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  1. Éric Brion a été fait chevalier de l’ordre national du Mérite le 2 avril. L’ex-directeur de la chaîne Equidia avait été le premier visé par le mouvement #BalanceTonPorc en 2017, pour des propos sexuels. Interrogée, la ministre Astrid Panosyan-Bouvet n’y voit aucun problème.

    « Au nom du président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, nous vous faisons chevalier de l’ordre national du Mérite. » Le 2 avril, Éric Brion, qui fut le premier homme mis en cause au déclenchement du mouvement #BalanceTonPorc en France, pour des propos sexuels, a été décoré de la prestigieuse médaille par la ministre du travail, Astrid Panosyan-Bouvet.

    C’est Éric Brion lui-même qui a relayé l’information sur sa page LinkedIn, en partageant une vidéo du moment où la ministre lui épingle l’insigne. « Un moment d’une immense émotion », a écrit l’ancien directeur de la chaîne Equidia, félicité par des personnalités de la télévision comme la productrice Alexia Laroche-Joubert, ou son « ami » Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+.

    Dans les commentaires, certains ont salué une distinction « amplement méritée », mais aussi « une belle revanche » et une « une juste réhabilitation après de tristes campagnes contre [lui] ».

    À quel titre, et pour quels accomplissements, Éric Brion a-t-il reçu cette récompense ? Questionné par Mediapart, le cabinet de la ministre met en avant « son engagement professionnel » au sein de différentes chaînes de télévision au fil des années, notamment « comme dirigeant chez Equidia », mais aussi son « engagement plus large pour la filière comme fondateur de l’Association des chaînes du câble et du satellite [devenue l’Association des chaînes conventionnées éditrices de services (ACCES) – ndlr], qu’il a présidé de 2004 à 2008 ».

    L’entourage de la ministre précise aussi que cette décoration avait été décidée douze ans plus tôt, le 14 novembre 2013, « par le président de la République François Hollande, sur proposition de la ministre de la culture Aurélie Filippetti », alors qu’il terminait son mandat de président de l’ACCES.

    « J’ai attendu douze ans pour me la faire remettre. Et rassembler mes amis et ma famille. Est-ce que cela mérite un article ? Pas sûr », nous répond de son côté Éric Brion.

    Sans avoir le souvenir de cette décision, Aurélie Filippetti estime que « c’est tout à fait possible » : « Nous recevions des listes de noms pour les décorations, proposés par untel ou untel. Ce devait être, comme cela se fait communément, une forme de gratification symbolique à la fin d’un mandat. En tout cas, ce n’était pas un choix personnel de ma part, car je ne connais pas Éric Brion. »

    Surtout, c’était quatre ans avant que ne soient révélés ses propos sexuels à l’encontre de la journaliste Sandra Muller, précise l’ancienne ministre socialiste.

    **Des propos sexuels dénoncés en 2017**

    Éric Brion est celui qui, le premier, a été visé par le mot-dièse #BalanceTonPorc, en octobre 2017, en pleine onde de choc #MeToo. Dans le sillage de l’affaire Weinstein et des centaines de milliers de témoignages de violences sexistes et sexuelles sur les réseaux sociaux, Sandra Muller, directrice éditoriale de La Lettre de l’audiovisuel, avait rapporté sur Twitter (devenu X) les propos sexuels que lui avait tenus l’ex-directeur de la chaîne Equidia, lors d’un événement professionnel : « “Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit” Eric Brion ex-patron de Équidia #balancetonporc. »

    Quelques heures plus tôt, la journaliste avait posté : « #balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent [sic] sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends. » Ces deux posts avaient lancé le mouvement : en un an, « 931 240 tweets étaient publiés sur #balancetonporc et 18 millions sur #MeToo », a comptabilisé la cour d’appel de Paris en 2021.

    Si Éric Brion a reconnu avoir prononcé ce type de propos, concédant avoir été « lourdingue », « couillon » et avoir « mal agi », il a démenti tout « harcèlement sexuel », faisant valoir qu’il n’avait pas réitéré ses paroles et qu’il s’était excusé. Dans une réponse très médiatisée, de la matinale de France Inter à un portrait dans Libération, en passant par BFM TV, Quotidien, des entretiens dans Le Point, EuroNews, etc., il s’est plaint que sa vie soit « détruite pour quelques mots grossiers » – une condamnation à la « mort sociale », a-t-il dénoncé.

    Celui qui est aujourd’hui délégué général de l’ACCES a aussi estimé que « #BalanceTonPorc, c’est de la délation », tout en renvoyant la responsabilité sur Sandra Muller : « J’espère que tu peux te regarder dans la glace quand tu repenses à ce que tu as fait. » En 2020, il a écrit un livre, intitulé Balance ton père. Lettre à mes filles du premier accusé de #Balancetonporc (JC Lattès).

    Devant la justice, il a attaqué Sandra Müller en diffamation. En 2019, le tribunal a condamné celle-ci à verser 15 000 euros de dommages et intérêts au plaignant au titre du préjudice moral, 5 000 euros au titre des frais de justice, à retirer le post litigieux et à publier des communiqués judiciaires sur son compte Twitter et dans deux organes de presse.

    Mais en 2021, la décision a été infirmée par la cour d’appel de Paris, qui a au contraire reconnu la « bonne foi » et le « but légitime » de la démarche de la journaliste : « L’appel à la dénonciation de ces agressions sexuelles ou sexistes – qui ne se confond pas avec la délation, inspirée par des motifs méprisables – demeure légitime », précisait l’arrêt. L’année suivante, la Cour de cassation, plus haute juridiction de France, a débouté définitivement l’ex-patron de la chaîne Equidia.

    « C’est un grand soulagement de voir ce parcours du combattant prendre fin, avec une consécration de la liberté d’expression », avait alors réagi Sandra Muller auprès de Mediapart, saluant une décision qui, bien au-delà de son cas personnel, allait « donner beaucoup d’espoir à des victimes qui n’en ont plus ».

    Sollicitée jeudi par Mediapart au sujet de la décoration d’Éric Brion, la journaliste, qui vit à New York, s’est dite « choquée » : « J’ai été réveillée dans la nuit, avec le décalage horaire, par le message d’une amie qui m’a avertie de la décoration de M. Brion et j’ai été plus que troublée. »

    Les propos qu’il a tenus à l’égard de Sandra Muller ont-ils, à un moment, dissuadé la ministre de lui remettre l’ordre national du Mérite ? « Non », répond laconiquement son cabinet à Mediapart.

    Si Éric Brion a – évidemment – le droit de poursuivre sa carrière, c’est le fait que l’État le récompense et l’honore chaleureusement qui interroge.

    Une décoration loin des promesses d’Emmanuel Macron de faire de la lutte contre les inégalités femmes-hommes la « grande cause » de ses quinquennats. En décembre 2023, le chef de l’État avait déjà été vivement critiqué pour avoir défendu Gérard Depardieu, accusé de violences sexuelles et sexistes par vingt-deux femmes (ce que l’acteur conteste), estimant qu’il rendait « fière la France ».

    Devenue un symbole du #MeToo français, Sandra Muller a quant à elle été honorée, mais aux États-Unis : en 2017, elle a figuré parmi les « silence breakers » (« briseuses de silence ») adoubées « personnalité de l’année » par le magazine américain Time.

    **Marine Turchi**

  2. thatjoachim on

    Ah oui, on voit sa vie brisée par les accusations, en effet quel pauvre homme c’est lui la vraie victime, carrière détruite et tout ça.

    Nonobstant, soutien à ses victimes.

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