case 5 tout en se considérant « ni de gauche ni de droite » car les études électorales attestent que cette catégorie vote largement à l’extrême droite.
L’image relative des partis politiques constitue un autre enseignement précieux de cette enquête. Nous pouvons concentrer notre regard sur « leur force d’attraction » – c’est-à-dire les réponses aux questions de savoir si « la société que prône chaque parti est globalement celle dans laquelle je souhaite vivre » et si chaque parti est « capable de gouverner le pays » ? Ce couple « désirabilité/crédibilité » dessine un paysage au scalpel. La désirabilité ? Avec 38 %, c’est la société proposée par le RN qui est désormais la plus désirable – 5 points devant le PS qui arrive en deuxième position. En 2020, le projet de société du RN ne recueillait que 27 % et arrivait en cinquième position.
**Progression du RN**
La crédibilité ? Avec 47 %, le RN n’est plus devancé que par LR – d’un point à peine – et devance le parti au pouvoir depuis 2017 de… 17 points. Voilà qui devrait faire réfléchir tous ceux qui, à droite, pensent efficace de placer le débat contre le RN sur le terrain de la compétence et non sur celui des valeurs ou du projet. Si l’on met en perspective ces résultats, en les comparant à ceux de 2020, on mesure aussi l’ampleur de la progression relative du RN. Dans le même temps en effet, Les Ecologistes et Renaissance se sont affaissés – Les Ecologistes ont perdu 13 points sur la désirabilité de leur projet, Renaissance a perdu 13 points de crédibilité et partage avec LFI la plus faible désirabilité.
Nous pouvons, symétriquement, nous concentrer sur « la force de répulsion » des différents partis et c’est alors l’image relative du RN et de LFI qui doit être analysée. Pour une nette majorité de Français, l’un et l’autre peuvent être considérés comme des partis « extrêmes » – 66 % qualifient le RN de parti d’extrême droite et 70 % LFI de parti d’extrême gauche.
Deux autres questions, en revanche, différencient et départagent le RN et LFI. « Attisent-ils la violence ? » 50 % répondent par l’affirmative pour le RN et 68 % pour LFI. Sont-ils « dangereux pour la démocratie » ? 49 % répondent par l’affirmative pour le RN et 64 % pour LFI. L’évolution, là encore, est spectaculaire. Par rapport à 2022 – c’est-à-dire depuis l’entrée en force de ces deux formations à l’Assemblée nationale –, la situation s’est inversée et les écarts se creusent année après année…
En définitive, l’analyse de l’image des partis politiques apporte un double éclairage. S’agissant du passé, on comprend que le Front républicain a fonctionné en 2024 parce que le « danger RN » était pour les Français non pas le plus éminent mais le plus imminent. S’agissant du futur, même si rien n’est évidemment joué, même s’il y a bien du chemin pour passer du parti au candidat, même si la campagne électorale va faire bouger les lignes, il faut regarder la réalité telle qu’elle est : le RN est aujourd’hui le favori de la prochaine élection présidentielle.
>**Le Rassemblement national domine largement dans les préférences des Français**
L’abbé Pierre aussi, pendant un moment.
C’est évidemment très inquiétant, mais ne paniquons pas trop non plus.
Le RN est un bel exemple de ce que l’on appelle un perdant de Condorcet. C’est à la fois le chouchou d’une majorité relative des Français, et le parti le plus détesté d’une majorité absolue de Français (peut-être que LFI perdrait face au RN, mais je n’en suis même pas sûr).
Dans un système à un tour, il arrive en tête (cf les européennes par exemple). Mais dans un système à deux tours, ou avec d’autres systèmes de vote (vote par approbation, jugement majoritaire ou autre), au niveau national il perd systématiquement face à n’importe qui d’autre. C’est le fameux plafond de verre qu’ils auront du mal à transpercer aux présidentielles, et c’est entre autres pour cela qu’ils réclament une part de proportionnelle (voire une prime au vainqueur) aux législatives : cela leur profiterait.
On n’en est pas arrivé au stade où une majorité absolue des électeurs préfèrerait le RN à la plupart des candidats susceptibles d’arriver au second tour, même s’ils passaient le premier tour largement en tête.
Enfin méfiance quand-même.
Merci u/Folivao pour le rapport complet !
Moi encore une fois, j’émets des doutes sur la fiabilité de ce genre de sondages commandés et réalisés sur leur plateforme en ligne.
Dans leur méthodologie, ils parlent de pondération de l’échantillon en fonction de différents facteurs qui me paraissent pertinents, pourtant j’aurais aimé connaître la pondération exacte en fonction des facteurs choisis.
De plus j’aurais voulu connaître la composition de l’échantillon, je suis assez persuadé qu’ils ont un angle mort terrible là-dessus, et ce malgré leur pondération. Si quelqu’un a le chiffrage précis je suis preneur.
Enfin, leur méthode de contact des répondants, de mon point de vue, exclut de facto certaines catégories sociales.
Bref, à prendre avec des pincettes, comme d’habitude, sans pour autant le disqualifier complètement :
Si il s’avère finalement que les conclusions du sondage sont parfaitement exactes, il faut s’attaquer aux causes. Typiquement la banalisation du discours d’ED par les personnes dépositaires d’une parole publique généralisée qui, pour moi, est le premier facteur.
Le front republicain est enterré pour cause d’irrespect de la part du president qui y a eu recours deux fois pour se faire elire. A droite, on ne votera pour un candidat de gauche, comme deja demontré de maintes fois.
Donc dans ces conditions la participation au 2nd tour en 2027 sera historiquement faible. Et la decision se jouera dans un mouchoir de poche. Que l’exd finisse a 45% ou 51% dependra des evenements restant a ecrire d’ici 18 mois ainsi que des dynamiques de campagnes.
Bref, l’EXD peut gagner desormais.
Kamoulox