> **Emmanuel Macron et ses espions : l’odyssée secrète de Paul Soler au Kremlin**
> Bonnes feuilles. Russie, Ukraine, Israël, Iran… Le chef de l’Etat adore commander les agents secrets, comme le révèlent les journalistes Pierre Gastineau et Antoine Izambard dans leur livre-enquête, “Les espions du président”.
> Des espions partout. En quelques jours, Emmanuel Macron a nommé deux anciens cadres des services secrets au plus haut niveau de l’Etat. Laurent Nuñez, ex-directeur de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) puis coordonnateur du renseignement à l’Elysée, est devenu ministre de l’Intérieur ; Patrice Faure, ex-militaire de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) l’a remplacé comme préfet de police de Paris, le 23 octobre. Doublé inédit. “Depuis le retour du terrorisme en France, le passage dans ces structures est devenu un plus”, avance un préfet, ex-dirigeant de la sphère du renseignement. Un atout sur le CV… en premier lieu aux yeux d’un chef de l’Etat passionné d’espionnage.
> Dans un livre-enquête palpitant, Les espions du président (Albin Michel), à paraître ce jeudi 6 novembre, les journalistes Antoine Izambard et Pierre Gastineau, rédacteur en chef et grand reporter à Intelligence Online, retracent l’obsession d’Emmanuel Macron pour le renseignement. Plus qu’aucun autre président sous la Ve République, il s’immerge dans les notes des agents secrets, ordonne des opérations d’espionnage. Sous son commandement, la DGSE apporte un appui discret à Danone, menacé par des intérêts étrangers ; on découvre aussi, avec stupéfaction, les rendez-vous à Beyrouth entre Bernard Emié, le patron du service secret extérieur, et Hassan Nasrallah, feu le dirigeant du Hezbollah : après le 7-Octobre, le maître-espion français est conduit, sans son officier de sécurité et les yeux bandés, dans un lieu secret. Un coup d’éclat “insensé”, jaseront certains conseillers de l’Elysée.
> **Le jour où la Russie attaque**
> 24 février 2022, 4 heures du matin. Emmanuel Macron se fait réveiller par un appel sur son téléphone sécurisé. Au bout du fil, son aide de camp, fébrile, l’informe que les forces armées russes sont entrées en Ukraine. Vladimir Poutine vient de l’annoncer à la télévision russe via un court message. Le chef de l’Etat français vit sa plus grave crise depuis son élection en 2017. La grande histoire frappe à la porte du plus jeune président de la Ve République, le premier à ne pas avoir accompli son service militaire, mais probablement celui qui aura le plus aimé la compagnie des espions.
> Selon le récit qu’en fait la cellule diplomatique, l’escouade de diplomates placés auprès du président pour mettre en musique sa politique étrangère, c’est un de ses membres qui a le premier informé l’aide de camp pour lui demander de réveiller le chef de l’Etat. Cela grâce à un SMS nocturne d’un diplomate français en poste à Moscou qui vient de regarder le discours de Poutine. En réalité, le président s’est endormi en connaissant l’inéluctable. L’épisode n’a jamais été raconté : quelques heures avant, la Direction du renseignement militaire (DRM) a transmis à l’état-major particulier du président, l’organe militaire logé à l’Élysée, une note se fondant sur de l’imagerie satellite détaillant les ultimes mouvements de troupes en prévision de l’offensive qui vient. Au soir du 23 février, parmi les militaires et les espions du Château, on comprend que l’inévitable va se produire dans les heures qui viennent.
> Au matin du 24, après ce réveil musclé, Emmanuel Macron convoque aussitôt un conseil de défense, le temps de mettre en branle tous les services régaliens de l’Etat et d’établir un premier état des lieux. Les conseillers du président sont sur le pont, certains encore sous le choc. Les militaires en poste au Château se souviennent encore d’une conseillère diplomatique, trentenaire, totalement décontenancée, répétant dans les couloirs : “Je n’ai jamais vu une crise pareille.”
> Se réunissent dès 9h30, assis face au président et à son secrétaire général Alexis Kohler : le Premier ministre Jean Castex et son directeur de cabinet Nicolas Revel, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, la ministre des Armées Florence Parly, le chef d’état-major Thierry Burkhard. A gauche du président se tiennent ses conseillers diplomatiques (Emmanuel Bonne) et militaire (Jean-Philippe Rolland). En bout de table à sa droite, le chef des services secrets, Bernard Émié, est également présent. Les participants sont quasiment au coude à coude et occupent tout l’espace du PC Jupiter. Après 70 mètres de descente sous l’Elysée, ce petit bunker antiatomique, inaccessible aux personnes non pourvues d’une habilitation de sécurité, est le cénacle des réunions les plus secrètes de la République.
> Pour le président, il faut frapper fort, l’heure est à “la plus grande sévérité” selon ses termes. Derrière l’allure martiale du chef de l’Etat – aucun des présents ne mise alors un kopeck sur une résistance de l’Ukraine de plus de quelques jours –, il s’agit surtout de laver un double affront majeur. D’une part, l’offensive de Vladimir Poutine sape l’intense effort diplomatique mené depuis 2018 d’un jeune président qui pensait pouvoir charmer un ancien colonel du KGB devenu le maître du Kremlin. D’autre part, au-delà du chef de l’Etat, c’est aussi une immense gifle à tout l’appareil régalien français dont il convient de restaurer l’honneur, tant ce dernier s’était persuadé que Poutine ne mènerait pas une guerre d’invasion de l’Ukraine. Cela à rebours de toutes les données partagées par le renseignement américain, dont le président se méfie, mais aussi des signaux faibles transmis par plusieurs pays alliés d’Europe de l’Est, mieux renseignés sur la Russie que la France. Celle-ci les voit encore comme des “paranoïaques antirusses”, pour reprendre une expression entendue alors d’un ancien directeur du renseignement militaire.
> L’ordre de bataille tactique russe est pourtant intercepté par les Etats-Unis, selon nos informations, le 18 février. A partir de là, le Kremlin décide quand il le souhaite de donner son “go” final pour entrer dans le pays. Mais encore le 20, le 21, le 22, le 23, Paris veut se persuader que Poutine ne le fera pas. Les ultimes conseils de défense avant l’offensive du 24 concluent eux aussi que le président russe n’ira pas – “L’Ukraine est un trop gros morceau pour la Russie”, y entend-on. Puisque c’est l’intime conviction du Château, les chefs du renseignement chargés d’apporter leur concours se mettent aussi au diapason. Dans les services de renseignement, ce jour-là, certains ont relu Charles Péguy : “Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.” Ici, rien de moins qu’une invasion à grande échelle.
1 commento
C’est une réédition dans l’Express d’une partie du dossier “Macron, maître-espion” de Intelligence Online en lien avec la sortie d’un livre par les auteurs sur le même sujet. L’article actualise et fait une synthèse de 2 épisodes du dossier, ceux sur [l’appétance personnel d’Emmanuel Macron pour l’espionnage et la réforme de la CNRLT](https://www.intelligenceonline.fr/europe-russie/2025/03/31/emmanuel-macron-le-president-qui-aimait-les-espions,110404612-evg) et le rôle de [Paul Soler](https://www.intelligenceonline.fr/europe-russie/2025/04/04/paul-soler-l-homme-des-missions-secretes-d-emmanuel-macron,110407944-gra)
> **Emmanuel Macron et ses espions : l’odyssée secrète de Paul Soler au Kremlin**
> Bonnes feuilles. Russie, Ukraine, Israël, Iran… Le chef de l’Etat adore commander les agents secrets, comme le révèlent les journalistes Pierre Gastineau et Antoine Izambard dans leur livre-enquête, “Les espions du président”.
> Des espions partout. En quelques jours, Emmanuel Macron a nommé deux anciens cadres des services secrets au plus haut niveau de l’Etat. Laurent Nuñez, ex-directeur de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) puis coordonnateur du renseignement à l’Elysée, est devenu ministre de l’Intérieur ; Patrice Faure, ex-militaire de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) l’a remplacé comme préfet de police de Paris, le 23 octobre. Doublé inédit. “Depuis le retour du terrorisme en France, le passage dans ces structures est devenu un plus”, avance un préfet, ex-dirigeant de la sphère du renseignement. Un atout sur le CV… en premier lieu aux yeux d’un chef de l’Etat passionné d’espionnage.
> Dans un livre-enquête palpitant, Les espions du président (Albin Michel), à paraître ce jeudi 6 novembre, les journalistes Antoine Izambard et Pierre Gastineau, rédacteur en chef et grand reporter à Intelligence Online, retracent l’obsession d’Emmanuel Macron pour le renseignement. Plus qu’aucun autre président sous la Ve République, il s’immerge dans les notes des agents secrets, ordonne des opérations d’espionnage. Sous son commandement, la DGSE apporte un appui discret à Danone, menacé par des intérêts étrangers ; on découvre aussi, avec stupéfaction, les rendez-vous à Beyrouth entre Bernard Emié, le patron du service secret extérieur, et Hassan Nasrallah, feu le dirigeant du Hezbollah : après le 7-Octobre, le maître-espion français est conduit, sans son officier de sécurité et les yeux bandés, dans un lieu secret. Un coup d’éclat “insensé”, jaseront certains conseillers de l’Elysée.
> **Le jour où la Russie attaque**
> 24 février 2022, 4 heures du matin. Emmanuel Macron se fait réveiller par un appel sur son téléphone sécurisé. Au bout du fil, son aide de camp, fébrile, l’informe que les forces armées russes sont entrées en Ukraine. Vladimir Poutine vient de l’annoncer à la télévision russe via un court message. Le chef de l’Etat français vit sa plus grave crise depuis son élection en 2017. La grande histoire frappe à la porte du plus jeune président de la Ve République, le premier à ne pas avoir accompli son service militaire, mais probablement celui qui aura le plus aimé la compagnie des espions.
> Selon le récit qu’en fait la cellule diplomatique, l’escouade de diplomates placés auprès du président pour mettre en musique sa politique étrangère, c’est un de ses membres qui a le premier informé l’aide de camp pour lui demander de réveiller le chef de l’Etat. Cela grâce à un SMS nocturne d’un diplomate français en poste à Moscou qui vient de regarder le discours de Poutine. En réalité, le président s’est endormi en connaissant l’inéluctable. L’épisode n’a jamais été raconté : quelques heures avant, la Direction du renseignement militaire (DRM) a transmis à l’état-major particulier du président, l’organe militaire logé à l’Élysée, une note se fondant sur de l’imagerie satellite détaillant les ultimes mouvements de troupes en prévision de l’offensive qui vient. Au soir du 23 février, parmi les militaires et les espions du Château, on comprend que l’inévitable va se produire dans les heures qui viennent.
> Au matin du 24, après ce réveil musclé, Emmanuel Macron convoque aussitôt un conseil de défense, le temps de mettre en branle tous les services régaliens de l’Etat et d’établir un premier état des lieux. Les conseillers du président sont sur le pont, certains encore sous le choc. Les militaires en poste au Château se souviennent encore d’une conseillère diplomatique, trentenaire, totalement décontenancée, répétant dans les couloirs : “Je n’ai jamais vu une crise pareille.”
> Se réunissent dès 9h30, assis face au président et à son secrétaire général Alexis Kohler : le Premier ministre Jean Castex et son directeur de cabinet Nicolas Revel, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, la ministre des Armées Florence Parly, le chef d’état-major Thierry Burkhard. A gauche du président se tiennent ses conseillers diplomatiques (Emmanuel Bonne) et militaire (Jean-Philippe Rolland). En bout de table à sa droite, le chef des services secrets, Bernard Émié, est également présent. Les participants sont quasiment au coude à coude et occupent tout l’espace du PC Jupiter. Après 70 mètres de descente sous l’Elysée, ce petit bunker antiatomique, inaccessible aux personnes non pourvues d’une habilitation de sécurité, est le cénacle des réunions les plus secrètes de la République.
> Pour le président, il faut frapper fort, l’heure est à “la plus grande sévérité” selon ses termes. Derrière l’allure martiale du chef de l’Etat – aucun des présents ne mise alors un kopeck sur une résistance de l’Ukraine de plus de quelques jours –, il s’agit surtout de laver un double affront majeur. D’une part, l’offensive de Vladimir Poutine sape l’intense effort diplomatique mené depuis 2018 d’un jeune président qui pensait pouvoir charmer un ancien colonel du KGB devenu le maître du Kremlin. D’autre part, au-delà du chef de l’Etat, c’est aussi une immense gifle à tout l’appareil régalien français dont il convient de restaurer l’honneur, tant ce dernier s’était persuadé que Poutine ne mènerait pas une guerre d’invasion de l’Ukraine. Cela à rebours de toutes les données partagées par le renseignement américain, dont le président se méfie, mais aussi des signaux faibles transmis par plusieurs pays alliés d’Europe de l’Est, mieux renseignés sur la Russie que la France. Celle-ci les voit encore comme des “paranoïaques antirusses”, pour reprendre une expression entendue alors d’un ancien directeur du renseignement militaire.
> L’ordre de bataille tactique russe est pourtant intercepté par les Etats-Unis, selon nos informations, le 18 février. A partir de là, le Kremlin décide quand il le souhaite de donner son “go” final pour entrer dans le pays. Mais encore le 20, le 21, le 22, le 23, Paris veut se persuader que Poutine ne le fera pas. Les ultimes conseils de défense avant l’offensive du 24 concluent eux aussi que le président russe n’ira pas – “L’Ukraine est un trop gros morceau pour la Russie”, y entend-on. Puisque c’est l’intime conviction du Château, les chefs du renseignement chargés d’apporter leur concours se mettent aussi au diapason. Dans les services de renseignement, ce jour-là, certains ont relu Charles Péguy : “Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.” Ici, rien de moins qu’une invasion à grande échelle.